Le manque de vitamine B6 et de fer provoquerait des crises d’angoisse

Modifié le 5 juillet 2024

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Une jeune femme subit une crise de panique dans la rue

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Une peur et une anxiété intenses qui surgissent sans raison apparente, accompagnées de divers symptômes physiques éprouvants, sont les manifestations typiques des crises d’angoisse. Si ses causes sont encore mal cernées, mêlant prédispositions génétiques et facteurs psychologiques, biologiques et environnementaux, des données suggèrent que le déficit en certains micronutriments peut influencer leur survenue.

Les causes sous-jacentes des crises d’angoisse

Une crise de panique, parfois appelée crise d’angoisse ou d’hyperventilation, est un épisode de malaise extrême qui survient brutalement, souvent sans raison apparente. Il se traduit par des palpitations, une sensation d’étouffement, des tremblements, une transpiration excessive, une peur intense de perdre le contrôle ou de mourir, et des sensations de déréalisation ou de dépersonnalisation. La survenue répétée d’attaques de panique caractérise le trouble panique, qui concerne environ 2,5% de la population mondiale.

Implication de la sérotonine

Une altération de la régulation d’un messager chimique du cerveau, la sérotonine, est pointée du doigt dans la survenue des crises de panique. Ce neurotransmetteur est notamment impliqué dans la régulation de l’humeur et de l’anxiété. Surnommée la « molécule du bonheur », la sérotonine contribue à promouvoir une sensation de bien-être et de stabilité.

Chez l’animal, il a été montré qu’un manque de sérotonine dans le cerveau provoque de l’hyperventilation telle qu’on l’observe dans les crises de panique.

Fer et vitamine B6 en guise de cofacteurs

La sérotonine est fabriquée dans le cerveau à partir du tryptophane. Cet acide aminé essentiel doit être obtenu par l’alimentation, car notre organisme ne sait pas le produire. Il est présent en quantité importante dans la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers, mais également dans certaines sources végétales comme les légumineuses.

La première étape de la synthèse consiste en la conversion du tryptophane en 5-hydroxytryptophane (5-HTP), une réaction catalysée par la tryptophane hydroxylase. Cette enzyme a besoin de fer comme cofacteur pour son fonctionnement, indispensable pour intégrer un atome d’oxygène à la molécule de départ.

La seconde étape implique la conversion du 5-HTP en sérotonine, aussi nommée la 5-hydroxytryptamine ou 5-HT. Cette transformation est réalisée par l’enzyme aromatique L-amino acide décarboxylase. Elle requiert du pyridoxal phosphate, la forme active de la vitamine B6.

La disponibilité de ces deux cofacteurs, fer et vitamine B6, peut ainsi influencer les niveaux de sérotonine dans le cerveau.

Schéma de la synthèse de la sérotonine à partir du tryptophane.
Synthèse de la sérotonine à partir du tryptophane.

Des déficits courants en cas de crises d’angoisse

GRaphique indiquant les niveaux de fer et de vitamine B6 en cas d’attaque de panique, par rapport au groupe contrôle.
Niveaux de fer et de vitamine B6 en cas d’attaque de panique par rapport au groupe contrôle.

Des chercheurs ont étudié les niveaux de ces deux nutriments essentiels à la production de la sérotonine chez 21 personnes souffrant de crises de panique, et les ont comparés à ceux de 20 personnes exemptes de ce trouble.

Ils ont découvert que les niveaux de fer et vitamine B6 étaient réduits chez les personnes sujettes à ces accès de panique. En revanche, les niveaux de B2 et de B12 qui ont eux aussi été mesurés n’ont pas présenté de différences significatives entre les deux groupes.

Apports alimentaires en B6 et anxiété

Les crises de panique récurrentes sont une des formes de troubles anxieux selon la classification du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5). De faibles apports alimentaires en vitamine B6, que l’on trouve notamment dans les abats, les céréales complètes, le poisson et les légumineuses, chez les femmes ont été associés à l’anxiété et la dépression.

Des chercheurs ont évalué les effets de son administration à dose élevée, 100 mg par jour pendant un mois, dans un groupe de 478 jeunes adultes. Par rapport à la prise d’un placebo, la vitamine B6 a permis d’atténuer l’anxiété ressentie par les participants.

Les autres micronutriments à surveiller

La vitamine B6 et le fer pourraient ne pas être les seuls micronutriments dont le déficit favorise la survenue de crise de panique.

La vitamine D optimise l’action de la sérotonine

Le manque de vitamine D a été associé aux accès de panique. Les personnes ayant un taux de vitamine D supérieur à 75nmol/L présentent un risque d’attaques de panique réduit de 67% par rapport à celles dont le taux est inférieur à 25nmol/L. La supplémentation allège l’anxiété généralisée.

La vitamine D joue en effet rôle crucial dans de nombreux processus physiologiques, y compris la régulation de l’humeur et des émotions. Elle agit dans ce contexte en contrôlant l’expression de gènes clefs. Des travaux ont montré qu’elle stimule l’activité du gène permettant la production de la tryptophane hydroxylase de type 2, favorisant ainsi la synthèse de la sérotonine. Lorsque la sérotonine est libérée dans la synapse, l’espace de communication entre les neurones, elle remplit sa fonction avant d’être recapturée par un transporteur – le transporteur de recapture de la sérotonine (SERT) – ce qui met fin à son action. Elle est ensuite dégradée par une enzyme, la monoamine oxydase-A (MAO-A). La vitamine D réprime les gènes qui permettent la production de ces deux composés, prolongeant les effets de la sérotonine.

Rôle du magnésium dans la gestion de l’anxiété

Le magnésium joue un rôle crucial dans la gestion de l’anxiété, ce qui pourrait apporter des bénéfices contre les crises d’angoisse. Une des manifestations de cette relation est observée lors des examens, où l’anxiété liée à ces situations stressantes augmente l’excrétion urinaire de magnésium, ce qui entraîne une diminution de ces niveaux dans l’organisme.

En retour, le manque de magnésium peut amplifier les signes de l’anxiété, comme le suggère une étude menée auprès de plus de 3000 adultes de 18 à 55 ans. Dans cet échantillon de population, les femmes ayant de faibles apports en magnésium étaient de nature plus anxieuse.

Contrôle de l’activité de récepteurs cérébraux

Le magnésium influence l’anxiété par divers mécanismes. Le glutamate, un neurotransmetteur excitateur du cerveau, se lie à des récepteurs spécifiques appelés récepteurs NMDA, qui peuvent augmenter l’anxiété et favoriser les crises de panique. Le magnésium aide à inhiber leur activité, exerçant ainsi un effet apaisant.

En outre, ce minéral est essentiel au bon fonctionnement des récepteurs métabotropiques du glutamate (mGluRs), qui régulent l’activité du glutamate et du GABA – un messager cérébral aux effets calmants – également impliqués dans la gestion des crises de panique.

Les effets anxiolytiques du sélénium

Le sélénium est un oligo-élément présent dans les produits de la mer, la viande, les céréales et les œufs. Il entre dans la composition de certaines protéines au sein de l’organisme, appelées sélénoprotéines. Elles régulent de nombreux processus cellulaires et sont notamment impliquées dans le fonctionnement cérébral et la lutte contre le stress oxydatif, qui est une des composantes des troubles anxieux, y compris du trouble panique.

Des travaux ont mis en évidence un lien entre l’anxiété et un faible niveau sanguin de sélénium chez les enfants, ou de faibles apports alimentaires chez les adultes.

Assortiment d'aliments source de sélénium
Sources alimentaires de sélénium.

Dans le cadre d’une étude, 50 personnes ont reçu 100 μg de sélénium ou un placebo pendant 5 semaines, en intervertissant les deux situations pour chaque participant. Les volontaires remplissaient également des questionnaires alimentaires, pour estimer les apports globaux en sélénium incluant ceux de l’alimentation. Dans ce groupe, les personnes ayant les plus faibles apports en sélénium étaient plus anxieuses que les autres, et la situation s’est apaisée sous l’effet de la supplémentation.

Lors d’un autre essai clinique conduit auprès de personnes souffrant de diabète de type 2 et d’une maladie des artères coronaires, une co-supplémentation à base de 200 μg par jour de sélénium et d’un probiotique pendant 12 semaines a atténué les signes de l’anxiété.

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