Comparatif des systèmes de filtration d’eau : Berkey, Brita, Osmoseur, Oko, Bichotan, et autres

Modifié le 12 juin 2025

Temps de lecture : 6 minutes
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article et vidéo du comparatif des systèmes de filtration d'eau domestique

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L’eau du robinet en France est officiellement considérée comme « potable ». Cette appellation rassurante cache pourtant une réalité beaucoup plus complexe, et parfois inquiétante. Si l’on examine de près ce que signifie réellement cette potabilité, on découvre des zones d’ombre majeures, des lacunes réglementaires, et un écart grandissant entre les exigences sanitaires et les découvertes scientifiques récentes.

L’objectif de cet article est de lever le voile sur ce qu’on nous présente souvent comme acquis : la sécurité de l’eau du robinet. En croisant les données issues de recherches scientifiques, de rapports d’agences sanitaires et d’analyses de terrain, je vais essayer de vous presenter ici une évaluation objective de la qualité réelle de l’eau en France et de l’intérêt – ou non – d’y adjoindre une filtration domestique.

La « potabilité » en France : une notion juridique avant tout

En France, une eau est déclarée potable si elle respecte les critères définis par l’arrêté du 11 janvier 2007 modifié, qui transpose les directives européennes en vigueur. Cet arrêté impose le contrôle de 63 paramètres, parmi lesquels on trouve les bactéries (coliformes, E. coli), les nitrates, le plomb, les pesticides les plus courants et les résidus de désinfection comme le chlore.

Mais ce chiffre, qui semble élevé, est en réalité très restreint. Le rapport de l’ANSES de 2018 sur les micropolluants dans l’eau potable rappelle que plus de 100 000 molécules chimiques sont aujourd’hui recensées dans l’environnement. Parmi elles, des milliers sont suspectées d’effets toxiques à long terme, y compris à très faible dose.

Une réglementation qui ne suit pas la science

Prenons l’exemple des perturbateurs endocriniens, ces substances capables d’interférer avec notre système hormonal. On les retrouve dans les plastiques, les cosmétiques, les pesticides, les médicaments. Leur danger réside dans le fait qu’ils agissent à des doses infinitésimales, en particulier lors de périodes sensibles comme la grossesse ou la puberté.

Pourtant, la majorité des perturbateurs endocriniens ne sont ni recherchés ni réglementés dans l’eau potable. L’ANSES elle-même a reconnu ce retard dans un rapport de 2019, appelant à une refonte du système de surveillance de l’eau.

Des publications comme celle de Vandenberg et al. (Endocrine Reviews, 2012) ont démontré qu’il n’existe pas de seuil de sécurité clair pour nombre de ces substances. Une eau peut donc être « potable » tout en contenant des molécules à risque pour la santé à long terme.

Médicaments, PFAS, nanoparticules : les grands absents

Autre exemple : les résidus médicamenteux. Selon une étude menée par l’équipe du Pr Bruno Tassin (LEESU, Université Paris-Est), on retrouve jusqu’à 25 molécules pharmaceutiques différentes dans certaines eaux de surface. Parmi elles : paracétamol, ibuprofène, carbamazépine, méthotrexate.

Ces molécules proviennent des urines humaines, mais aussi des rejets d’hôpitaux et de l’industrie. Elles ne sont pas éliminées efficacement par les stations d’épuration classiques. Et pourtant, elles ne sont pas recherchées dans l’eau du robinet en France, sauf dans le cadre de campagnes ponctuelles.

Même constat pour les PFAS, ces composés perfluorés utilisés dans les poêles antiadhésives, les emballages alimentaires, les textiles imperméables. Ils sont aujourd’hui détectés dans l’eau potable de plus d’un quart des communes françaises, selon une enquête du Monde publiée en 2023.

Ces « polluants éternels » sont particulièrement préoccupants car ils s’accumulent dans l’organisme (foie, reins, glandes endocrines) et sont liés à des cancers, troubles thyroïdiens, infertilité; même à des diminution de la taille du pénis. Pourtant, aucune réglementation contraignante ne les concerne encore au niveau national… Sauf au niveau cosmétique, où plus personne ne les utilisait depuis longtemps !

Les microplastiques, quant à eux, ont été retrouvés dans 72 % des échantillons d’eau du robinet analysés dans une étude internationale d’Orb Media. Ils échappent également à toute norme sanitaire. Les effets des micro et nano plastiques dans l’oragnisme sont encore mal connus mais tous les travaux disponibles montrent des effets tout simplement dévastateurs sur la santé, aussi bien la nôtre que celle de nos enfants.

Une eau réglementairement conforme, mais toxicologiquement incertaine

Ainsi, l’eau peut parfaitement répondre aux critères légaux tout en contenant des substances problématiques non réglementées. Il ne s’agit pas de dire que l’eau est dangereuse pour tout le monde à chaque gorgée, mais de souligner un décalage profond entre la légalité et la réalité toxicologique.

Les standards actuels de potabilité ont été conçus à une époque où les pollutions environnementales étaient peu diversifiées. Aujourd’hui, avec les nouvelles molécules de synthèse, les nanomatériaux, les cocktails chimiques à effet synergique, ces normes sont devenues obsolètes pour évaluer correctement la dangerosité réelle de l’eau.

Que fait l’État français ?

Le Plan National sur les Micropolluants (PNM) lancé en 2016 a permis de faire progresser la connaissance. Mais il reste non contraignant. Les agences régionales de santé n’ont pas les moyens de surveiller tous les contaminants.

Par ailleurs, les infrastructures vieillissantes (réseaux d’eau avec tuyauteries anciennes, pertes de charge, matériaux contaminés) aggravent le risque de relargage. La Cour des Comptes, dans un rapport de 2022, dénonce un « sous-investissement chronique » dans les infrastructures de l’eau potable.

En résumé

  • La France impose des contrôles sur 63 paramètres, mais des centaines de polluants potentiels ne sont pas surveillés.
  • Les substances émergentes les plus préoccupantes (PFAS, médicaments, nanoparticules) ne sont pas incluses dans les normes.
  • Une eau peut être conforme mais contenir des substances à effet chronique toxique.
  • La législation est en retard sur la recherche scientifique.

C’est dans ce contexte que de nombreux citoyens s’interrogent : doit-on filtrer soi-même son eau ? Et si oui, comment savoir quels systèmes sont efficaces ?

La suite de cet article vise à répondre de manière rigoureuse et indépendante à cette question cruciale.

Matériel testé

De très nombreux systemes de filtration de l’eau existent. Comme il n’est pas possible de tout tester pour une question de coût, nous avons testé toutes les différentees technologies disponibles. En effet, chaque type de filtre va agir sur une taille precise de particules sur le plan théorique :

graphique montrant les différentes tailles de composés toxiques potentiellement présents dans l'eau potable et les différentes technologies associées pour une filtration efficace théorique.

Voici la liste des dispositifs de filtration testés pour couvrir toutes les technologies :

  1. Carafe Brita
  2. Système à gravité Berkey ou equivalent Doulton / British Berkefeld
  3. Gourde Oko
  4. Charbon Bichotan
  5. Billes de céramique
  6. Osmoseur BWT (testé neuf et avec filtre usé de 2 ans)

Chaque dispositif a été testé dans les mêmes conditions, avec de l’eau du robinet issue de Brinon-sur-Beuvron, une commune où l’eau reste conforme… tout en étant particulièrement chargée en nitrates, pesticides et radioactivité.

Méthodologie

L’eau brute a été analysée, puis l’eau filtrée par chaque système. Le laboratoire ne connaissait pas l’origine des échantillons (protocole en aveugle). Les tests ont porté sur :

  • Métaux lourds : plomb, arsenic, cadmium, aluminium
  • Médicaments : ibuprofène, codéine, paracétamol, etc.
  • Hormones : œstrogènes, progestérone, testostérone
  • PFAS : acide perfluorooctanoïque (PFOA), sulfonates, etc.
  • Bactéries : E. coli, coliformes
  • Paramètres physico-chimiques : pH, dureté, nitrates
  • Radioactivité : alpha, bêta
  • Plastiques et microplastiques (analyse par spectrométrie FTIR)

Les résultats sont riches et parfois inattendus. Voici ce qu’ils montrent, système par système.

Résultats détaillés par système

1. Gourde Oko

Utilisée souvent en voyage ou en situation de survie, elle est vendue comme issue d’une technologie de la NASA.

  • ✅ Élimine efficacement les bactéries et les virus
  • ❌ Relargue du charbon actif dans l’eau
  • ❌ Augmentation de l’aluminium et du plomb (liés aux matériaux du filtre ?)
  • ❌ Aucune réduction des PFAS, plastiques ou médicaments
  • ❌ Débit faible, usage peu pratique

À réserver pour les randonnées ou zones sinistrées. Pas adaptée à une consommation quotidienne.

2. Carafe Brita

Le produit vedette des rayons électroménagers. Destinée à améliorer le goût de l’eau.

  • ✅ Réduction du chlore (goût amélioré)
  • ❌ Augmentation de la radioactivité (x12 dans notre test)
  • ❌ Hausse de l’aluminium filtré (effet de relargage)
  • ❌ Inefficace sur les pesticides, nitrates, hormones et PFAS

Une carafe qui fait illusion : bon goût ne signifie pas suppression de tous les polluants.

3. Charbon Bichotan

Produit artisanal populaire dans les boutiques écolo.

  • ❌ Aucune réduction significative mesurée
  • ❌ Relargage possible de plomb
  • ❌ Pas de modification du pH ou des paramètres chimiques

Un effet placebo plus qu’un système de filtration. Aucun fondement scientifique solide.

4. Billes de céramique

Souvent vendues avec des arguments pseudo-énergétiques : dynamisation, vortex, mémoire de l’eau…

  • ❌ Pas d’effet filtrant mesurable
  • ❌ Relargage de microparticules céramiques
  • ❌ Présence accrue de plastiques après passage

Effet décoratif au mieux, inutile et parfois délétère au pire.

5. Filtre Berkey ou équivalent (gravité)

Système autonome par gravité avec cartouches en charbon compacté.

  • ✅ Très bonne réduction des métaux lourds (plomb -90 %, arsenic -75 %)
  • ✅ Réduction de pesticides (selon substance)
  • ✅ Aucune libération de polluants
  • ✅ Matériau inox stable, durable
  • ❌ Débit lent (4–6 h pour 8 L)
  • ❌ Moins performant sur micropolluants chimiques
  • ❌ Inefficace sur PFAS et nanoplastiques

Rapport efficacité/prix très bon. Adapté aux familles soucieuses de santé.

6. Osmoseur BWT

Le seul à fonctionner sur le principe de l’osmose inverse.

  • ✅ Réduction massive de tous les polluants mesurés : métaux, plastiques, PFAS, hormones
  • ✅ Même un filtre usagé (2 ans) reste efficace
  • ❌ Supprime aussi les bons minéraux (à compenser via alimentation)
  • ❌ Nécessite installation sous évier et pression d’eau

Recommandé pour ceux qui recherchent une pureté maximale. Technologie déjà utilisée par exemple dans l’industrie pharmaceutique.

Télécharger tous les résultats ici : https://www.julienvenesson.fr/wp-content/uploads/Analyse-EAU-finale.xlsx

Conclusion : que retenir ?

  • Les filtres Brita, charbon, billes céramique n’ont aucun effet réel bénéfique sur la qualité sanitaire de l’eau.
  • Les systèmes à gravité Berkey, Berkerfield ou Doulton sont de bons compromis : efficaces, sans installation.
  • L’osmose inverse est le plus efficace, mais nécessite des contraintes techniques.
  • L’eau dite « potable » en France est potable au sens administratif, mais pas toujours au sens toxicologique.

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  1. Avatar de armand974marie
    .

    Merci pour cet article et vos recherches! Que pensez-vous de l’eau Kangen? Je vous remercie.

  2. Avatar de cblecarpentier
    .

    Bonjour,
    Merci pour cet article.
    Que pensez-vous des carafes et filtres zerowater ?
    Merci d’avance pour vos réponses
    Cordialement,
    Christine Lecarpentier

  3. Avatar de peech87
    .

    Bonjour,
    Pour la gourde OKO, le vendeur préconise de ne pas boire l’eau quand le filtre est neuf mais de la vider une ou deux fois avant de consommer. Pouvez vous confirmer que ce processus a été bien respecté ? Le site vient de publier une analyse laboratoire officielle qui montre que l’aluminium est réduit et non augmenté dans l’eau après filtration. Et les résultats sont bon sur beaucoup de test et pfas également.
    Merci pour votre retour

    1. Avatar de Julien Venesson

      Oui bien sûr, nous avons toujours suivi les recommandations des fabricants avant utilisation.

  4. Avatar de profonds.utilitaire.1p
    .

    Merci pour l’article. Pour ma part j’utilise un filtre fixé sur le robinet(serenity inox) de la marque Hydropure, le fabricant avance une analyse “indépendante” TÜV, la filtration se fait grâce à du chabon actif de noix de coco compacte, l’eau arrive à forte pression puis est “obligée” de passer par le filtre ce qui réduit drastiquement le débit, est ce le même principe que les filtres à gravité ? les filtres à gravité m’ont toujours rebuté car ils nécessite un entretien rigoureux et un encombrement supplémentaire, de plus l’eau stagne dans le compartiment inférieur, il faut vite la consommer, surtout à température ambiant…


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