Faut-il manger bio ou non ?

Les avantages des produits issus de l’agriculture biologique sont régulièrement le sujet de débat houleux. Nous allons essayé d’y voir plus clair de manière simple et objective. Pour nous aider dans cette tâche nous pouvons utiliser les données d’une très large analyse de la littérature scientifique sur cette question qui a été publiée le 4 septembre 2012 (1). L’objectif était de déterminer les différences potentielles entre les produits bios et les autres puis d’évaluer l’impact de ces différences sur la santé. Cette très large analyse regroupe les résultats de 17 études menées directement sur l’homme et 223 études sur la composition des aliments aux-mêmes (fruits, légumes, viandes, œufs, etc.).

Teneurs en vitamines et minéraux

Il semble que les fruits et légumes bio ont un peu plus de vitamine C et de polyphénols que les produits conventionnels. Aucune différence n’est visible pour les autres vitamines ou pour les minéraux, à l’exception du phosphore, plus élevé dans les produits bios.

Le phosphore est un minéral dont personne ne manque, reste à savoir l’intérêt de l’apport plus élevé en polyphénols. On sait que les polyphénols jouent un rôle antioxydant dans notre organisme et les études suggèrent que plus on consomme de polyphénols plus notre risque de cancer diminue (2, 3). Au niveau cardiovasculaire le bénéfice serait le même mais les conclusions sont difficiles en raison de difficultés techniques pour mesurer correctement les polyphénols absorbés (4). Par ailleurs il faut noter que la teneur en polyphénols contribue fortement aux qualités gustatives du produit. Les fruits et légumes bios présenteraient donc un léger avantage en ce qui concerne la qualité nutritionnelle.

Teneurs en pesticides

En agriculture biologique l’utilisation de pesticides et de produits chimiques est très réglementée. Ce point ressort très nettement dans les études et les chercheurs constatent sans équivoque que 38% des produits conventionnels renferment des niveaux détectables de pesticides, contre 7% seulement des produits bio. Mais quelle conséquence sur la santé? Mystère et boule de gomme! Aucune étude ne répond à cette question même si des résultats préliminaires suggèrent par exemple que les femmes enceintes qui consomment le plus de pesticides ont un enfant avec un QI inférieur. De mon côté, pour tenter d’y voir plus clair, j’ai contacté Jean-François Narbonne, professeur de toxicologie à l’université de Bordeaux, expert auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ma question ne portait pas sur les risques de cancers liés aux pesticides mais plutôt à l’impact sur la barrière intestinale. En effet, l’intestin filtre les molécules nocives et lorsque certaines parviennent à passer dans l’organisme des réactions immunitaires peuvent se mettre en place et aboutir à l’apparition d’une maladie auto-immune, incurable.

Julien Venesson : Existe-t-il des substances chimiques courantes de l’environnement qui sont connues pour augmenter la perméabilité intestinale?

Jean-François Narbonne : On sait que certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A (utilisé dans certains plastiques ou dans le revêtement interne des boîtes de conserve) peuvent augmenter la perméabilité intestinale. Il est probable que d’autres substances chimiques ont des effets similaires au niveau intestinal, y compris des pesticides, mais les recherches fondamentales sont trop récentes pour inclure cet effet dans les tests réglementaires.

Ce que cela veut dire concrètement c’est qu’on suppose que les pesticides perturbent la perméabilité intestinale mais que les études tardent à venir et qu’elles ne verront probablement pas le jour avant longtemps, principalement pour des questions budgétaires. On ne peut donc rien affirmer avec certitude mais le principe de précaution suggère logiquement que notre exposition aux pesticides doit être la plus faible possible.

Qualité des graisses

L’analyse des chercheurs montre que les œufs ou le lait, et dans une moindre mesure les viandes, contiennent moins d’acides gras oméga-6 et plus d’oméga-3 (jusqu’à +79% dans certaines études). Notre alimentation est globalement trop riche en oméga-6. Pour illustrer l’impact d’un excès d’oméga-6 et d’un manque d’oméga-3 dans l’alimentation on peut prendre l’exemple d’une étude réactualisée récemment qui a suivi 458 hommes pendant 39 mois : en augmentant simplement la consommation d’oméga-6 via de l’huile de carthame, la mortalité toutes causes confondues a été augmenté de 62% au bout de 3 ans seulement ! (5)

Ici, aucun doute possible : avantage très net aux produits issus de l’agriculture biologique.

Contaminations bactériennes

On sait maintenant depuis longtemps que les élevages de volailles et de porc sont des nids à bactérie et représentent les origines même des mutations virales qui ont par exemple permis au virus de la grippe A de devenir pandémique (cliquez ici pour plus d’infos). Les chercheurs ont pu constater que le poulet et le porc biologique sont moins vecteurs de maladies et lorsqu’il y a contamination, les bactéries sont résistantes aux antibiotiques, probablement parce que l’utilisation de ces médicaments est bien moindre en agriculture conventionnelle. Un bon point mais dont les conséquences exactes sont mal définies.

Prix

C’est indéniable, les produits bios coûtent plus cher. En revanche, en achetant des produits de saison cette différence peut vite devenir marginale.

Conclusion

La différence entre produits bios et produits conventionnels n’est pas extraordinaire mais elle est bien présente sur certains aspects importants. Certains produits comme les œufs sont parmi les sources de protéines les moins chères, même biologiques. En effet, un œuf moyen contient 7 gr de protéines environ et une boîte de 6 œufs biologiques coûte environ 2,20 euros. 3 œufs apportent autant de protéines qu’un steak haché de bœuf (au cheval…) de 100 gr pour 1,10 euro ! Achetez donc toujours vos œufs bios. Ensuite, privilégiez toujours les fruits et légumes bios dans la mesure du possible : pour le gout d’une part mais aussi pour limiter votre exposition aux pesticides qui sont à mon avis un danger majeur pour la santé comme je l’explique en détail dans mon livre « Gluten : comment le blé moderne nous intoxique« .

Pour aller plus loin, mon enquête sur le blé moderne :

livre3v2

Référence : (1) Smith-Spangler C, Brandeau ML, Hunter GE, Bavinger JC, Pearson M, Eschbach PJ, Sundaram V, Liu H, Schirmer P, Stave C, Olkin I, Bravata DM. Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives?: a systematic review. Ann Intern Med. 2012 Sep 4;157(5):348-66.

(2) Linseisen J, Rohrmann S. Biomarkers of dietary intake of flavonoids and phenolic acids for studying diet-cancer relationship in humans. Eur J Nutr. 2008 May;47 Suppl 2:60-8.

(3) Tabrez S, Priyadarshini M, Urooj M, Shakil S, Ashraf GM, Khan MS, Kamal MA, Alam Q, Jabir NR, Abuzenadah AM, Chaudhary AG, Damanhouri GA. Cancer chemoprevention by polyphenols and their potential application as nanomedicine. J Environ Sci Health C Environ Carcinog Ecotoxicol Rev. 2013;31(1):67-98.

(4) Chong MF, Macdonald R, Lovegrove JA. Fruit polyphenols and CVD risk: a review of human intervention studies. Br J Nutr. 2010 Oct;104 Suppl 3:S28-39.

 (5) Ramsden CE, Zamora D, Leelarthaepin B, Majchrzak-Hong SF, Faurot KR, Suchindran CM, Ringel A, Davis JM, Hibbeln JR. Use of dietary linoleic acid for secondary prevention of coronary heart disease and death: evaluation of recovered data from the Sydney Diet Heart Study and updated meta-analysis. BMJ. 2013 Feb 4;346:e8707.

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7 Response Comments

  • Tuituit  19 avril 2013 at 17 h 42 min

    Un autre point, non évoqué, c’est l’intérêt pour l’environnement. Manger bio c’est aussi préserver la qualité des écosystèmes. Les répercussions sont importantes: qualité de l’eau des rivières, des nappes, biodiversité, qualité des sols… Et au delà de cet intérêt « altruiste », on retrouve aussi l’intérêt pour la santé humaine, en particulier via la qualité de l’eau distribuee au robinet.

    (2)
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  • Romain  24 avril 2013 at 9 h 34 min

    Bio ça ne se limite pas aux aliments siglés bio… C’est aussi et avant tout consommé des produits de saison (parce que les tomates bios en hiver je suis mort de rire à chaque fois) et local. Parce que une pomme bio, si elle vient d’Argentine (c’est du vu, je n’invente rien), j’avoue ne pas trop saisir l’intérêt.

    Quand au classique « manger bio coûte plus cher », et bien non. Il y’a des solutions pour cultiver ses légumes, même sur un balcon, les AMAP se multiplient, partout en France, aller acheter directement à la source (chez les producteurs) diminue d’autant les coûts. Il y’a aussi de plus en plus de méthodes de consommation collaboratives qui se multiplient (La ruche qui dit oui par exemple).

    Et surtout, on est sur une agriculture responsable qui respecte le rythme de la nature ainsi que la biodiversité et les producteurs.

    (1)
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  • Julien de Paleo Lifestyle  24 avril 2013 at 12 h 10 min

    Bonjour Julien,

    Votre article est sélectionné dans notre reuve du NEt
    http://regimepaleo.wordpress.com/2013/04/24/la-revue-du-net-paleo-33/

    @romain: je dirais qu’à effort égal, le bio est plus cher que le non bio. Par contre, il y a des solutions pour manger de meilleur qualité (AMAP, potager, direct producteur, etc) qui abaissent le prix, mais en contre partie il y a des contraintes (par exemple, pour les AMAP, il faut s’engager sur un an.
    Pour la viande par exemple, je la commande directement chez le producteur et clairement je paye 2 fois moins cher mes steak hachés que chez monoprix en bas de chez moi, par contre, ça demande une certaine organisation (commande groupée, etc)

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  • jeremy  29 août 2013 at 17 h 34 min

    Slt julien jai une question, les petits poids son considerer comme legume ou legumineuse?

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  • franceschini  28 janvier 2015 at 18 h 20 min

    Si vous voulez voir les ravages des pesticides, herbicides et autres défoliants, je vous conseille le livre d’André Bouny « Agent orange, Apocalypse Viêt Nam » qui explique et montre les conséquences actuelles de ces agents chimiques utilisés pendant la guerre du Vietnam. Des gosses qui naissent encore aujourd’hui sans yeux, sans jambes et une terre ou plus rien ne pousse. Un génocide et un écocide à la fois.

    Et si vous tentez de vous rassurer en vous disant que nous en consommons dans des proportions beaucoup moins importantes, faites l’expérience suivante: prenez un poulet, faites le rissoler au four à basse température (37°) pendant 80 ans et observez ce qu’il en reste.

    Consommer des produits non traités, d’agriculture biologiques et à fortiori de proximité ce n’est pas important ou essentiel, c’est vital.

    (0)
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