Faut-il prendre de la quercétine en cas de cancer ?

Modifié le 28 novembre 2024

Temps de lecture : 8 minutes
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femme après une chimiothérapie qui tient une pomme riche en quercétine

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Recourir à des compléments alimentaires pour soulager certains symptômes associés au cancer ou aider à combattre les effets indésirables des traitements est une démarche suivie par de nombreux malades. Parmi les traitements naturels plébiscités – curcuma, vitamines, oméga-3, resvératrol, co-enzyme Q10, gingembre, ginseng… – tous n’ont cependant pas démontré leurs bienfaits chez l’Homme. De plus en plus d’études s’intéressent aux vertus des flavonoïdes, des pigments végétaux exerçant de nombreux effets sur notre santé. Le plus courant de ceux-ci, la quercétine, apparaît très prometteuse contre le cancer.

Une alimentation riche en quercétine permet-elle de prévenir l’apparition du cancer ?

Pour évaluer l’impact d’un facteur spécifique sur le risque de cancer, les chercheurs réalisent des études épidémiologiques. Ces études, menées sur de larges échantillons de population, permettent de comparer les habitudes de vie des participants et leur influence sur le développement de la maladie.

De nombreuses recherches de ce type ont été conduites pour explorer le lien entre une alimentation riche en quercétine et le risque d’apparition de divers types de cancers.

Protection contre des cancers digestifs, du poumon et de la prostate

Une étude conduite par le Professeur Ekström de l’Institut Karolinska de Stockholm en Suède a établi une association entre la consommation d’aliments riches en quercétine et une réduction du risque de cancer de l’estomac (en dehors de ceux affectant le cardia, la porte d’entrée de l’estomac). Les personnes ayant des apports quotidiens supérieurs à 11,9 mg par jour présentent un risque diminué de 43 % par rapport à ceux consommant moins de 4 mg/jour. L’effet protecteur est particulièrement fort chez les femmes fumeuses.

Une équipe de l’Institut sur le cancer Roswell Park à Buffalo (États-Unis) a étudié les habitudes alimentaires de 433 hommes souffrant d’un cancer de la prostate, comparées à celles de 538 personnes épargnées par la maladie. Ils ont calculé les apports alimentaires en plusieurs nutriments, dont la quercétine. Ils ont ainsi pu déterminer que les hommes dont les apports en quercétine sont les plus forts ont un risque d’être atteints d’un cancer de la prostate réduit de 36 %. 

Un effet protecteur a également été mis en évidence contre le cancer du poumon chez les fumeurs, avec une réduction du risque de 35 % pour chaque portion quotidienne de 9 mg de quercétine.

Une méta-analyse a compilé les résultats de 12 études ayant rassemblé 17 481 personnes souffrant d’un cancer colorectal et 740 859 personnes en bonne santé. Elle a conclu que de forts apports en flavonols, dont la quercétine est la principale représentante, sont associés à un risque plus faible de cancer du côlon de 20 %. Ils n’ont en revanche pas d’effet significatif sur le risque de développer un cancer rectal.

Apport en quercétine : teneur des aliments les plus riches.

Ces études ne suffisent pour autant pas à affirmer que la quercétine est bien la cause de la diminution du risque de cancer.

De nombreuses données, issues d’études menées en laboratoire, sur des cellules cancéreuses ou chez des modèles animaux, attestent des propriétés anticancéreuses de ce composé naturel présent notamment dans l’oignon, le chou kale, les pommes et les poires

Les effets de la quercétine sur les cellules cancéreuses

La quercétine exerce des effets anticancéreux en agissant sur plusieurs phénomènes, concernant le cycle de vie de la cellule cancéreuse ou la capacité des tumeurs à pourvoir à leur alimentation en nutriments et à essaimer dans l’organisme.

Des cellules cancéreuses poussées au suicide

Toute cellule suit un cycle de vie bien précis qui lui permet de se diviser, et ainsi d’assurer le bon fonctionnement de l’organisme en remplaçant notamment les cellules arrivées au terme de leur vie. Ce cycle cellulaire se compose de quatre phases, qui se succèdent toujours dans le même ordre. En cas de cancer, il subit des perturbations qui soutiennent la prolifération effrénée des cellules cancéreuses.

Des expériences conduites sur de multiples lignées de cellules cancéreuses (issues de leucémie, de cancer du sein, de l’ovaire…) ont montré que l’application de quercétine bloque la progression dans le cycle cellulaire. La cellule cancéreuse est comme figée, et ne peut ainsi plus se diviser.

Mais la quercétine va encore plus loin. Elle favorise l’apoptose des cellules cancéreuses ; ce mécanisme correspond à un suicide cellulaire, qui permet à l’organisme de se débarrasser des éléments devenus inutiles, voire dangereux.

Schéma représentant les 
mécanismes anticancers exercés par la quercétine.

Mécanismes anticancers exercés par la quercétine.

Ce phénomène a là encore était mis en évidence sur différents types de cellules cancéreuses : cellules myéloïdes affectées par la leucémie, cellules issues de mélanome (cancer de la peau), de cancer de l’ovaire, du poumon, du foie, du cerveau… La quercétine agit également sur les cellules souches de cancer gastrique, qui rendent la maladie si difficile à éradiquer.

Inhibition de la formation de nouveaux vaisseaux sanguins

Pour assurer leur développement anarchique, les tumeurs cancéreuses ont besoin d’être alimentées en nutriments. La formation de nouveaux vaisseaux sanguins pour les acheminer est donc une étape centrale du processus de cancérisation.

Ce phénomène, appelé angiogenèse, repose sur une communication étroite entre les cellules de la tumeur et les cellules de la paroi interne des vaisseaux sanguins qui passe notamment par un composé, le VEGF, et ses récepteurs.

Des études menées sur des cultures de cellules cancéreuses et chez des animaux utilisés comme modèle d’étude du cancer du sein et de la prostate ont démontré la capacité de la quercétine à cibler un des récepteurs de VEGF (VEGFR-2), bloquant ainsi le développement des nouveaux vaisseaux sanguins. La croissance des tumeurs cancéreuses est par conséquent ralentie par manque d’alimentation.

Photos et diagramme en barres montrant l'action de la quercétine contre l'angiogenèse.

La quercétine (Quer) ralentit la formation des vaisseaux sanguins.
À gauche : membranes d’œuf exposées ou non à la quercétine, à droite : diagramme en barres représentant la densité des vaisseaux sanguins.

La quercétine s’avère même efficace pour affamer de cette manière les cellules cancéreuses résistantes aux traitements, par exemple des cellules de cancer du sein devenues insensibles au tamoxifène ou de cancer de l’ovaire au cisplatine.

Protection contre la dissémination des cellules cancéreuses

Contrôler l’angiogenèse est doublement crucial, car il s’agit de la première étape vers la dispersion du cancer dans l’organisme à travers la formation de métastases. Plus une tumeur est riche en microvaisseaux sanguins, plus son potentiel métastatique est important – et plus les chances de survie des malades sont minimes.

La quercétine limite donc le risque d’apparition des métastases en réduisant l’angiogenèse, mais également grâce à d’autres mécanismes d’action. Elle permet par exemple de diminuer l’activité d’enzymes, les métalloprotéases de la matrice (MMP), impliquées dans ce processus.

Quels bénéfices la quercétine pourrait-elle apporter en cas de cancer ?

Les mécanismes de protection contre le cancer exercés par la quercétine peuvent se traduire par des bienfaits concrets pour les malades.

Une meilleure efficacité de la chimiothérapie

L’usage de la quercétine en complément des traitements classiques de chimiothérapie pourrait en améliorer l’efficacité.

Une étude dirigée par le professeur Lei de l’université de Taïpeï à Taïwan a testé les effets de l’administration de quercétine en association avec de l’irinotecan, un médicament utilisé en cas de cancer de l’estomac. La combinaison des deux molécules s’est avérée aussi efficace qu’une dose massive de médicament seul sur différents paramètres, comme la viabilité des cellules cancéreuses et le pourcentage de mort cellulaire par apoptose. Elle a été supérieure pour contrôler l’angiogenèse. 

Fragiliser les cellules cancéreuses les plus résistantes

Des effets synergiques ont également été observés en combinant la quercétine à d’autres médicaments de chimiothérapie. L’ajout de quercétine deux heures avant un traitement médicamenteux à base de cisplatine et d’oxaliplatine sensibilise les cellules de cancer de l’ovaire à ces traitements, un effet constaté même sur les lignées ayant développé des résistances.

Une association quercétine et curcumine, le principe actif du curcuma, améliore l’efficacité du cisplatine sur des cellules de cancer du larynx.

La quercétine optimise l’action de la doxorubicine pour détruire les cellules souches de cancer colorectal. Ces cellules sont particulièrement dangereuses parce qu’elles sont souvent résistantes aux traitements médicamenteux et qu’elles sont dotées d’une grande capacité à se régénérer et à proliférer sans limite.

Un cas clinique interpellant : stabilisation d’un cancer avancé

Peu de données sont disponibles chez l’Homme. Le cas d’un homme atteint d’un cancer de la vessie a été rapporté dans la littérature scientifique. Après deux premières phases de traitement qui ont été tenues en échec, le patient a suivi un traitement à base de cyclophosphamide, complété par 1g de quercétine. 

Deux mois après le début de ce nouveau traitement, les clichés radiologiques montraient une amélioration de la situation et sa fatigue avait diminué. Après 5 mois de traitement, l’ensemble des ganglions lymphatiques qui étaient auparavant de taille importante avaient régressé. Il était passé à 2g de quercétine, contre l’avis de ses médecins qui lui conseillaient de ne pas dépasser 1g/jour. Ce traitement a stabilisé sa maladie pendant de longs mois avant qu’elle ne recommence à progresser.

Une action synergique avec d’autres composés naturels

La quercétine agit également de façon synergique avec d’autres composés naturels sur les cellules cancéreuses. Le duo quercétine – impératorine (un dérivé de coumarine extrait de la plante Urena lobata) assure la destruction des cellules de gliome, le cancer du cerveau le plus courant chez l’adulte.

Couplée à l’épigallocatéchine-3-gallate (EGCG), la quercétine s’oppose au développement de cellules issues de cancer des canaux biliaires, une maladie particulièrement agressive. Nous vous expliquions dans cet article la façon dont la quercétine améliore l’efficacité de l’EGCG contre le cancer de la prostate et du sein.

La quercétine renforce également les effets d’un mélange de catéchines extraites du thé vert contre les cellules de cancer du pancréas.

Deux tasses de thé vert sont posées sur une table.
Le thé vert, particulièrement riche en catéchines, contient également de la quercétine.

Une piste pour minimiser les effets secondaires des traitements

L’arsenal thérapeutique disponible pour lutter contre le cancer génère des effets indésirables chez les patients, dont certains pourraient être atténués grâce à la quercétine.

Protection du système urinaire et du cœur

La radiothérapie consiste à exposer une région du corps à un rayonnement de haute énergie pour détruire les cellules cancéreuses. Les cellules saines exposées peuvent également subir des dommages, voire être détruites, à cause des radicaux libres générés par la radiothérapie. 

Comme la quercétine dispose de propriétés antioxydantes, une équipe de recherche d’un hôpital d’Istambul en Turquie dirigée par le Professeur Özyurt a mené une investigation pour déterminer son potentiel protecteur contre les dommages au niveau de la vessie et des reins associés à ces traitements. Leur étude, menée chez le rat, a montré une atténuation des lésions au niveau de ces organes.

Graphique indiquant les taux de lactate déshydrogénase après irradiation, avec une supplémentation ou non en quercétine.
Taux de lactate déshydrogénase à 24, 48, 72 et 96 h après irradiation (groupes SI : supplémenté et PI : non supplémenté). Les groupes SNI et PNI n’ont pas été irradiés.

Le cœur est également sensible aux effets de la radiothérapie. Une équipe de recherche de l’université fédérale de Santa Maria au Brésil dirigée par le Professeur Robson Borba de Freitas a évalué les effets de la consommation de jus de raisin noir chez des rats exposés à des radiations. Cette boisson, obtenue à partir de fruits de la vigne américaine (Vitis labrusca), est naturellement riche en flavonoïdes et notamment en quercétine. 

Les chercheurs ont évalué le taux sanguin de lactate déshydrogénase, qui reflète les dommages subis par le cœur et le niveau de peroxydation des lipides, témoin du niveau de stress oxydatif. Par rapport aux animaux ayant reçu un placebo, les animaux ayant bénéficié du jus de raisin noir ont présenté des niveaux plus faibles de ces marqueurs de dommages cardiaques.

Effets sur l’inflammation des muqueuses

La quercétine pourrait également exercer un effet protecteur contre la survenue de mucosite, une inflammation des muqueuses qui provoque des douleurs et rougeurs au niveau de la bouche et des troubles digestifs. Elle affecte jusqu’à 40 % des patients qui reçoivent un traitement de chimiothérapie.

Une étude menée chez l’animal par l’équipe du Professeur Igor Sukhotnik du Technion, l’institut de technologie d’Israël, a montré son efficacité contre la mucosite intestinale. La quercétine apparaît en mesure de prévenir les dommages au niveau de l’intestin et de faciliter sa reconstruction, en stimulant les divisions de certaines de ses cellules.

Un effet protecteur également mis en évidence chez l’Homme, lors d’une étude dirigée par le Professeur Mohammad Mahdi Kooshyar de l’université Mashhad dans la province de Khorasan Razavi en Iran. 

Elle a porté sur 20 adultes atteints d’un cancer du sang recevant de fortes doses de chimiothérapie. La moitié d’entre eux a reçu 500 mg de quercétine par jour pendant 4 semaines, l’autre moitié un placebo. Au sein du groupe placebo, 6 personnes ont développé une mucosite orale, contre seulement trois personnes dans le groupe ayant reçu la quercétine. Ces résultats attestent de l’action préventive de la quercétine contre cet effet indésirable.

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