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La L-carnitine est-elle dangereuse pour le cœur ?

plat en forme de coeur rempli d'aliments sains posé sur un dessin d'électrocardiogramme

Régulièrement, la L-carnitine est le sujet d’articles alarmistes dans la presse. Cet acide aminé naturel qu’on trouve notamment dans les produits animaux serait gravement toxique pour le coeur. Est-ce vrai ? Que disent exactement les études scientifiques sur le sujet ?

La carnitine mise en cause dans les méfaits de la viande rouge

Si vous vous êtes abonné à ma newsletter vous le savez bien : une consommation importante de viande rouge est mauvaise pour la santé, pour tout un ensemble de raisons sur lesquelles je ne m’étendrais pas à nouveau ici. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est cette nouvelle étude, parue le 7 avril dans la très prestigieuse revue médicale Nature Medicine dans laquelle un lien est fait entre la carnitine de la viande et sa dangerosité pour la santé.

La carnitine est une substance fabriquée dans notre organisme à partir de la lysine et la méthionine, deux acides aminés, en présence de vitamine C. Son rôle le plus documenté est celui joué au sein du métabolisme des acides gras dont elle permet la conversion en énergie. On sait aussi qu’elle possède une action antioxydante et elle aurait un impact sur le fonctionnement des vaisseaux sanguins ou des os. Les aliments fournissent une petite quantité de carnitine avec au premier rang la viande rouge (environ 100 mg aux 100 gr)

Voici comment les médias ont titré sur cette étude : “La carnitine de la viande rouge mauvaise pour le cœur” (Santé Magazine), “La L-carnitine, un composé de la viande rouge, responsable de l’athérosclérose” (CareVox) ou encore “La L-carnitine explique le rôle athérogène de la viande rouge” (Le quotidien du médecin).

Voilà en substance ce que rapportaient la plupart des médias français sur cette étude :

La L-carnitine, abondante dans la viande rouge, est métabolisée par la flore intestinale des omnivores en un composé conduisant à la formation du TMAO (oxyde de triméthylamine), un composé qui modifie le métabolisme du cholestérol et favorise le dépôt de cholestérol dans les artères, donc la constitution de plaques d’athérome et donc l’infarctus.”

Puis de conclure en incriminant les compléments alimentaires en écrivant :

  • A savoir : la carnitine est aussi utilisée dans certaines boissons énergisantes et compléments alimentaires.
  • La L-carnitine et la flore intestinale sont donc toutes les deux coupables des effets néfastes de la viande rouge sur notre organisme.”
  • Les personnes utilisant des compléments alimentaires à base de L-carnitine devraient également se limiter, d’autant qu’aucune preuve scientifique ne démontre ses prétendus bénéfices sur les performances athlétiques.”

Ce que disait vraiment l’étude des chercheurs

Les chercheurs ont montré que les bactéries du tube digestif transforment la L-carnitine de la viande rouge en TMA (triméthylamine), qui produit, après passage au niveau du foie, le TMAO (oxyde de triméthylamine), une substance toxique qui provoque l’athérosclérose chez la souris. Pour voir ce qu’il en était chez l’homme ils ont recruté 2595 adultes, omnivores, végétariens ou végétaliens.

Les chercheurs ont d’abord constaté que les niveaux plasmatiques de TMAO étaient initialement plus faibles chez les végétariens et végétaliens que chez les omnivores. Puis ils ont donné de la carnitine aux 3 groupes. Résultat : les omnivores ont fabriqué beaucoup de TMAO mais pas les végétariens ni les végétaliens. Le rôle de la flore bactérienne intestinale (très différente chez un omnivore ou un végétalien) a donc été soulevé. Pour le vérifier ils ont donné des antibiotiques à large spectre (qui détruisent les bactéries intestinales) à des omnivores et ils ont constaté cette fois que la production de TMAO était comparable à celle des végétariens et végétaliens.

Conclusion : la L-carnitine ne joue aucun rôle dans la survenue de l’infarctus, c’est une flore bactérienne malade qui produit une substance toxique qui pourrait être nocif. De plus la toxicité du TMAO n’est pas encore prouvée chez l’homme mais chez la souris. Or on sait que la souris est un mauvais modèle pour étudier les maladies cardiovasculaires : un régime riche en jaunes d’œuf provoque l’athérosclérose chez cet animal mais pas chez l’homme si on en croit l’école de santé publique de Harvard, la plus grande et la plus réputée unité de recherche en nutrition au monde.

Et c’est bien ce que disaient les chercheurs dans leur étude avant que les journalistes ne la déforment complètement puisqu’ils avaient intitulé leur papier “Intestinal microbiota metabolism of L-carnitine, a nutrient in red meat, promotes atherosclerosis” => “Le métabolisme de la L-carnitine, un nutriment présent dans la viande rouge, par la flore bactérienne intestinale promeut l’athérosclérose.” et non “La L-carnitine provoque l’athérosclérose”, ce qui fait une sacré différence ! Depuis, des travaux complémentaires ont confirmé que cela n’avait rien à voir !

 Ce que fait vraiment la L-carnitine sur le système cardiovasculaire

Hasard du calendrier, les chercheurs de la clinique Mayo (un hôpital américain très réputé pour ses recherches avant-gardistes et la qualité de ses soins) viennent de publier la plus large analyse de la littérature médicale sur les effets de la L-carnitine au niveau cardiovasculaire.

Ils ont analysé 153 études d’intervention sur les effets de la carnitine et ont conclu que l’utilisation de ce nutriment après une attaque cardiaque permettait de :

  • réduire de 27% la mortalité, toutes causes confondues
  • réduire de manière très significative les arythmies ventriculaires dangereuses de 65%
  • réduire le risque d’angine de poitrine de 40%

Les doses utilisées dans ces études sont situées généralement entre 2 et 4 gr par jour, en plus du traitement médical classique.

Interrogés à propos de cette question de la dangerosité de la viande rouge et de la carnitine, ces chercheurs ont expliqué : “c’est un travail intéressant mais dont les résultats principaux sont surtout tirés d’expériences sur la souris contrairement à notre méta-analyse.” puis “si la carnitine était dangereuse, le danger serait encore plus grand lorsque les doses sont plus importantes et ce n’est pas ce que montrent les études d’intervention chez l’homme.”

Quant aux effets secondaires de la carnitine, ces chercheurs n’en rapportent aucun !

Les bienfaits de la L-carnitine pour les sportifs

Les effets de la carnitine sur l’endurance du sportif sont assez controversés. Il est probable qu’ils soient plus marqués chez le débutant ou les personnes en surpoids. Chez les autres la carnitine est très intéressante pour deux raisons :

  • Elle augmente la sensibilité des muscles à la testostérone. C’est un peu comme si plus de testostérone circulait dans votre sang, avec les effets bénéfiques sur le muscle et la force que cela engendre.
  • Elle diminue le catabolisme et les courbatures ce qui est intéressant pour accélérer la progression.

Là encore les doses utilisées sont autour de 2 gr par jour mais il est probable que des doses supérieures soient utiles avec l’âge car notre synthèse de carnitine diminue avec l’âge grandissant.

A lire également :


Références

  1. Koeth RA, Wang Z, Levison BS, Buffa JA, Org E, Sheehy BT, Britt EB, Fu X, Wu Y, Li L, Smith JD, Didonato JA, Chen J, Li H, Wu GD, Lewis JD, Warrier M, Brown JM, Krauss RM, Tang WH, Bushman FD, Lusis AJ, Hazen SL. Intestinal microbiota metabolism of l-carnitine, a nutrient in red meat, promotes atherosclerosis. Nat Med. 2013 Apr 7.
  2. DiNicolantonio JJ, Lavie CJ, Fares H, et al. L-carnitine in the secondary prevention of cardiovascular disease: Systematic review and meta-analysis. Mayo Clin Proc 2013; DOI: 10.1016/j.mayocp.2013.02.007.
  3. Kraemer WJ, Spiering BA, Volek JS, Ratamess NA, Sharman MJ, Rubin MR, French DN, Silvestre R, Hatfield DL, Van Heest JL, Vingren JL, Judelson DA, Deschenes MR, Maresh CM. Androgenic responses to resistance exercise: effects of feeding and L-carnitine. Med Sci Sports Exerc. 2006 Jul;38(7):1288-96.
  4. Kraemer WJ, Volek JS, Dunn-Lewis C. L-carnitine supplementation: influence upon physiological function. Curr Sports Med Rep. 2008 Jul-Aug;7(4):218-23.

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