La choline diminuerait le risque de démence sénile

Modifié le 19 juillet 2024

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Deux mains portent la représentation d'un cerveau.

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Nutriment essentiel, la choline participe à de nombreux processus biologiques au sein de l’organisme. Elle exerce notamment des effets au niveau de la sphère cérébrale et apparaît en mesure de soutenir nos fonctions cognitives, c’est-à-dire l’ensemble des processus mentaux impliqués dans la perception, la pensée, la mémoire, le jugement et la prise de décision.

Un pilier structurel et fonctionnel du cerveau

La choline remplit plusieurs fonctions cruciales au niveau du cerveau. Elle participe tout d’abord à la transmission des signaux nerveux. Elle s’associe à l’acétyl-CoA, un intermédiaire métabolique issu de la dégradation des macronutriments, pour former l’acétylcholine. Ce neurotransmetteur est impliqué dans la mémoire, l’apprentissage et la régulation de l’humeur.

La choline est également indispensable à la composition des membranes cellulaires, y compris celles des neurones, sous la forme de phosphatidylcholine. Au-delà d’un simple rôle structural, elle est impliquée dans la signalisation cellulaire, contribuant ainsi au bon fonctionnement des cellules. Elle participe en outre à la formation et à la maintenance de la myéline, la gaine qui entoure les prolongements des neurones et permet une conduction rapide des impulsions nerveuses.

La choline participe enfin à la régulation de l’expression des gènes. Elle est en effet convertie en bétaïne, qui joue un rôle important dans le métabolisme des groupes méthyles. Ces petits groupements chimiques sont essentiels pour la méthylation de l’ADN, qui détermine si un gène donné entre ou non en action. Elle contrôle ainsi la production de protéines impliquées dans les processus de mémorisation et d’apprentissage.

Schéma illustrant les différents rôles de la choline dans le cerveau.

Apports alimentaires en choline et capacités mentales

Au vu de l’action bénéfique de la choline sur le cerveau, de nombreuses études ont examiné l’impact des apports alimentaires en ce nutriment, présent dans les aliments en partie sous la forme de phosphatidylcholine, sur la santé cérébrale au cours du vieillissement.

Une protection contre la démence

Des chercheurs ont examiné les habitudes alimentaires, le mode de vie et l’état de santé d’environ 2 5000 finlandais âgés de 42 à 60 ans sur une période de cinq ans. Quatre ans après le début de l’étude, 482 participants ont été soumis à des tests évaluant leur mémoire et leurs capacités de réflexion.

Le groupe a été suivi pendant 22 ans, au cours desquels les prescriptions médicamenteuses, les hospitalisations et la cause d’un éventuel décès consignées. Au cours de cette période, 337 cas de démence sont survenus.

En recoupant l’ensemble des données recueillies, les chercheurs ont découvert que les hommes ayant les plus forts apports en phosphatidylcholine (plus de 222mg par jour) avaient un risque de démence réduit de 28% par rapport à ceux qui avaient les apports les plus faibles (moins de 144 mg/jour). Ils présentaient également de meilleures performances de mémoire et de capacités linguistiques.

Un soutien de la fonction intellectuelle globale

Graphique montrant l'association positive entre la concentration sanguine en choline et la cognition globale évaluée par le score MMSE.
Association positive entre la concentration sanguine en choline et la cognition globale évaluée par le score MMSE.

Une étude de même type a été menée par la suite sur près de 2400 personnes de plus de 60 ans vivant aux États-Unis. Les participants ont été répartis en trois groupes, selon la quantité de choline consommée chaque jour, qu’elle provienne de l’alimentation ou de compléments alimentaires. Les analyses ont révélé que les niveaux d’apports intermédiaires, compris entre 187,60 et 399,50mg par jour, étaient associés à une réduction d’environ 50% du risque de présenter une fonction cognitive affaiblie.

De bons apports alimentaires en choline ont également était associés à une meilleure mémoire verbale et visuelle lors de travaux menés auprès de 1 391 personnes de 36 à 83 ans. Ils sont la garantie d’une concentration sanguine élevée en ce nutriment. Une équipe a pu établir un lien entre cet indicateur des plus fiables et les performances cognitives, qui étaient plus élevées lorsque le taux de choline dépassait 8,36 μmol/L.

La supplémentation contre le déclin cognitif

Certaines études ont également évalué l’impact d’une supplémentation en choline, sous différentes formes, sur la fonction cognitive. Ils ont été conduits chez des personnes en bonne santé ou atteintes d’une maladie neurodégénérative.

Restaurer les capacités fragilisées de mémorisation

La supplémentation en choline apparaît en mesure d’améliorer la mémoire des personnes âgées présentant des troubles de cette fonction liée au vieillissement.

Cet aspect a été mis en évidence lors d’une étude conduite en 2021 auprès de 100 personnes âgées de 50 à 85 ans, qui ont bénéficié de 500mg par jour de citicoline (aussi appelée cytidine diphosphate-choline ou CDP-choline), ou d’un placebo pendant 12 semaines.

À l’issue de cette période, leur mémoire globale s’est améliorée, ainsi que l’une de ses dimensions, la mémoire épisodique. Celle-ci nous permet de nous souvenir des moments vécus par le passé.

Renforcer la mémoire verbale

Une femme âgée souffre de problème de mémoire.
La choline contribue à renforcer les capacités de mémorisation défaillantes.

Un essai clinique plus ancien, mené auprès d’un groupe de la même classe d’âge, s’est déroulé en deux étapes. Au cours de la première, 95 volontaires ont reçu 1000mg de citicoline par jour pendant trois mois ou un placebo. La prise du supplément a permis d’améliorer la mémoire logique différée, mais uniquement chez les personnes à la mémoire défaillante. Il s’agit d’un aspect de la mémoire verbale qui correspond à notre capacité à se rappeler d’informations verbales après un certain délai, qu’il soit de quelques minutes, heures ou jours.

Dans ce sous-groupe, 32 participants ont accepté de poursuivre le protocole, recevant le double de la dose de citicoline sur deux mois. Ce dosage élevé a permis d’optimiser à la fois la mémoire logique différée et immédiate. Cette dernière nous permet de restituer les informations verbales immédiatement après les avoir entendues ou lues.

Les mécanismes protecteurs

L’un des mécanismes par lesquels la citicoline améliore la cognition chez les personnes âgées repose sur sa capacité à stimuler la synthèse de la phosphatidylcholine dans les membranes des cellules cérébrales, dont les niveaux diminuent avec l’âge.

Ce phénomène a été mis en évidence par l’utilisation d’une technique d’imagerie qui permet de mesurer les niveaux de certains composés chimiques dans le cerveau en utilisant les propriétés magnétiques des atomes de phosphore. Elle a été appliquée avant et après une supplémentation à base de 500mg de citicoline par jour pendant 6 semaines chez des volontaires âgés.

L’intervention a conduit à une augmentation de 7,3% des phosphodiesters cérébraux par rapport aux niveaux de départ. Il s’agit de produits intermédiaires dans le métabolisme de la phosphatidylcholine, dont l’élévation témoigne d’une stimulation de son renouvellement sous l’effet de la citicoline. Elle aide ainsi à renforcer et à maintenir la santé des membranes cellulaires du cerveau, ce qui peut expliquer l’amélioration des fonctions cognitives observée chez les personnes âgées.

Optimisation des réserves énergétiques cérébrales

En utilisant la même méthode, une autre étude a permis de compléter ces données. La supplémentation en citicoline provoque également à une augmentation de la quantité de métabolites énergétiques, notamment de phosphocréatine et d’ATP, indiquant une optimisation du fonctionnement des mitochondries des cellules cérébrales.

Cet effet bénéfique est particulièrement prononcé dans le cortex cingulaire antérieur, une zone associée aux fonctions cognitives avancées, souvent touchée par le vieillissement. Les doses modérées de citicoline (500 mg) sont apparues dans ce cadre plus efficaces que les doses plus élevées (2000 mg).

Un complément bénéfique contre la maladie d’Alzheimer

Les effets de la supplémentation en choline ont été évalués dans le cadre de la maladie d’Alzheimer. Cette affection neurodégénérative implique une dysrégulation de la neurotransmission cholinergique, et les malades présentent des niveaux abaissés du neurotransmetteur acétylcholine.

L’un de ces essais cliniques a rassemblé 40 personnes, divisées en 4 sous-groupes : le premier avec des personnes âgées en bonne santé (contrôle), le deuxième avec des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à début précoce (EOAD), le troisième avec des patients atteints de la forme à début tardif (LOAD) et le quatrième avec des personnes démentes suite à de multiples AVC (MID). L’administration de 1g par jour de citicoline pendant trois mois est parvenue à améliorer la cognition globale dans chacun de ces sous-groupes.

Graphique indiquant les bienfaits de la supplémentation en citicoline sur la cognition globale, évaluée par le score MMSE.
Bienfaits de la supplémentation en citicoline sur la cognition.

La même équipe a ensuite montré que la citicoline n’améliore pas seulement ce paramètre, mais qu’elle optimise également la circulation sanguine dans le cerveau, contribuant ainsi à une meilleure oxygénation et nutrition des cellules cérébrales.

Selon la compilation des résultats de deux études ayant porté sur 563 personnes âgées atteintes de la maladie, la citicoline constitue une approche complémentaire prometteuse aux traitements médicamenteux classiques. Les auteurs indiquent :

« la citicoline utilisée en complément des inhibiteurs de cholinestérase dans le traitement de la maladie d’Alzheimer a été bien tolérée et a conduit à une amélioration de la cognition, de l’humeur, des symptômes comportementaux en comparaison aux inhibiteurs de cholinestérase seuls.

Bernadeth Lyn C Piamonte et al.

L’impact de la supplémentation sur la cognition des plus jeunes

Les bienfaits de la supplémentation en choline sur les fonctions mentales ne concernent pas que les aînés.

Un apport de 2g de bitartrate de choline a par exemple permis de stimuler les performances visuomotrices (c’est-à-dire la capacité à coordonner les mouvements du corps aux informations visuelles perçues) de jeunes gens en bonne santé par rapport à un placebo.

Chez des adolescents, une supplémentation à base de 250 ou 500mg de citicoline a amélioré l’attention et la vitesse psychomotrice – qui correspond à la rapidité avec laquelle une personne peut réagir physiquement à un stimulus mental – tout en tempérant l’impulsivité.

Une efficacité limitée aux difficultés d’apprentissage ?

Certains éléments indiquent toutefois que les bienfaits cognitifs de la supplémentation en choline pourraient être réservés à des situations particulières.

La prise de 500 ou 1000mg de citicoline a stimulé les fonctions intellectuelles d’hommes en bonne santé, mais uniquement chez ceux présentant de faibles performances de base. Une telle différence d’action selon le profil des participants a également été mise en évidence lors d’une étude plus ancienne, où une supplémentation à base de 25g de phosphatidylcholine (apportant 3,75g de choline) avait apporté de meilleurs bénéfices aux participants aux capacités d’apprentissage plus lentes.

L’efficacité de la supplémentation sur les performances cognitives chez les personnes en bonne santé pourrait ainsi dépendre du statut cholinergique de chacun, et serait pertinente en cas de déficit seulement.

Comment obtenir suffisamment de choline ?

Quand un problème de santé est déjà installé, la supplémentation en choline est recommandée. En prévention, l’alimentation peut couvrir nos besoins, à condition de choisir les bons aliments.

Dans le cadre de l’étude finlandaise évoquée précédemment, les apports alimentaires moyens en choline des participants étaient de 431mg par jour, dont 188mg sous forme de phosphatidylcholine. La principale source de choline provenait des produits laitiers (27%), de la viande (24%) et du jaune d’œuf (18%). La phosphatidylcholine était quant à elle principalement apportée par les œufs (39%) et la viande (37%).

Les meilleures sources alimentaires de choline sous toutes ses formes (choline libre, phosphatidylcholine, phosphocholine, glycérophosphocholine, sphingomyéline) sont en effet les produits animaux comme le foie de bœuf (333,3mg/100g), les œufs (301,7mg/100g), le saumon (94,6mg/100g), le steak de bœuf (92,1mg/100g), le blanc de poulet (82,1mg/100g) ou les côtes de porc (59,7mg/100g).

Côté végétal, les amandes (52,1mg/100g), les noix (39,2mg/100g), le brocoli (18,7mg/100g) et les haricots en général comme les haricots blancs (66,2 mg/100g) en présentent de bonnes teneurs.

De son côté, la choline en complément alimentaire n’est pas fabriquée à partir de produits animaux et convient donc aux végétariens et végétaliens. Attention toutefois, car la choline bitartrate contient souvent des nanoparticules, alors que ce n’est jamais le cas de la CDP-choline ou citicoline. Cette forme est mieux absorbée et plus qualitative, mais aussi plus coûteuse.


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