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La guerre des vitamines s’envenime

mélange de comprimés, gélules et capsules contenant différentes vitamines

« Non, les compléments vitaminés ne sont pas bons pour la santé ! », titrait le magazine L’Express le 18 décembre 2013 (1).

Cette fois, c’est du lourd. L’information provient d’un groupe de médecins américains qui appellent les patients à arrêter tout complément alimentaire, suite à un ensemble d’études publiées dans une revue médicale, Annals of Internal Medicine :

« Trop c’est trop : stop au gaspillage d’argent dans les vitamines. La plupart des suppléments n’empêchent pas les maladies chroniques ou la mort. Leur utilisation n’est pas justifiée, ils devraient être évités. Dans certains cas, ils pourraient même s’avérer dangereux », alertent les médecins (2).

Difficile pour L’Express d’assoir sa crédibilité en matière de santé : ce même magazine publiait il y a peu une interview du Pr Luc Cynober et du Dr Jacques Fricker, auteurs de La Vérité sur les compléments alimentaires, où il est question de « neuf substances naturelles dont les bénéfices sont réellement prouvés », à savoir la vitamine D, les oméga-3, le fer, le calcium, les folates, les phyto-œstrogènes, le resvératrol, les algues alimentaires et le sélénium… (3)

Il faut dire que les journalistes n’ont souvent pas le temps de s’intéresser réellement aux sujets qu’on leur impose de traiter. S’ils l’avaient ils se seraient rendus compte que tous les multivitamines ne sont pas égaux : certains diminuent le risque de cancers ou de malformations congénitales chez les nouveau-nés, mais d’autres sont dangereux pour la santé et augmentent notre risque de mourir prématurément !

Les vitamines ne peuvent pas rendre immortel

Les médecins de Annals of Internal Medicine affirment que « la plupart des suppléments n’empêchent pas la mort ».

Ils ont raison. Mais soyons sérieux : quel consommateur achète des vitamines parce qu’il pense que cela le rendra immortel ? Pourquoi pas des vitamines pour être plus beau, doubler son salaire en six mois et ramener les morts à la vie pendant qu’on y est ?

En revanche, en ce qui concerne le cancer, les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y parait. Alors, que dit réellement cette étude ?

3 laitues + 1 aspirine = l’âge du capitaine

Cet article selon lequel « La plupart des suppléments n’empêchent pas les maladies chroniques ou la mort. » n’est pas un article scientifique. C’est en fait un simple éditorial, écrit par quelques médecins américains anti-compléments alimentaires, en réaction à la parution d’un travail de recherche publié le même jour par d’autres chercheurs qui cherchaient à mieux définir le rôle des compléments multivitaminés dans la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires (4).

Dans ce travail de recherche, seules 4 études utilisant un mélange de vitamines avaient été examinées :

  • une étude avait testé l’effet de 3 vitamines et 2 minéraux
  • une autre avait testé 13 vitamines et 17 minéraux
  • une troisième avait testé 3 vitamines
  • une quatrième avait testé 14 et 12 minéraux avec ou sans vitamine E
  • une dernière avait testé un complément multivitaminé à la composition inconnue

5 études différentes ayant utilisé des produits différents, en nombre différent, en concentrations différentes et en qualités différentes. C’est un peu comme si on avait comparé de l’aspirine à du gingembre, à de la laitue et à du lait de soja. Résultat : l’âge du capitaine…

Si on regarde ces études plus en détail on constate pourtant que, même si aucune ne diminue le risque de maladie cardiaque, elles diminuent bien globalement le risque de cancer à long terme (au bout de 10 ans de supplémentation).

Une des études citées a été publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) un journal médical prestigieux dont la notoriété et la rigueur sont reconnues comme étant largement supérieurs à ceux de l’Annals of Internal Medicine (5) par la communauté scientifique. Cette étude avait démontré que les multivitamines permettent une « baisse modeste mais significative du risque total de cancer », de l’ordre de 8 % lorsqu’ils étaient comparés à un placebo (6).

Sachant qu’il y a 2,8 millions de personnes touchées par le cancer en Europe (7), une baisse de 8 % représente 224 000 vies sauvées. Personnellement, je ne qualifierais pas ce résultat de « modeste », pour un produit naturel, bon marché et sans aucun effet secondaire. Et si on le compare aux performances catastrophiques de la médecine conventionnelle dans ce domaine (95 % de décès dans les 5 ans pour la plupart des cancers), ce résultat me paraît admirable.

Mais le plus important dans cette étude c’est qu’en aucun cas les chercheurs n’ont cherché à examiner la qualité de vie ! En effet si un multivitamines diminue votre risque d’attraper un rhume, s’il vous donne des cheveux plus brillants et des ongles plus forts, s’il diminue votre risque de dépression, votre risque de maladie auto-immune ou de cécité, cette étude n’en tient absolument pas compte puisqu’elle ne s’est intéressée qu’à la mortalité ! Et toutes ces maladies chroniques ne tuent pas… Elles se contentent de rendre votre quotidien pénible et douloureux, vous obligent à prendre des médicaments antidouleur quotidiennement, à faire des séances de kinésithérapie, à prendre des médicaments antihypertenseurs si vous souffrez d’hypertension artérielle, etc.

Quel est donc l’effet des vitamines sur ces problèmes de santé ?

Le plus puissant antihypertenseur naturel

L’hypertension artérielle est un grave problème de santé publique : plus votre tension artérielle est élevée plus votre risque de mourir brusquement d’un arrêt du cœur ou de finir en chaise roulante à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC) est élevé.

En juin 2012, le Pr Balz Frei, président de l’institut Linus Pauling (université de l’Oregon, États-Unis) créé à la mort du scientifique du même nom (prix Nobel de chimie et prix Nobel de la paix) pour poursuivre la recherche sur les bénéfices des vitamines pour la santé, publiait une étude dans laquelle il expliquait que les méthodes utilisées par la recherche scientifique actuelle sont inadaptées pour évaluer les bénéfices des vitamines.

Contrairement à un médicament, les vitamines ont un rôle essentiel pour le fonctionnement normal du corps humain et leur bénéfice peut n’apparaître qu’après des années ou des dizaines d’années. Plutôt que de se concentrer sur la dose de vitamine C nécessaire pour prévenir le scorbut (la carence prolongée en vitamine C) il faut se concentrer sur la quantité optimale qui ne provoque aucun effet secondaire et qui apporte des bénéfices pour la santé (8). Le Pr Frei rappelle en particulier trois points fondamentaux :

  • Une synthèse de 29 études d’intervention a montré qu’un complément alimentaire de 500 mg par jour diminuait de manière significative la pression artérielle, systolique et diastolique. C’est-à-dire que des milliers de cas d’hypertensions pourraient être évités ou soignés simplement grâce à des apports plus élevés en vitamine C.
  • Une étude européenne qui a suivi plus de 20 000 personnes a montré que la mortalité cardiovasculaire était réduite de 60% chez ceux qui avaient les apports les plus élevés en vitamine C comparativement à ceux qui avaient les apports les plus faibles.
  • Une étude a trouvé que les hommes qui ont les taux de vitamine C les plus bas ont 62% plus de chances de mourir d’un cancer sur une période de 12 à 16 ans, comparativement à ceux qui ont les taux les plus élevés.

Les études menées sur les habitudes alimentaires des Français montrent qu’un cinquième de la population ne reçoit pas 70 mg de vitamine C par jour.

La vitamine inutile prescrite par les médecins

Si nos autorités de santé et les médecins qui parlent pour elles ont raison, qu’une alimentation variée et équilibrée est suffisante pour être en bonne santé et que nous ne devons pas prendre de compléments alimentaires, alors pourquoi tous les médecins prescrivent-ils de la vitamine B9 aux femmes enceintes ?

En effet depuis de nombreuses années, l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES), le ministère de la santé et le Programme National Nutrition Santé (PNNS, à l’origine des fameux messages « manger moins sucré, moins salé ») recommandent systématiquement la supplémentation en vitamine B9 aux femmes enceintes ou désireuses d’avoir un enfant. Motif : la vitamine B9 diminue très nettement (à plus de 90%) le risque de malformations graves du système nerveux (spina bifida). Pire, depuis février 2013, des chercheurs norvégiens ont montré qu’une supplémentation en vitamine B9 entamée au moins un mois avant le début de la grossesse diminuait le risque d’autisme pour l’enfant de plus de 40% ! (9)

Mais comment des vitamines pourraient-elles protéger de maladies graves si elles ne servent à rien ? Pourquoi ne pas recommander aux femmes de manger plus d’épinards si cela est suffisant ?

Zinc et antioxydants contre dégénérescence maculaire

Les antioxydants et le zinc réduisent le risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge, la principale cause de cécité dans les pays développés. Ce sont les résultats d’une vaste étude clinique réalisée aux États-Unis, et publiée en octobre 2001 dans Archives of Ophtalmology (10).

Les scientifiques ont constaté que la prise de vitamine C, vitamine E, bêta-carotène et zinc à doses modérées diminue de 25 % le risque de développer une forme avancée de la maladie, et de 19 % le risque de devenir aveugle, chez les personnes souffrant d’un début de dégénérescence maculaire.

Sans doute la possibilité de ne pas devenir aveugle n’est pas une raison suffisante de prendre des multivitamines, pour les médecins hostiles aux compléments alimentaires. Mais en ce qui me concerne, j’ai déjà fait profiter plusieurs personnes autour de moi de l’information, et les résultats sont là.

Mais attention, pour être efficaces, les vitamines doivent être bien employées et à juste doses : d’autres études ont montré que de fortes doses de vitamine C ou de vitamine E pris seuls augmentaient le risque de cataracte (11). Comment l’expliquer ?

D’autres études ont aussi montré que certains compléments alimentaires augmentent le risque de mourir prématurément, notamment d’un cancer. Et tout cela n’est pas le fruit du hasard ou d’un mystère !

Les multivtamines qui rendent malades et qui tuent

De nombreuses études montrent l’effet bénéfique des compléments alimentaires sur la santé mais de nombreuses études montrent aussi leur danger. Toutes ces études qui mettent en évidence une augmentation du risque de maladies chroniques ou de décès ont des points communs :

  • elles ont utilisé des doses élevées d’antioxydants isolés. Par exemple, une méta-analyse de 19 études portant sur plus de 130 000 personnes a montré que la vitamine E à des doses supérieures à 400 UI par jour augmente la mortalité (12).
  • elles ont utilisé des vitamines sous formes synthétiques différentes de celles retrouvées dans la nature : c’est le cas en particulier de la vitamine E et de la vitamine B9 dont la forme synthétique (présente dans 99% des compléments multivitaminés) augmenterait le risque de cancer (13).
  • elles ont utilisé des compléments mal formulés qui contenaient des substances toxiques et cancérigènes lorsqu’elles sont détachées des aliments comme le fer, le cuivre ou le manganèse. Une étude américaine sur plus de 38 000 femmes a montré que ces éléments augmentaient le risque de mourir, en particulier le fer (14).

Le problème c’est que la plupart des fabricants mettent au point des compléments alimentaires avec un travail basé sur le marketing, sans aucune expérience dans le domaine de la micronutrition. On se retrouve donc avec des boutiques diététiques dans lesquelles la plupart des produits sont réellement nocifs !

Naturel ne veut pas dire sans danger

On a bien souvent tendance à opposer « vitamines » et « médicaments » comme « naturel » et « synthétique » en associant le premier au « bien » et le deuxième au « mal ». Mais la réalité est plus subtile : saviez-vous que le cyanure, un terrible poison, se retrouve en grande quantité dans de nombreuses plantes ? Que la ricine, une protéine retrouvée dans le ricin, est 6000 fois plus toxique que ce même cyanure, ce qui lui vaut d’être classé comme « agent biologique toxique de catégorie B » ?

Pour qu’un complément alimentaire soit bénéfique à la santé il ne suffit pas qu’il soit naturel, il faut aussi qu’il soit bien formulé, et qu’il tienne compte de toutes les données scientifiques disponibles.

C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer un dossier complet et détaillé au choix des compléments alimentaires multivitaminés très prochainement dans Alternatif Bien Être. Parce qu’il ne suffit pas de suivre aveuglément quelques avis diffusés sur des sites internet mal intentionnés, je vous expliquerais quels sont les points les plus importants à surveiller et pourquoi. Parce que prendre soin de sa santé est une démarche active et responsable, la compréhension de l’information est indispensable : comprendre sa santé, c’est acquérir une liberté.

A votre santé !

Julien Venesson & Jean-Marc Dupuis

Références : (1) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/non-les-complements-vitamines-ne-sont-pas-bons-pour-la-sante_1308679.html

(2) http://annals.org/article.aspx?articleid=1789253

(3) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/complements-alimentaires-gare-aux-produits-miracles_848352.html

(4) http://annals.org/article.aspx?articleID=1767855

(5) D’après l’impact factor

(6) http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1380451

(7) Rapport de la commission d’orientation sur le cancer

(8) Frei B, Birlouez-Aragon I, Lykkesfeldt J. Authors’ perspective: What is the optimum intake of vitamin C in humans? Crit Rev Food Sci Nutr. 2012;52(9):815-29.

(9) http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1570279

(10) http://www.nei.nih.gov/news/pressreleases/101201.asp

(11) Jinjin Zheng Selin, Susanne Rautiainen, Birgitta Ejdervik Lindblad, Ralf Morgenstern, Alicja Wolk. High-Dose Supplements of Vitamins C and E, Low-Dose Multivitamins, and the Risk of Age-related Cataract: A Population-based Prospective Cohort Study of Men. Am. J. Epidemiol. (2013) 177(6): 548-555.

(12) Miller ER 3rd, Pastor-Barriuso R, Dalal D, Riemersma RA, Appel LJ, Guallar E. Meta-analysis: high-dosage vitamin E supplementation may increase all-cause mortality. Ann Intern Med. 2005 Jan 4;142(1):37-46.

(13) Mason JB, Dickstein A, Jacques PF, et al. A temporal association between folic acid fortification and an increase in colorectal cancer rates may be illuminating important biological principles: a hypothesis. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2007;16:1325–9.

(14) Mursu J, Robien K, Harnack LJ, Park K, Jacobs DR Jr. Dietary supplements and mortality rate in older women: the Iowa Women’s Health Study. Arch Intern Med. 2011 Oct 10;171(18):1625-33.

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