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La quercétine est-elle efficace contre la rhinite allergique ?

femme souffrant d'allergies saisonnières entrain de se moucher

La rhinite allergique, appelée rhume des foins dans le langage courant, est une affection qui altère la qualité de vie d’une personne sur quatre dans notre pays, un chiffre qui a considérablement augmenté au cours des dernières décennies.

La quercétine, un flavonoïde présent dans les oignons, le vin rouge, le thé et une grande variété de fruits, pourrait-elle tempérer ses manifestations ? Des réponses ici.

La rhinite allergique, une affection inflammatoire chronique

La rhinite allergique est une maladie inflammatoire chronique affectant la muqueuse nasale, provoquée par un allergène. L’organisme réagit de façon disproportionnée aux pollens émis par différents végétaux, les graminées notamment, aux poils d’animaux ou aux acariens, les considérant comme une menace qu’il faut combattre.

Des symptômes plus ou moins constants selon la nature de l’allergène responsable

Elle est à l’origine de symptômes désagréables au quotidien : éternuements, démangeaisons, nez qui coule… S’ils ne présentent pas un caractère de gravité, ils altèrent grandement la qualité de vie. Ils se manifestent de façon continue si l’allergène est constamment présent dans l’environnement, ou fluctuent au cours des saisons. Le printemps représente la période la plus critique pour les allergiques aux pollens.

Des symptômes qui vont souvent de paire avec une conjonctivite allergique ; les yeux sont rouges, gonflés et larmoient.

La prise en charge classique de la rhinite allergique

Venir à bout d’une rhinite allergique est un véritable défi. Il est tout d’abord nécessaire d’éviter au maximum l’allergène, ce qui est difficile pour les pollens par exemple.

Les traitements de désensibilisation visent à habituer l’organisme à l’allergène pour qu’il le tolère. Ils se déroulent sur plusieurs années, avec un succès variable selon les cas.

Les médicaments anti-histaminiques visent à neutraliser l’histamine, l’une des molécules impliquées dans la réaction allergique, pour calmer les symptômes. Cette action peut être complétée par l’usage de corticoïdes administrés directement au niveau nasal.

Les flavonoïdes comme la quercétine sont dotés de propriétés anti-allergiques

En parallèle de cette approche classique, de nombreuses équipes de recherche s’intéressent à des composés naturels pour combattre la maladie. Nombre d’entre eux sont en effets dotés de propriétés anti-allergiques, notamment les membres de la famille des flavonoïdes, des pigments végétaux bénéfiques pour la santé.

Le rôle de l’alimentation dans la survenue des allergies

La survenue d’une allergie résulte de plusieurs facteurs, à la fois génétiques mais aussi liés à l’environnement. Et parmi ceux-ci, l’alimentation pourrait jouer un rôle crucial, favorisant leur développement ou au contraire s’y opposant.

Les nutriments réputés pour leurs vertus anti-allergiques sont le sélénium, le zinc, le magnésium, les vitamines A, C, D et E, les oméga-3, tandis que les oméga-6, abondants dans le régime occidental typique, promeuvent ces réactions. 

L’équipe du Professeur Knekt de l’Institut de santé publique d’Helsinki en Finlande s’est intéressée à cette question, menant une grande enquête sur les habitudes alimentaires d’un peu plus de 10 000 personnes, mises en lien avec la présence de diverses maladies. Ils ont notamment pu établir une relation entre de forts apports alimentaires en trois flavonoïdes (quercétine, naringénine ou l’héspéritine) et un risque diminué d’asthme, la forme la plus sévère des allergies respiratoires.

La quercétine tempère l’emballement du système immunitaire

En cas de rhinite allergique, la muqueuse nasale est envahie par des cellules immunitaires – des mastocytes, basophiles et éosinophiles – activées à cause de la présence de l’allergène. Elles produisent des composés qui sont à l’origine des symptômes, l’histamine et les leucotriènes, ainsi que des cytokines et chémokines, qui amplifient et entretiennent la réponse inflammatoire.

Parmi l’arsenal médicamenteux disponible, rare sont les candidats capables de stabiliser les mastocytes pour apaiser les réactions allergique. Il n’y en a qu’un, le cromglycate de sodium, et il s’avère peu efficace chez l’être humain.

Une équipe de l’université Tufts dans le Massachusetts (États-Unis) dirigée par le Professeur Weng, a entrepris des travaux pour déterminer si la quercétine ne pouvait pas faire mieux que le médicament. 

Ils ont tout d’abord réalisé des tests en laboratoire, sur des mastocytes humains, testant les effets de l’application de l’un ou l’autre de ces composés. Les deux sont parvenus à bloquer la production d’histamine, de leucotriène et de prostaglandine D2. Cette dernière joue un rôle clé dans les réactions allergiques, en stimulant le recrutement des cellules immunitaires inflammatoires. 

La quercétine s’est montrée plus efficace que le médicament pour bloquer la production de certains messagers promoteurs des réactions inflammatoires, l’IL-8 et le TNF. Elle a aussi diminué la sécrétion d’IL-6 de façon d’autant plus marquée qu’elle est utilisée en forte concentration. Elle a empêché l’activation du NF-κB, une petite molécule qui déclenche l’action des gènes impliqués dans la réponse immunitaire.

La quercétine apparaît donc en mesure de tempérer les mécanismes à l’origine de la réaction allergique grâce à ses effets anti-inflammatoires, qui peuvent également être utiles contre les infections pulmonaires comme le Covid-19.

Quand ces chercheurs ont testé ses effets chez l’homme au cours de deux études préliminaires, ils ont que la prise d’un complément alimentaire de quercétine est efficace en cas de dermatite de contact, une réaction de la peau d’origine allergique et de photosensibilité. 

Une étude menée au sein de l’université de Gifu au Japon par le Professeur Kimata a confirmé ce même effet d’inhibition de la production d’histamine, de leucotriènes et de prostaglandine D2 grâce à la quercétine. Deux autres flavonoïdes, la lutéoline et la baïcaline, ont également été testés avec des résultats prometteurs.

La quercétine stimule les défenses contre les radicaux libres

La quercétine exerce également une autre action qui lui confère des propriétés anti-allergiques, mise en lumière par des chercheurs de l’université Showa de Yokohama au Japon. L’équipe, dirigée par le Professeur Yukako, a mené des tests sur des cellules humaines de l’épithélium nasal, puis chez la souris. 

Les animaux, atteints de rhinite allergique, ont reçu une fois par jour pendant 5 jours de la quercétine (20 mg par kg). Les chercheurs les ont exposés à l’allergène, puis compté le nombre d’éternuements et le nombre de fois où ils se frottaient le nez avec leurs pattes, sur une durée de 10 minutes après l’exposition. Le traitement s’est avéré efficace : il a prévenu l’apparition des symptômes. Le fluide qui s’écoule du nez des souris a été récupéré pour analyse, 6 h après exposition à l’allergène. 

Les sécrétions nasales des souris traitées avec la quercétine présentaient une quantité accrue d’une substance, la thiorédoxine. La mise en contact des cellules nasales avec la quercétine conduit également à la production accrue de ce même composé. Or ceci est crucial : il est capable de neutraliser les radicaux libres et agit comme immuno-modulateur, ce qui a contribué aux effets favorables de la quercétine sur les symptômes de la rhinite allergique.

L’équipe de Min Young Seo de l’université de Ansan en Corée du sud a testé l’efficacité d’un autre mode d’administration. Plutôt de que faire ingérer des flavonoïdes, ils ont administré un extrait d’oignon rouge, une des sources alimentaires les plus riches en quercétine, directement par voie nasale. Les souris souffrant de rhinite allergique ainsi traitées ont présenté des quantité d’éosinophiles réduites, ainsi que de messagers inflammatoires. Les sprays à base d’oignon rouge remplaceront-ils un jour les sprays à base de corticoïdes ?

La quercétine est-elle efficace en cas de rhinite allergique chez l’être humain ?

Les données recueillies au cours des expériences en éprouvettes et chez l’animal sur la capacité de la quercétine à atténuer les manifestations de la rhinite allergique sont concluantes. Il existe cependant assez peu d’études ayant investigué ses effets chez l’Homme.

L’extrait de houblon, riche en quercétine, atténue les symptômes de l’allergie au pollen

Un essai clinique a été mené par le laboratoire de la brasserie japonaise Sapporo Breweries. Le Professeur Segawa et son équipe ont recruté 39 personnes souffrant d’allergie au pollen du cèdre du Japon (Cryptomerica japonica). Les participants ont consommé une boisson contenant 100 mg d’extrait de houblon ou un placebo pendant 12 semaines, en plein cœur de la période critique. Cet extrait végétal est particulièrement riche en quercétine et en kaempferol, un autre flavonoïde présent par exemple dans le brocoli, le thé ou les épinards.

À l’issue du traitement, des différences sont apparues entre les deux groupes, au niveau des symptômes ressentis et du besoin en médicaments anti-allergie. Les personnes ayant bénéficié de l’extrait de houblon ont présenté moins de gonflement au niveau des muqueuses nasales, leur nez était moins rouge, et la quantité d’écoulement nasal réduite. Chez ces patients, contrairement à ceux du groupe placebo, les sécrétions nasales contenaient très peu de cellules inflammatoires immunitaires.

Un dérivé de quercétine plus efficace sur la conjonctivite allergiques que sur la rhinite

Une équipe de l’université d’Osaka au Japon, conduite par le Professeur Hirano, a étudié les effets d’un dérivé de quercétine à la biodisponibilité augmenté, l’isoquercitrine modifiée par voie enzymatique, en cas d’allergie au pollen de cèdre du Japon comme précédemment. Les 24 volontaires ont reçu 100 mg de ce composé (équivalent à environ 400 mg de quercétine classique) ou un placebo pendant 8 semaines, en commençant un mois avant la libération du pollen dans l’atmosphère.

Les résultats ont montré une diminution des symptômes oculaires et du recours à la médication classique dans le groupe recevant la quercétine. En revanche, les symptômes affectant la sphère nasale n’ont pas été atténués par le traitement. 

Ces données confirment celles obtenues lors d’une étude antérieure menée par le même groupe sur un plus petit nombre de personnes allergiques.

Pour expliquer cette différences d’efficacité sur les yeux et le nez, les auteurs indiquent que les manifestations allergiques affectant le nez sont plus complexes que celles affectant les yeux, avec une inflammation plus intense au niveau nasal. L’usage d’une posologie plus importante serait ainsi peut être nécessaire pour l’apaiser.

Les autres flavonoïdes protecteurs contre la rhinite allergique

D’autres extraits à base de flavonoïdes ont été testés chez l’Homme. L’efficacité d’un extrait de plante médicinale, le basilic japonais (Perilla frutescens), riche en acide rosmarinique a été évalué chez des personnes souffrant de rhinite et conjonctivite saisonnière. Les 29 personnes participant à l’étude ont reçu 50 ou 200 mg de l’extrait végétal ou un placebo pendant 21 jours. 

Le traitement a permis de réduire les quantités de cellules immunitaires (neutrophiles et éosinophiles) présents dans les sécrétions nasales. En conséquence, l’intensité des symptômes s’est atténuée, notamment le larmoiement et les démangeaisons nasales et oculaires. 

L’extrait de tomate s’avère également bénéfique, grâce à la présence de naringénine chalcone, un flavonoïde présent dans la peau de ce fruit. Une équipe japonaise dirigée par le Professeur Yoshimura a testé les effets de l’administration de 360 mg par jour par rapport à un placebo, sur une période de 8 semaines, auprès de 33 participants souffrant de rhinite allergique non saisonnière (liée à un allergène restant dans l’environnement tout au long de l’année).

Une diminution du nombre d’éternuements, une tendance à la baisse des quantités de sécrétions nasales et de l’obstruction nasale, et une amélioration de la qualité de vie se sont manifestées dans le groupe recevant le traitement actif.

Une étude dirigée par le Professeur Kishi de l’Institut de recherche sur les nutraceutiques Otsu à Shiga au Japon s’est intéressée aux effets des polyphénols de pomme, qui renferment un cocktail de composés phénoliques (procyanidines, tannins, catéchines, épicatéchines, phlorizine, acide chlorogénique…).

Les chercheurs ont recruté 36 hommes souffrant d’allergie au pollen de cèdre. Ils ont reçu 500 mg de polyphénols de pommes ou un placebo pendant 12 semaines, commençant le traitement deux semaines avant la dispersion des pollens. Le traitement à base de polyphénols s’est avéré efficace, réduisant les éternuements aussi bien pendant la phase initiale de la saison des pollens qu’en plein cœur de celle-ci. Les écoulements du nez ont été atténués au début de la saison.

La sylimarine, un mélange de flavonoïdes issus du chardon-marie, administré à la dose de 420 mg par jour, permet d’atténuer les symptômes de la rhinite allergique de façon plus efficace qu’un placebo.

Le pycnogénol, un extrait d’écorce du pin, administré à la dose de 100 mg pendant 5 à 8 semaines diminue les symptômes affectant les yeux et le nez en cas d’allergie au pollen de bouleau.

Pour aller plus loin :


Références :

  1. Knekt P et al. Flavonoid intake and risk of chronic diseases. Am J Clin Nutr. 2002 Sep;76(3):560-8.
  2. Zuyi Weng et al. Quercetin Is More Effective than Cromolyn in Blocking Human Mast Cell Cytokine Release and Inhibits Contact Dermatitis and Photosensitivity in Humans. PLoS One. 2012; 7(3): e33805.
  3. Kimata, M. et al. Effects of luteolin, quercetin and baicalein on immunoglobulin E-mediated mediator release from human cultured mast cells. Clin. Exp. Allergy 2000, 30, 501–508.
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