La sèche en musculation peut rendre impuissant

Temps de lecture : 4 minutes

Le fait de faire un régime ou une sèche (chez un sportif naturel qui n’utilise pas de produit dopant) a un impact sur les hormones.

Ce phénomène est bien connu chez les femmes : on parle de la triade de l’athlète féminine qui associe troubles alimentaires, absence de règle et ostéoporose ((Yeager, KK et al. The female athlete triad: disordered eating, amenorrhea, osteoporosis. Med Sci Sports Exerc. 1993; 25( 7): 775‐ 777.)), une notion introduite pour la première fois en 1992 par l’American College of Sports Medicine.

Il n’épargne cependant pas les hommes, comme le souligne une étude menée par des chercheurs australiens qui se sont livrés à une analyse de la littérature scientifique((Wong HK et al. Reversible male hypogonadotropic hypogonadism due to energy deficit. Clin Endocrinol (Oxf). 2019 Jul;91(1):3-9.)) recensant 23 cas de jeunes hommes sportifs d’indice de masse corporel faible souffrant de déficit hormonal affectant notamment la testostérone.

Forte baisse de la testostérone pendant un régime ou une sèche

La baisse de la testostérone engendrée par un régime restrictif peut être très importante ; à tel point qu’elle peut provoquer une impuissance totale et de très faibles niveaux de testostérone : des taux aussi bas que 20 ng/dL ont déjà été constatés (la norme est située entre 200 et 800 ng en général) ((Ana Narla, Kimberly Kaiser, and Lisa R. Tannock (2019) EXTREMELY LOW TESTOSTERONE DUE TO RELATIVE ENERGY DEFICIENCY IN SPORT: A CASE REPORT. AACE Clinical Case Reports: March/April 2019, Vol. 5, No. 2, pp. e129-e131.)).

Cette situation est évidemment problématique pour la fonction sexuelle mais aussi pour la sèche elle-même car la chute de la testostérone va fortement ralentir la perte de graisse mais fortement accélérer la perte de muscles.

Autre conséquence : dans certains cas, cette baisse de testostérone peut devenir permanente, chez certaines personnes prédisposées à des problèmes hormonaux.

Voici comment comprendre le phénomène et ce qu’il faut faire pour s’en prémunir :

La production de testostérone ne concerne pas que le testicule. Tout commence dans le cerveau, au niveau de l’hypothalamus, une petite région qui produit des neurohormones, dont la gonadolibérine (GnRH). Quand elle est libérée, celle-ci stimule la glande située juste en dessous, l’hypophyse, qui produit à son tour deux hormones : l’hormone folliculostimulante (FSH) et l’hormone lutéinisante (LH).Chacune va agir sur le testicule : la FSH au niveau des cellules de Sertoli qui favorisent la production des spermatozoïdes et la LH sur les cellules de Leydig, qui relarguent la testostérone. Quand la concentration en testostérone dans le sang atteint un niveau seuil, elle exerce un rétro-contrôle négatif sur l’hypothalamus, qui stoppe sa production de GnRH.

Cet axe est perturbé en cas de déficit d’énergie :  

  • lié à une période jeûne alimentaire : chez des hommes en bonne santé, il provoque une baisse des niveaux de testostérone liée à une diminution de la sécrétion de LH((Cameron JL et al. Slowing of pulsatile luteinizing hormone secretion in men after forty-eight hours of fasting.  J Clin Endocrinol Metab. 1991 Jul;73(1):35-41.)), elle-même provoquée par une baisse d’émission de la GnRH ((Aloi JA et al. Pulsatile intravenous gonadotropin-releasing hormone administration averts fasting-induced hypogonadotropism and hypoandrogenemia in healthy, normal weight men. J Clin Endocrinol Metab. 1997 May;82(5):1543-8.)).
  • lié à un effort intense : chez les marathoniens, la fréquence et l’amplitude des pulses de LH est plus faible que chez les non sportifs avec 2,2 pulses tous les 8 heures contre 3,6 pulses((MacConnie et al. Decreased hypothalamic gonadotropin‐releasing hormone secretion in male marathon runners. N Engl J Med. 1986; 315( 7): 411‐ 417.)).

Par ailleurs, différentes recherches ont démontré que cette baisse était proportionnelle au déficit calorique mais pas à l’IMC de départ. C’est-à-dire que le problème va se manifester même chez quelqu’un qui serait en surpoids et qui diminuerait trop fortement rapidement ses apports caloriques.

Comment notre corps régule la production de testostérone pendant un régime ou une sèche

Pour savoir où en sont ses niveaux de réserves énergétiques, notre organisme dispose d’un indicateur fiable : des hormones produites par le tissu graisseux comme la leptine.

La leptine est en mesure de traverser la barrière qui entoure le cerveau pour se lier à ses récepteurs présents à la surface de certains neurones. Elle provoque alors la libération de kisspeptine, une hormone qui stimule les neurones de l’hypothalamus qui, en réponse, produisent la GnRH((Alexander O. Shpakov et al. The Regulation of the Male Hypothalamic-Pituitary-Gonadal Axis and Testosterone Production by Adipokines. DOI: 10.5772/intechopen.76321.)).

En cas de restriction calorique, les niveaux de leptine diminuent, et ne sont plus en mesure d’entraîner une bonne libération de GnRH, ce qui se répercute tout au long de l’axe et débouche sur une production plus faible de testostérone. Deux autres mécanismes interviennent. En phase de restriction calorique, les cellules de la paroi de l’estomac produisent de la ghréline pour informer le cerveau de la nécessité de se nourrir. Elle provoque une baisse de la production de LH, et donc de testostérone. Enfin, l’élévation des niveaux de cytokines inflammatoires (les interleukines 4, 6, 8 et 10 et la CRP) refrènent la production de LH((Veldhuis, J et al. P. Proinflammatory cytokine infusion attenuates LH’s feedforward on testosterone secretion: modulation by age. J Clin Endocrinol Metab. 2016; 101( 2): 539– 549.)).

D’un point de vu biologique, l’intérêt de la baisse de fertilité est facile à comprendre : lors d’une période de famine, c’est une question de survie de ne pas gaspiller de l’énergie dans les fonctions reproductrices. La diminution de la production d’hormones sexuelles en cas de déficit d’énergie étant de nature fonctionnelle, elle peut être inversée lorsqu’on retrouve une alimentation normale.

Dans le cadre d’un régime, il est donc important et utile de limiter le phénomène en diminuqnat le plus progressivement possible les calories journalières plutôt que de manière très brusque. Une diminution par pallier de 250 kcal est ainsi largement suffisant. La patience étant ensuite le secret de la réussite.

A l’inverse, en voulant aller vite, on va simplement perdre plus de muscles et augmenter les symptômes du déficit en testostérone.

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11 réflexions sur “La sèche en musculation peut rendre impuissant”

  1. JB

    Bonjour M. Venesson,
    La baisse des calories entraine en régime amaigrissant une baisse de testostérone, donc remonter les calories peut la faire remonter, mais quel macronutriment choisir en particulier (glucide, lipide ou protéine) ?

    Avez-vous des conseils alimentaires pour favoriser au quotidien des taux de testostérone haut ?

    Merci beaucoup !

    1. Julien Venesson

      il y a déjà un article sur le blog à ce sujet. Le problème est que dans certains cas, remonter les calories ne fonctionne plus chez certaines personnes qui ont suivi des régimes trop drastiques trop longtemps.

  2. Moussa

    Bonjour, je ne suis pas trop d’accord, les personnes grasses ont beaucoup d’aromatase (car bcp de tissu adipeux) et donc en perdant du poids, il diminue le nombre d’aromatase et augmente leur taux de testostérone.. Même si le déficit est très important, on voit une hausse de la testostérone : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24198220 on peut voir que ces sujets suivent une diète à 800kcal pendant 3 mois, ce qui est ridicule.
    On peut dire que chez les obèses, ils n’auront pas cette baisse de la testo mais plutôt une élévation.

    C’est vrai uniquement chez les individus pas très très gras de base. Et même chez eux, ils peuvent retrouver un taux d’hormones assez rapidement (2-6 semaines): https://academic.oup.com/jcem/article/99/3/956/2537412

  3. Youssef

    Bonjour,
    Sujet très intéressant, mais malheureusement je trouves qu’il n’est pas objectif.
    Primo, quand vous parlez de sèche, il faut préciser que c’est une sèche de compétition ou une sèche extrême.
    C’est ce genre de sèche que ça dérègle nos hormones effectivement.
    D’ailleurs le mot “sèche” est réservé dans le cadre d’une compétition de type bodybuilding, ce mot est devenu aujourd’hui à la mode à cause des réseaux sociaux et utilisé à tort et à travers.
    Secondo, il aurait était pertinent et plus complet, de faire le parallèle avec le fait d’être gras ce qui cause à nos hormones ?
    Vous parlez de testostérone, cette dernière est étroitement liée à l’oestrogène.
    Pour les sources utilisées, des études menées sur 23 personnes, c’est un panel très très faible! Ce qui n’est pas représentative et à en tirer des conclusions hâtives.
    23 personnes on connait ni leur activité réelle, ni leur alimentation précise, leurs antécédents génétiques, et pleins d’autres données …

  4. dean.jensen

    Est se que c’est le ca aussi si on decide de resté sur un bf de 8 à 12% de façon permanente ?

  5. Calou

    Sans oublier l’apport exogène de testostérone qui n’arrange rien à tout ça…

  6. Phil

    Bonjour. Je sors peut-être du sujet, mais votre avis (plutôt négatif) sur le jeûne est-il resté inchangé depuis 2012 où vous en faites mention, alors que de plus en plus d’études depuis cette date en mentionnent l’intérêt évident…

    1. Julien Venesson

      Je n’ai pas d’avis particulièrement négatif sur le jeûne. Tout dépend pourquoi il est utilisé. Aujourd’hui c’est un peu la mode et promu pour guérir tout alors que ça ne fonctionne pas sur n’importe quel problème.

      1. Pierre

        Et concernant le jeune intermittent ?
        pensez vous que cela peut améliorer la sensibilité à l’insuline et augmenter l’espérance de vie ?

        1. Julien Venesson

          Cela peut améliorer la sensibilité à l’insuline chez les personnes malades quand le jeûne est pratiqué le soir. Mais ça n’a pas d’effet sur l’espérance de vie.

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