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La vitamine C liposomale serait inefficace

comprimés de vitamine C qui tombent dans un verre d'eau à côté d'une orange coupée en deux

Depuis quelques mois la popularité de la vitamine C liposomale ne cesse de grandir. De nombreux articles et emails publicitaires en vantent les bienfaits. Cette nouvelle forme de vitamine C serait plus efficace que la vitamine C classique car elle serait beaucoup mieux absorbée au niveau de l’intestin et mieux utilisée par les cellules. Elle serait même « aussi efficace que la vitamine C par injection » selon certains. Beaucoup de lecteurs m’ont donc écrit pour me demander de proposer un produit de ce type dans mon laboratoire de compléments alimentaires. Mais comme vous allez le constater, il n’y a aucune raison que je propose ce type d’ingrédients.

Aujourd’hui, les articles faisant la promotion de la vitamine C liposomale sont tous écrits par des personnes qui vendent de la vitamine C liposomale ou qui ont des intérêts financiers liés à sa vente. Alors, faut-il croire ces affirmations ? Faut-il arrêter d’acheter de la vitamine C classique et la vitamine C liposomale est-elle vraiment meilleure pour notre santé ? Dans cet article nous allons faire le point sur les travaux des chercheurs autour de cette vitamine.

L’ acide L-ascorbique est une molécule qui possède le statut de vitamine car c’est une substance indispensable au fonctionnement normal du corps humain et que ce dernier ne peut pas synthétiser. Des apports alimentaires sont donc indispensables (c’est la définition d’une vitamine). Cette vitamine est présente essentiellement dans les fruits et des légumes mais peut aussi être trouvée dans les compléments alimentaires. Ces derniers peuvent ainsi compléter l’alimentation et garantir de bons apports quand l’alimentation n’est pas optimale. A noter d’ailleurs que la vitamine C présente dans les aliments est « classique » c’est-à-dire qu’elle n’est pas liposomale.

La vitamine C intervient dans différentes fonctions de l’organisme : elle favorise les défenses immunitaires contre les infections et elle est protectrice vis-à-vis de maladies cardiovasculaires. Son effet positif contre l’hypertension artérielle est d’ailleurs bien documenté en supplémentation. Elle facilite également l’assimilation et l’absorption du fer.

Que se passe-t-il quand on ingère de la vitamine C ?

Lorsque l’on augmente ses apports en vitamine C par voie orale, par exemple avec un complément alimentaire, il est possible d’atteindre une concentration maximale de vitamine dans le sang à 70–80 µM. C’est ce qu’ont montré dès 1996 les chercheurs du NIH (National Institutes of Health), aux Etats-Unis, dans une étude menée par Mark Levine, spécialiste mondial de la vitamine C.

Dans certains cas cliniques, il peut être intéressant de dépasser ce seuil grâce à des injections intraveineuses à haute dose. De telles injections sont réalisées chez des patients qui suivent des traitements anti-cancer, pour limiter les effets secondaires d’une chimiothérapie

Chez des personnes en bonne santé, la littérature scientifique nous apprend que des apports quotidiens compris entre 250 et 500 mg par jour en vitamine C suffisent à saturer le sang. Des apports supplémentaires peuvent être nécessaires dans certains cas : en cas de fatigue pendant un régime, pendant la grossesse, chez les fumeurs, en cas de pratique sportive intensive ou dans certaines pathologies.

graphique montrant l'évolution de la concentration dans le sang en vitamine C en fonction de la dose ingérée
La concentration de vitamine C dans le sang atteint un plateau entre 70 et 80 µM, lorsque l’on prend au moins 500 mg de vitamine C par jour. © Levine et al. 1996.

Selon les chercheurs, ce plateau s’explique par une saturation d’absorption de la vitamine C au niveau de l’intestin. Jusqu’à 500 mg l’absorption est de 100% puis elle décroit linéairement. A 1000 mg elle est de 75%. A 2000 mg elle n’est plus qu’à 50%.

Or si on regarde de plus près ces compléments alimentaires de vitamine C liposomale, on constate que la quasi-totalité sont dosés à 500 mg de vitamine C par gélule. Or comme la vitamine C naturelle est déjà absorbée à 100% à ce dosage, cela signifie donc que les liposomes ne servent à rien ! Il ne s’agit que d’un objet marketing !

Néanmoins, on pourrait envisager la possibilité de prendre plus de vitamine C liposomale, par exemple 4 comprimés d’un coup, pour avaler 2000 mg et améliorer l’absorption. Est-ce efficace dans ce cas-là ? Des chercheurs ont fait le test.

La vitamine C liposomale serait beaucoup moins efficace que les injections de vitamine C

Comme nous l’avons vu, si la vitamine C est ingérée par voie orale avec des compléments classiques, il n’est pas possible d’avoir plus de 70 à 80 µM d’acide ascorbique dans le sang. C’est pour dépasser ce seuil de saturation que la vitamine C liposomale est proposée.

Les liposomes sont des vésicules microscopiques, sphériques, composées de phospholipides en bicouches. Cette organisation proche de celle d’une membrane cellulaire leur permet de passer plus facilement la barrière intestinale. 

Les liposomes sont utilisés pour délivrer des médicaments mais aussi dans des compléments alimentaires. L’objectif d’un liposome est par exemple d’accélérer l’absorption d’une molécule qui passe difficilement la barrière intestinale.

En 2016, une étude de l’université d’Etat du Colorado dirigée par le Pr Janelle Davis a comparé l’absorption de 4 g de vitamine C liposomale à 4 g de vitamine C en injection et à 4 g de vitamine C classique chez 11 volontaires.

Au bout de 3 heures, les auteurs ont constaté une concentration maximale plasmatique de 200 µM. C’est une valeur nettement plus élevée que celle qu’on peut obtenir avec de la vitamine C seule. C’est donc à priori positif.

Mais les mesures effectuées révèlent aussi que cette concentration sanguine obtenue avec la vitamine C liposomale reste très inférieure aux valeurs obtenues en intraveineuse (voir graphique ci-dessous).

graphique montrant l'évolution de la concentration en vitamine C dans le sang entre 0 et 4 heures après une injection ou la prise de vitamine liposomale ou de vitamine C normale
Evolution de la concentration en vitamine C entre 0 et 4h après une injection (triangle ouvert), ou la prise de vitamine liposomale (triangle fermé) ou normale (rond ouvert). © Davis et al, 2016.

Il s’agit donc d’un deuxième mensonge à propos de la vitamine C liposomale : non, celle-ci n’est pas aussi efficace que des injections de vitamine C. Elle est même 10 à 15 fois moins efficace d’après les chiffres présentés par les chercheurs.

Néanmoins, les taux relevés dans le sang avec la vitamine C liposomale sont supérieurs à ceux obtenus avec la vitamine C classique. Cela signifie donc bien que lorsque la dose de vitamine C utilisée est importante (supérieure à 1 g), la vitamine C liposomale est mieux absorbée.

Mais les chercheurs ne se sont pas arrêtés à cela et sont allés plus loin dans leur étude : au lieu de regarder simplement les taux dans le sang, ils se sont posés la question la plus importante : est-ce que cette meilleure absorption de la vitamine C liposomale améliore les effets de la vitamine C sur l’organisme ? Et donc peut-être la santé ?

Aucune différence sur la santé entre vitamine C liposomale et vitamine C classique

Pour le savoir, les chercheurs ont induit une petite ischémie (blocage de la circulation du sang) de 20 minutes à l’aide d’un brassard à la pression de 200 mmHg. Cette mauvaise circulation du sang a permis d’asphyxier les tissus et de créer un stress oxydatif. Et comme la vitamine C est un antioxydant, ils ont voulu voir si les radicaux libres étaient mieux neutralisés avec la vitamine C liposomale. Pour se faire, ils ont utilisé le test TBARS qui mesure les dégâts oxydatifs.

Sur le graphique ci-dessous publié par les chercheurs, on constate qu’au début de l’expérience, tous les volontaires ont des niveaux de stress oxydatif comparables. Au bout de 3 heures, les chercheurs induisent l’ischémie avec le brassard, ce qui induit un stress oxydatif dans le groupe placebo (courbe en ronds fermés). Dans les groupes ayant reçu la vitamine C, cette peroxydation est bloquée quel que soit le type de vitamine C utilisée : la vitamine C liposomale n’apporte pas plus de bénéfices que la vitamine C classique pour se protéger du stress oxydatif généré par l’ischémie.

Les auteurs de l’étude concluent donc simplement que : « aucun effet bénéfique sur le stress oxydatif induit par l’ischémie-reperfusion n’a été observé sur la peroxydation des lipides [avec la vitamine C liposomale] par rapport à la dose non-encapsulée de vitamine C (vitamine C classique). »

graphique montrant le TBARS avec différentes vitamines C après une ischémie
TBARS avec différentes vitamines C. Au temps 3h, une ischémie de 20 min génère un stress. © Davis et al, 2016.

A noter que cette étude sur la vitamine C liposomale est souvent citée dans des articles publicitaires pour promouvoir cette vitamine mais toujours partiellement : on nous parle de la « meilleure absorption » mais jamais de la conclusion des chercheurs et de l’absence d’effet supérieur sur la santé…

Reste qu’en moyenne, la vitamine C liposomale est vendue 2,5 fois plus chère que la vitamine C classique ! Alors même qu’elle n’est pas plus efficace pour la santé. Pire, la technologie des liposomes n’est pas naturelle et pour fabriquer ce type de produits, l’utilisation d’additifs chimiques est nécessaire.

Des additifs chimiques dissimulés dans les vitamine C liposomales

Il existe de nombreuses méthodes de fabrication des liposomes. Lorsqu’il faut encapsuler une molécule hydrophile comme la vitamine C, les laboratoires utilisent souvent des émulsifiants, comme la lécithine de tournesol ou de soja.

Les émulsifiants permettent de mélanger dans une émulsion des composés hydrophiles et des lipides. Par exemple, la lécithine de soja contient différents phospholipides dont la phosphatidylcholine. Dans l’eau, les molécules de phosphatidylcholine forment une bicouche qui se replie de manière circulaire pour donner des vésicules : les liposomes.

La lécithine de soja est considérée comme un additif alimentaire sans danger. Cependant, selon les experts chimistes comme le Dr Patil, le processus d’extraction de la lécithine peut nécessiter des solvants qui risquent de se retrouver dans le produit final.

Parmi ces solvants se trouve par exemple l’hexane, connu pour ses effets toxiques. Il est possible également que la lécithine provienne de soja OGM. C’(est généralement le cas si la mention « sans OGM » n’est pas indiquée.

Mais d’autres émulsifiants beaucoup plus problématiques peuvent aussi être utilisés dans ces liposomes sans que cela ne soit clairement mentionné car les vendeurs n’y sont pas obligés. On peut citer notamment le polysorbate 80 ou les sucroesters d’acides gras (dans ce cas on peut aussi parler de sucrosomes) qu’on appelle aussi E473 et dont la consommation est déconseillée, y compris par des associations conservatrices comme Que Choisir.

La vitamine C liposomale reste-t-elle plus longtemps dans le sang ?

Enfin, un dernier argument parfois mis en avant dans ces publicités serait que la vitamine C liposomale est meilleure car elle va rester plus longtemps dans le sang. Il s’agit clairement d’une affirmation pseudo-scientifique puisque aucune étude n’a jamais testé cette hypothèse avec de la vitamine C liposomale.

Mais l’hypothèse a été testée avec de la vitamine C par injection. Dans cette étude, les chercheurs du NIH ont comparé l’effet de doses de 200 mg ou de 1250 mg de vitamine C chez des volontaires, soit administrée par voie orale soit par voie intraveineuse. Ils ont suivi la concentration de vitamine C dans le sang après l’administration de la vitamine (voir figure ci-dessous).

variation de la concentration en vitamine C dans le sang par voie oale ou intraveineuse
Concentration de vitamine C dans le sang après avoir pris 200 mg ou 1.250 mg de vitamine C. Cercles ouverts : voie orale. Cercles fermés : voie intraveineuse. La ligne du bas représente le niveau de base. © Levine et al. 1996.

Les cercles noirs représentent les injections et les cercles blancs représentent la voie orale. On voit clairement que même si l’absorption via les injections est très supérieure, la vitamine C ne reste pas plus longtemps dans le sang. 

Quelle vitamine C faut-il acheter ?

Avant de se demander quelle vitamine C il faut acheter, la question est de savoir de combien de vitamine C par jour a-t-on besoin pour une santé optimale. Le groupe d’experts le plus expérimenté sur cette question est celui de l’Institut Linus Pauling (Université de l’Oregon, Etats-Unis). Cet institut a repris et continue les travaux initiés par Linus Pauling lui-même sur la vitamine C et les vitamines en général. Selon le Pr Balz Frei, qui dirige l’institut, les besoins journaliers optimums dans la population générale sont d’environ 400 mg par jour. Cette dose représente la somme des apports alimentaires et des apports en complément alimentaire.

Or, une alimentation équilibrée normale apporte aisément jusqu’à 200 mg de vitamine C par jour. Un apport quotidien (tous les jours, toute l’année), de 200 à 250 mg serait donc optimal. Cette dose se trouve aisément dans la plupart des compléments multivitamines (par exemple le multivitamines Essentiel ou Elite dans mon laboratoire). Il n’est donc pas nécessaire d’acheter en plus un complément alimentaire de vitamine C. D’après les chercheurs, ces doses vont permettre de saturer naturellement le sang en vitamine C et d’obtenir des bénéfices tels qu’une diminution du risque cardiovasculaire.

Si votre alimentation est déséquilibrée ou que vous avez des besoins supérieurs (tabagisme, sport intensif, etc.), je vous recommande une vitamine C seule de qualité sans additif dans un laboratoire de confiance.

En conclusion :

  • La vitamine C naturelle est déjà absorbée à 100% à la dose de 500 mg
  • Les chercheurs n’ont pas mis en évidence d’effets bénéfiques pour la santé liés à l’utilisation de vitamine C liposomale
  • La vitamine C liposomale coûte 2 à 3 fois plus cher que la vitamine C classique

A la vue de tous ces éléments, la vitamine C liposomale semble donc à déconseiller.


Références :

  1. Levine et al. Vitamin C pharmacokinetics in healthy volunteers: evidence for a recommended dietary allowance. PNAS. 1996.
  2. Lykkesfeldt et Tveden-Nyborg. The pharmacokinetics of vitamin C. Nutrients. 2019.
  3. Davis et al. Liposomal-encapsulated Ascorbic Acid: Influence on Vitamin C Bioavailability and Capacity to Protect Against Ischemia–Reperfusion Injury. Nutr Metab Insights. 2016.
  4. Yang et al. Preparation and Characterization of Nanoliposomes Entrapping Medium-Chain Fatty Acids and Vitamin C by Lyophilization. Int J Mol Sci. 2013.
  5. Patil et al. Extraction and purification of phosphatidylcholine from soyabean lecithin. Separation and Purification Technology. 2010.
  6. Padayatty et Levine. Vitamin C physiology: the known and the unknown and Goldilocks. Oral Dis. 2016.
  7. Frei et al. Authors’ perspective: What is the optimum intake of vitamin C in humans? Crit Rev Food Sci Nutr. 2012.

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