Le gluten du blé moderne pourrait rendre dépressif

Modifié le 9 septembre 2024

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Jeune femme souffrant de dépression.

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Le gluten, un ensemble de protéines présentes dans le blé et de nombreuses autres céréales, est mal supporté par certains d’entre nous. Les malades cœliaques y sont totalement intolérants, tandis que d’autres personnes présentent une sensibilité à cette famille protéique. Si, dans la plupart des cas, ces situations se manifestent par des troubles digestifs, elles peuvent également s’accompagner d’une multitude de symptômes extradigestifs. Parmi ces derniers, certains affectent la sphère psychique.

Gluten et vulnérabilité face à la dépression

Les personnes atteintes de maladie cœliaque présentent un risque accru de souffrir d’une maladie psychiatrique. Ces troubles incluent le trouble du spectre autistique, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, les troubles alimentaires, l’anxiété et la dépression.

Des symptômes dépressifs fréquents en cas d’intolérance au gluten

En ce qui concerne la dépression, une étude s’est intéressée à la santé mentale de 83 malades cœliaques vivant à Foraleza au Brésil. Au sein de ce groupe, 35% des personnes souffraient de dépression, une proportion bien plus élevée que dans le reste de la population.

Une analyse de la littérature scientifique a montré que les personnes atteintes d’intolérance au gluten présentent un risque d’être affectées par des symptômes dépressifs multiplié par 3,4. Les patients qui suivent le régime d’exclusion du gluten de manière peu rigoureuse sont d’ailleurs plus fréquemment concernés par ces signes psychiques que ceux qui le respectent strictement.

Les personnes sensibles au gluten également concernées

Cette augmentation de la prévalence de la dépression ne semble pas être limitée aux malades cœliaques. Dans une étude menée auprès d’étudiants italiens, 14,7% des personnes sensibles au gluten ont rapporté des symptômes dépressifs, contre 8% du groupe contrôle.

L’une des motivations affichées par les personnes ne souffrant pas de maladie cœliaque mais évitant tout de même le gluten est d’ailleurs d’apaiser les problèmes d’humeur.

Le gluten déclenche des symptômes dépressifs

Si ces éléments révèlent une étroite imbrication entre le gluten et la dépression, ils ne permettent pour autant pas de conclure que le gluten est à l’origine de l’apparition ou de l’aggravation des symptômes dépressifs.

Des investigations menées par des chercheurs en gastroentérologie de l’université de Monash en Australie apportent un éclairage sur la responsabilité directe du gluten sur ces manifestations psychiques.

Ils ont recruté 24 adultes âgés de 24 à 62 ans qui souffraient de côlon irritable lorsqu’ils consommaient du gluten. Il s’agissait donc de personnes sensibles au gluten, qui avaient fait l’expérience d’un régime sans gluten et qui continuaient compte tenu des bénéfices obtenus pour leur santé. Pour être bien certain d’éviter toute erreur de diagnostic, l’ensemble de ces volontaires avait fait un test de dépistage de la maladie cœliaque, qui s’était révélé négatif.

Effets psychiques de l’introduction du gluten sur une courte période

Les participants ont été ensuite assignés à suivre de manière aléatoire et en double-aveugle – ni les participants ni les médecins ne savaient qui recevait l’une ou l’autre des interventions – une alimentation sans gluten supplémentée par un placebo, 16g de gluten ou 16g de whey, la protéine du petit-lait.

Le supplément devait être consommé pendant trois jours, puis un retour à l’alimentation sans gluten et sans supplément était effectué pendant trois jours, avant d’essayer un autre supplément. Ainsi, chaque personne avait consommé pendant trois jours le gluten, la whey protéine ou le placebo, en complément de leur régime sans gluten habituel.

Graphique représentant l'augmentation du score représentant les symptômes dépressifs avec la consommation de gluten.
La consommation de gluten élève le score représentant les symptômes dépressifs.

Tout au long de l’expérience, les chercheurs ont évalué l’état émotionnel des patients et leurs troubles gastro-intestinaux (ballonnements, diarrhées, constipation…).

L’analyse de ces données a révélé que lorsque les personnes ont consommé du gluten pendant trois jours, les symptômes dépressifs ont été plus intenses. Ces résultats sont très impressionnants puisque ces manifestations sont apparues en quelques jours seulement, pour disparaître aussi vite.

Les mécanismes biologiques reliant le gluten à la dépression

De quelle manière le gluten joue-t-il un rôle dans le déclenchement des symptômes dépressifs ? Plusieurs phénomènes biologiques pourraient être impliqués.

Les méfaits de la neuroinflammation

Le gluten conduit tout d’abord à une augmentation de la perméabilité intestinale. Normalement, les cellules de la paroi intestinale sont étroitement liées, empêchant les substances potentiellement nocives de pénétrer dans la circulation sanguine. Cependant, le gluten – en particulier l’une de ses composantes, la gliadine – stimule la production de zonuline, une protéine qui affaiblit les jonctions serrées entre ces cellules. Des fragments de protéines alimentaires peuvent traverser la barrière intestinale et entrer dans la circulation sanguine.

Une fois dans le sang, ils peuvent activer le système immunitaire, entraînant une production excessive de cytokines pro-inflammatoires. Ces messagers sont en mesure de franchir la barrière hématoencéphalique protectrice du cerveau, et provoquer une neuroinflammation. Une région particulière de l’organe, le cortex cingulaire antérieur (ACC), y semble particulièrement sensible. Impliquée dans la gestion de la douleur et des émotions, sa réorganisation en cas d’inflammation chronique pourrait favoriser la survenue des symptômes dépressifs.

Réaction immunitaire croisée

Lorsque nous consommons des aliments contenant du gluten, notre système immunitaire peut produire des anticorps pour attaquer cette protéine perçue comme étrangère. Habituellement, ils se concentrent uniquement sur le gluten, mais dans certains cas, ils peuvent réagir de manière croisée avec des protéines présentes dans notre propre organisme.

Ce phénomène, appelé mimétisme moléculaire, se produit en raison des ressemblances entre certaines parties spécifiques de la gliadine et des protéines présentes dans les tissus cérébraux.

Schéma montrant que les anticorps anti-gluten ciblent le gluten et des composants du cerveau.
Les anticorps anti-gluten (en violet) ciblent non seulement le gluten (en bleu) mais également des composants du cerveau (en jaune).

Les anticorps dirigés contre la gliadine réagissent par exemple également contre une enzyme, la GAD65, essentielle à la production du GABA. Ce neurotransmetteur inhibiteur majeur du cerveau est notamment impliqué dans la régulation de l’anxiété et de la dépression. Ces perturbations pourraient ainsi contribuer à la survenue de troubles de l’humeur.

Excès d’anticorps anti-gluten en cas de dépression

Cette présence d’anticorps dirigés contre le gluten à un niveau anormalement élevé en cas de dépression a été confirmée lors de travaux menés en Pologne. Le taux d’anticorps contre 39 aliments a été évalué chez des personnes souffrant de dépression, du syndrome de l’intestin irritable ou en bonne santé.

Les analyses ont que les personnes dépressives avaient des niveaux d’anticorps plus élevés notamment contre le gluten, par rapport aux participants des deux autres groupes. Ces découvertes soutiennent l’idée qu’une réaction immunitaire excessive aux aliments contenant du gluten pourrait contribuer à la dépression.

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