Le jeûne serait efficace contre l’hypertension artérielle
Modifié le 13 décembre 2024
Temps de lecture : 7 minutes
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Lutter naturellement contre l’hypertension artérielle nécessite souvent de modifier ses habitudes alimentaires. Diminuer ses apports en sel, faire le plein de magnésium et potassium, adopter un régime méditerranéen sont autant de pistes à suivre pour abaisser la tension. Mais une autre méthode donne de bons résultats : réduire drastiquement ses apports caloriques pendant une période de durée variable, en pratiquant le jeûne. Découvrons les modes de jeûne qui ont fait preuve de leur efficacité pour combattre l’hypertension artérielle et les effets qu’ils exercent sur l’organisme.
Eliane guérit son hypertension en jeûnant
Je ne suis pas le premier à parler des bienfaits du jeûne en cas d’hypertension artérielle. Mais j’ai souhaité aborder ce sujet, car une très bonne amie à moi souffre d’hypertension artérielle qu’elle contrôle totalement via la pratique du jeûne. C’est une personne sénior (plus de 70 ans).
En pratique, elle fait un jeûne hydrique environ une fois par an, mange très bien le reste de l’année et pratique un jour de jeûne par semaine le reste du temps “en entretien” me dit-elle. Elle prend également du magnésium (OmniMag et de la mélatonine végétale presque tous les jours, ainsi que de la vitamine D la plupart du temps sauf en été : elle jardine énormément, donc s’expose beaucoup au soleil).
Son témoignage est important, car elle a déjà essayé de très nombreuses formes de jeûne et son constat est clair : si elle ne fait pas son jeûne sérieux au moins une fois par an, l’hypertension revient et le besoin de médicaments pour la contrôler devient indispensable.
Intrigué par le sujet, j’ai recherché les études scientifiques ayant traité du jeûne en cas d’hypertension et je les ai répertoriées ici. Et vous allez voir que l’expérience d’Eliane semble être confirmée par celle des chercheurs.
Les effets du jeûne périodique sur la tension artérielle
Depuis plusieurs décennies, des équipes à travers le monde s’intéressent étudient les bénéfices d’une période de privation de nourriture chez des personnes présentant une tension artérielle élevée, une situation qui représente un facteur de risque pour la santé cardiovasculaire et cérébrale.
Courte durée, effets déjà sensibles
L’équipe du Professeur Andersson de l’université de Göteborg en Suède est l’une des premières à avoir étudié la question chez l’être humain. Leur recherche a été menée auprès de 11 femmes souffrant d’obésité. Excès de poids et hypertension vont en effet souvent de pair : l’hypertension est de 2 à 6 fois plus fréquente chez les personnes obèses que chez les personnes de poids normal.
Les participantes ont été soumises à une période de jeûne très brève de 48 h. Malgré sa courte durée, des résultats positifs ont été obtenus. La pression artérielle systolique (mesurée quand le cœur se contracte) est passée de 158 mmHg en moyenne à 146 mmHg, tandis que la pression artérielle diastolique (entre deux battements de cœur) a chuté de 96 à 89 mmHg.
Une étude plus récente a confirmé les bénéfices du jeûne sur un court laps de temps. Elle a été menée par le Professeur Jiang Jin-Peng du département de médecine traditionnelle de l’université Sun Yat-Sen à Guangzhou (Chine). Son protocole expérimental était plus rigoureux : sur les 90 personnes hypertendues et obèses recrutées, une partie a jeûné sur deux jours, chaque week-end pendant six semaines, tandis qu’une autre partie ne jeûnait pas pour permettre les comparaisons.
À l’issue de cette période, la pression artérielle des personnes ayant jeûné le week-end a diminué (de 145,4 à 124,1 mmHg pour la pression systolique et de 97 à 88,3 mmHg pour la pression diastolique), contrairement au groupe témoin au sein duquel elle est restée élevée.

Des bienfaits accentués avec une durée prolongée
Pour intensifier la baisse de pression artérielle, il est cependant nécessaire de prolonger la durée du jeûne. Le centre TrueNorth, situé au nord de la Californie, accompagne depuis des décennies des patients atteints de différentes pathologies, et le jeûne est l’une des méthodes thérapeutiques employées par les équipes médicales. L’un de ses fondateurs, le docteur Alan Goldhamer, a dirigé des études pour évaluer ses effets en cas d’hypertension.
Dans le cadre de l’une d’elles, 174 personnes souffrant d’hypertension artérielle (dont la tension dépasse 140 mm Hg et 90 mmHg) ont entrepris un jeûne. Une période préparatoire de 2 à 3 jours le précédait, avec une alimentation contenant uniquement des fruits et légumes. Suivait ensuite un jeûne hydrique, où seule l’ingestion d’eau était permise, de 10 à 11 jours sous suivi médical étroit. Une période transitoire de 6 à 7 jours avec une alimentation excluant les produits animaux, pauvre en gras et en sodium, lui succédait.
L’intervention a été efficace chez près de 90 % des participants, dont la tension artérielle à la fin de la période était passée en dessous du seuil de 140/90 mmHg. En moyenne, la tension artérielle systolique a diminué de 37 mmHg, la tension artérielle diastolique de 13 mmHg.
Une amélioration marquée pour les cas les plus sévères
Les meilleurs bénéfices ont été observés pour les participants dont la tension était la plus élevée en début d’étude : chez les personnes présentant une hypertension de stade 3 (au-delà de 180/110 mm Hg), la diminution était particulièrement impressionnante : elle atteignait en moyenne 60 mm Hg pour la pression systolique et 17 mm Hg pour la pression diastolique. L’ensemble des participants sous traitement médicamenteux antihypertensif au début de l’étude (6,3% du groupe) a pu l’interrompre.
Des effets dès les premiers signes d’hypertension
L’année suivante, le même protocole a été appliqué à 68 personnes souffrant de préhypertension (tension systolique entre 120 et 140 mmHg, tension diastolique un peu en dessous de 90 mmHg). Là encore, de bons résultats ont été enregistrés : 82 % du groupe présentait une tension inférieure à 120 /80 mmHg en fin d’étude, soit une réduction moyenne de 20/7 mmHg.
Impact des autres modes de jeûne
Il existe de nombreuses modalités de jeûne. Des travaux ont pu évaluer les effets de certaines d’entre elles sur la tension artérielle.
Le jeûne thérapeutique selon Buchinger
Certaines méthodes de jeûne sont basées sur le concept développé par le médecin allemand Otto Buchinger (1878 – 1966). Elles autorisent la consommation de jus de fruits et de soupe de légumes, ainsi que de tisanes.
Le Professeur Li de l’université Sun Yat-Sen a évalué ses effets chez 30 femmes en surpoids (IMC de 30 en moyenne), dont certaines présentaient un syndrome métabolique. Pendant 7 jours, leurs apports caloriques n’ont pas dépassé les 300 kcal, uniquement avec les aliments autorisés dans le cadre du régime Buchinger. Parmi les bénéfices obtenus (perte de poids, amélioration de l’humeur et des paramètres cardiovasculaires), la tension artérielle des participantes a diminué, de 16,2 mmHg en moyenne pour la tension systolique et de 6 mmHg pour la tension diastolique.
Une étude de grande ampleur, menée auprès de 1422 personnes dans une des cliniques en Allemagne où cette pratique est menée de longue date, a confirmé les bénéfices de cette approche, sur une période de 4 à 21 jours. Dans ce protocole, les apports caloriques étaient légèrement inférieurs à ceux de l’étude chinoise (200 à 250 kcal) et une activité physique modérée complétait le programme.

Changement de la pression sanguine systolique (à gauche) et diastolique (à droite) en fonction de la durée du jeûne.
Le jeûne intermittent
Jeûner de façon continue, sur plusieurs jours, n’est pas sans susciter de réticences chez bon nombre d’entre nous. Le jeûne intermittent, qui consiste à alterner des périodes de privation de nourriture plus limitées et d’alimentation normale peut être plus facile à mettre en place.
Et il semble bien que cette approche soit en mesure d’abaisser la tension artérielle. Le Professeur Iftikhar Alam de l’université Bacha Khan à Charsaddah au Pakistan a suivi l’évolution de la tension artérielle chez un groupe de 78 hommes qui ont jeûné pendant la journée (sur une durée de 16 heures) pendant 29 jours consécutifs.
À l’issue de la période, la tension artérielle des participants a diminué (de 140,6 mmHg à 124,2 mm Hg en moyenne), ainsi que le niveau de marqueurs de risque cardiovasculaire.
Chez des personnes ayant des antécédents de maladie cardiovasculaire, la pratique du ramadan – période d’un mois où les personnes de confession musulmane ne s’alimentent qu’à la tombée de la nuit – permet d’améliorer plusieurs paramètres liés à la santé cardiovasculaire, dont la tension artérielle systolique.
Une autre formule, consistant à jeûner un jour sur deux, a démontré ses bénéfices pour abaisser la tension artérielle chez des personnes obèses.
La restriction calorique
Une dernière alternative consiste à réduire le nombre de calories consommées au quotidien, sans se priver totalement de nourriture. La quasi totalité des études ayant évalué l’impact d’une restriction calorique sur la tension artérielle a montré l’efficacité de cette approche. Les durées d’intervention étaient très variables selon les travaux, de deux semaines à deux ans. Le nombre de calories ingérées était généralement compris entre 500 et 800 kcal par jour.
Dans un essai clinique mené auprès de personnes souffrant de diabète de type 2, 6 mois de réduction des apports caloriques de 25 % parviennent à diminuer, entre autres bénéfices, la tension artérielle systolique et diastolique. Une des rares études à ne pas avoir été concluantes était basée sur un régime riche en glucides et pauvres en gras, menée auprès de femmes obèses ménopausées.
Les bénéfices de la restriction calorique sur la tension artérielle pourraient s’expliquer par ses effets sur l’enzyme de conversion de l’angiotensine, dont elle diminue la production selon des résultats obtenus chez l’animal. Son rôle est de convertir l’angiotensine I en angiotensine II, aux puissantes propriétés vasoconstrictrices. Ce composé se raréfiant, la tension artérielle diminue. Une action qui n’est pas sans rappeler celle de la quercétine, un composé naturel capable de lutter contre l’hypertension.
Les résultats de la restriction calorique pourraient cependant ne pas être durables : chez des animaux dont la ration calorique abaissée de 40 % a conduit à une réduction de la pression artérielle, la reprise d’une alimentation à volonté se traduit par un retour au niveau d’avant restriction.
Les mécanismes biologiques à l’œuvre

L’hypertension est associée à des dysfonctionnements de l’endothélium, le revêtement interne des vaisseaux sanguins.
Ce tissu régule la pression artérielle par la sécrétion de monoxyde d’azote (NO), un gaz aux propriétés vasodilatatrices, et d’endothéline, qui provoque au contraire le resserrement des vaisseaux sanguins.
Quand l’endothélium fonctionne mal, il produit moins de monoxyde d’azote et plus d’endothéline : les vaisseaux sanguins se contractent, la pression sanguine augmente.
Une alimentation pauvre en calories chez des personnes obèses souffrant d’hypertension permet de contrer ces dysfonctionnements.
Une activation des régulateurs naturels de la tension
Le jeûne conduit par ailleurs à une augmentation de la production de BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau). Celui-ci stimule l’activité du système nerveux parasympathique, qui provoque le ralentissement des grandes fonctions de l’organisme, conduisant notamment à une baisse de la tension artérielle.
Le jeûne est également en mesure d’augmenter l’activité biologique d’un composé, le peptide natriurétique, qui participe à la régulation de certaines fonctions physiologiques comme l’évacuation de l’urine, l’élimination du sodium par les urines et la dilatation des vaisseaux sanguins. Chez les personnes obèses souffrant d’hypertension, la concentration sanguine en peptide natriurétique est plus faible que chez les personnes obèses dont la tension est normale.
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