Le sucralose serait toxique et cancérigène
Modifié le 1 juillet 2024
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Le sucralose, un édulcorant utilisé dans de nombreux produits alimentaires du quotidien, a longtemps été perçu comme inerte, stable et sans danger pour la santé. Cependant, les preuves s’accumulent et dessinent un tableau plus nuancé de ses effets sur l’organisme, suscitant des préoccupations croissantes quant à son innocuité.
Qu’est-ce que le sucralose ?
Le sucralose est un édulcorant artificiel chloré dépourvu de calorie, largement utilisé à travers le monde comme substitut du sucre. Il a été découvert en 1976 par des chercheurs britanniques, dans le cadre d’un projet visant à modifier chimiquement le saccharose – le «sucre de table » – pour de possibles applications industrielles.
Une présence dans divers produits de consommation courante
Il rentre dans la composition de nombreuses denrées alimentaires, compléments alimentaires et médicaments. On le rencontre ainsi dans des jus de fruits, des sodas et boissons énergisantes, des céréales du petit-déjeuner, des viennoiseries et pâtisseries, des produits lactés, des sauces et condiments, des fruits et légumes en conserve, des confiseries, des confitures… Cet additif de la famille des édulcorants intenses correspond au code E955 dans la lites des ingrédients.
Des doses réglementaires permissives à ce jour
Le sucralose a obtenu l’autorisation de commercialisation dans de nombreux pays, et les instances réglementaires ont établi des seuils spécifiques pour encadrer son utilisation. Le Comité scientifique de l’alimentation humaine de la Commission européenne a jugé que le sucralose peut être inclus dans les produits alimentaires à une dose journalière admissible (DJA) allant de 0 à 15 mg par kilogramme de poids corporel. Une personne pesant 60 kg pourrait ainsi consommer jusqu’à 900 mg de sucralose par jour en fonction de ces recommandations. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a fixé une limite plus stricte, de 5 mg par kg de poids corporel.
Une structure chimique intégrant du chlore
La structure chimique du sucralose est proche de celle du saccharose. Il se distingue par la présence de trois atomes de chlore (Cl), qui remplacent trois groupements hydroxyles (OH) du saccharose.
Si cette différence peut sembler mineure, elle modifie la manière dont la molécule se lie aux récepteurs du goût sucré disséminés sur la langue, intensifiant ainsi la perception de la cette saveur. En conséquence, le pouvoir sucrant du sucralose est environ 600 fois plus fort que celui du saccharose.

Le sucralose génère des composés toxiques
Les premiers travaux sur le métabolisme du sucralose suggéraient qu’il était éliminé de l’organisme sous sa forme initiale, sans avoir subi de modifications chimiques. Cet aspect rassurant, qui va de pair avec une absence d’effet biologique, a été un des critères qui a conduit à son approbation réglementaire. Depuis, de nouvelles données attestent le contraire.
Une biotransformation au sein de l’organisme
En 2018, des chercheurs de Caroline du Nord, aux États-Unis, ont exposé des rats à une dose importante de sucralose (80,4 mg par kg et par jour) pendant 40 jours. L’analyse de l’urine et des selles des animaux a permis de détecter la présence de deux métabolites dérivés du sucralose. Cette découverte prouve donc que le sucralose subit une transformation dans l’organisme. De faibles niveaux de ces composés étaient encore détectables dans les déchets corporels 11 jours après l’arrêt de consommation du sucralose par les animaux. Deux semaines plus tard, on en trouvait encore dans les tissus graisseux.
Le sucralose 6-acétate s’attaque à l’ADN
Le métabolite le plus important identifié dans cette étude s’est révélé être le sucralose-6-acétate. Les chercheurs ont alors engagé une nouvelle étude, basée sur une série d’expériences in vitro, pour mieux cerner son impact. Des cellules sanguines ont notamment été mises en contact avec ce métabolite du sucralose. L’analyse des marqueurs de génotoxicité a révélé sa tendance à causer des dommages à leur ADN.
Un composé génotoxique déjà présent dans les denrées alimentaires
Fait inquiétant, le sucralose-6-acétate n’est pas seulement produit au sein des organismes vivants après l’ingestion de l’édulcorant. Il apparaît dès son processus de fabrication, et reste dans le produit final sous forme d’impureté. Des tests menés sur des produits disponibles sur le marché ont indiqué que le sucralose proposé contient jusqu’à 0,67% de sucralose 6-acétate.
Les chercheurs ont ainsi calculé que les teneurs de ce dérivé de sucralose présent dans une seule boisson du commerce dépassent les seuils fixés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour les substances génotoxiques. Au vu des risques qu’elles représentent pour la santé des consommateurs, il est très bas, fixé à 0,0025μg par kg de poids corporel et par jour, soit 0,15µg/j pour une personne de 60kg.
Une boisson énergisante d’une contenance de 57mL citée en exemple dans l’étude contient 114mg de sucralose, et donc une quantité théorique de 763µg de sucralose 6-acétate, qui dépasse largement les valeurs précédentes. L’équipe plaide donc en faveur d’une révision drastique à la baisse des seuils réglementaires déterminant la quantité de sucralose autorisée dans les aliments.

Des effets cancérigènes possibles chez l’animal
Les composés génotoxiques provoquent des mutations de l’ADN qui peuvent favoriser le développement du cancer. À ce jour, le sucralose n’est pas considéré comme cancérigène par les autorités de santé. Cependant, deux études apportent des éléments préoccupants.
La première, menée par des chercheurs italiens, a évalué les effets de l’administration de différentes doses de sucralose à des souris, de la vie prénatale à la mort. Une augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses et des cancers sanguins a été observée chez les mâles. L’EFSA a rapidement contesté les conclusions des auteurs et mis en doute la qualité de la méthodologie employée.
Depuis, de nouvelles données ont été publiées par une équipe sino-américaine. Les chercheurs ont étudié l’impact du sucralose sur la formation de tumeurs colorectales en cas de colite, également chez la souris. Dans cette situation, la paroi de l’intestin est le siège d’une inflammation, comme on l’observe en cas de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique par exemple.
Les animaux ont été exposés à deux substances chimiques, l’azoxyméthane (AOM) et le sulfate de dextrane sodique (DSS). Le DSS provoque une irritation de la muqueuse intestinale et crée un environnement propice pour que l’AOM exerce son action cancérigène.
Les souris ayant reçu du sucralose (1,5mg par ml d’eau de boisson) ont développé un nombre plus important de tumeurs, qui présentaient une taille accrue par rapport aux animaux non exposés à l’édulcorant.
Des risques spécifiques associés au sucralose chauffé
L’application de hautes températures à des aliments contenant du sucralose, dans le cadre de procédés industriels ou d’une utilisation domestique, pourrait être problématique. L’édulcorant se décompose en effet sous l’effet de la chaleur, et les groupements chlore libérés peuvent interagir avec d’autres substances alimentaires. Ainsi, des composés chlorés organiques toxiques comme les chloropropanols, les polychlorodibenzo-p-dioxines ou les dibenzofuranes pourraient se former. Ils apparaissent de manière graduelle, dès que l’on dépasse les 120°C.
Si des travaux récents affirment que ces composés ne sont pas produits dans les conditions réelles d’utilisation, le fait qu’ils aient été financés par Tate & Lyle, les fabricants de Splenda (une des marques commerciales de sucralose), incite à la prudence.
Ce problème concerne aussi les liquides de cigarettes électroniques qui contiennent du sucralose. Sous l’effet de la vaporisation, les chloropropanols apparaissent et représentent un risque potentiel mal évalué pour la santé des usagers.
Digestion, métabolisme et immunité mis à mal par le sucralose
Des recherches menées sur des cultures de cellules, des animaux de laboratoire et chez l’homme suggèrent que la consommation de sucralose pourrait avoir des effets préjudiciables significatifs sur plusieurs aspects clés de la santé. Une élévation du risque de maladie coronarienne a par exemple été observée au cours de l’étude française NutriNet-Santé. Des perturbations de la sphère digestive, du métabolisme ou de l’immunité ont par ailleurs été rapportées.
Impact sur la santé digestive
Les expériences in vitro conduites par l’équipe de Caroline du Nord qui a mis en lumière le caractère génotoxique du sucralose 6-acétate ont également révélé un autre aspect délétère de l’édulcorant. Une partie des tests a été menée sur des tissus intestinaux humains. Les chercheurs ont constaté que l’application du sucralose lui-même et de son métabolite a endommagé les jonctions serrées. Ces structures garantissent l’imperméabilité de la muqueuse intestinale face aux substances indésirables, les empêchant d’atteindre la circulation sanguine et de se diffuser dans l’organisme. Une perméabilité intestinale élevée est constatée dans le cadre de diverses pathologies comme les maladies inflammatoires de l’intestin, la sclérose en plaques ou le diabète de type I.
Altération du microbiote
L’intestin est peuplé par une communauté microbienne variée, dont l’équilibre garantit le bon fonctionnement du système digestif et joue un rôle crucial dans la santé globale de l’organisme. Certaines études ont montré que la consommation de sucralose induit des modifications dans l’équilibre des populations qui le constituent.
Dans le cadre de l’une d’elles, des volontaires ont consommé 48mg de sucralose par jour pendant 10 semaines. La composition de leur microbiote a été évaluée au début et à la fin de l’étude. L’édulcorant a conduit à une multiplication par trois de la quantité des bactéries de l’espèce Blautia coccoides et à une raréfaction des bénéfiques Lactobacillus acidophilus.
Une vulnérabilité accrue en cas de maladie inflammatoire de l’intestin
Les personnes atteintes d’une maladie inflammatoire de l’intestin pourraient être plus sensibles à l’action du sucralose, si les données recueillies lors d’une étude chez l’animal sont transposables à l’homme. Elle a été menée auprès de deux types de souris : les unes en bonne santé digestive, les autres souffrant de la maladie de Crohn. Pendant 6 semaines, elles ont consommé l’édulcorant, qui a provoqué chez l’ensemble des animaux une dysbiose, avec une augmentation des populations de protéobactéries. Les conséquences ont en revanche étaient différentes dans les deux groupes. Si les souris en bonne santé ont été peu affectées, une prolifération d’E. coli, et une pénétration accrue de bactéries dans la paroi intestinale ont été constatées chez les souris malades.
Chez ces dernières, l’activité d’une enzyme, la myéloperoxydase, a été amplifiée. Présente au sein de certains globules blancs, elle produit des substances oxydantes comme le peroxyde d’hydrogène pour détruire les bactéries et les champignons pathogènes. Son surcroît d’activité, sans doute déclenché par la présence accrue d’E. coli, aggrave l’inflammation intestinale.
Certains auteurs suggèrent même que le sucralose pourrait avoir contribué à l’augmentation des cas de maladies inflammatoires de l’intestin au cours des dernières décennies.
Perturbations de l’appétit et du métabolisme
Le sucralose pourrait chez certaines personnes stimuler l’appétit. Cet effet a été mis en évidence lors d’une étude ayant comparé les effets de la consommation de trois boissons différentes : l’eau, une boisson à base de sucralose, une à base de saccharose. Chez les femmes et les personnes obèses, l’édulcorant a provoqué un surplus d’activité dans les régions du cerveau impliquées dans la régulation de l’appétit, lorsque des images d’aliments appétissants ont été diffusées. Pour les participantes, cela s’est traduit par une ingestion plus importante de calories lors d’une collation proposée.
Diminution de la sensibilité à l’insuline
Comme le sucralose est un faux sucre, on imagine aisément qu’il reste sans effet sur le taux de sucre sanguin. Il semble pourtant exercer un effet sur la glycémie.
Un essai clinique mené auprès de jeunes gens en bonne santé, sans problème de poids, a montré que la consommation de l’édulcorant pendant 10 semaines se traduit par une élévation des concentrations de glucose et d’insuline, l’hormone qui contrôle la glycémie, par rapport à un placebo. Élément intriguant, les résultats ont été plus probants avec la plus faible des deux doses testées, 48mg par jour, que pour un apport plus élevé de 96mg.
Lorsque l’organisme produit une quantité accrue d’insuline, les cellules finissent par devenir y devenir résistantes. Ce phénomène contribue à l’installation du diabète de type 2. L’administration pendant 14 jours de sucralose à des volontaires, à 15% de la dose journalière admissible (135 mg pour une personne de 60 kg), s’est traduite par une perte de sensibilité à l’insuline de 17,7% en moyenne, alors qu’elle n’a baissé que de 2,8% dans le groupe contrôle.

Une menace pour l’équilibre du bébé à naître

La consommation de sucralose pendant la grossesse pourrait avoir des conséquences sur la santé métabolique de l’enfant à naître. Elles ont été mises en lumière lors d’un projet de recherche conduit auprès de 292 nouveau-nés.
Les analyses ont révélé que les bébés dont la mère avait une forte consommation de sucralose, plus de 36 mg par jour, pesaient plus lourds par rapport à ceux dont les mères en consommaient moins de 60mg par semaine. Ils présentaient également des niveaux d’insuline et de messagers inflammatoires plus élevés. L’inflammation de bas grade est propice au développement de nombreuses maladies chroniques, le diabète de type 2 notamment.
L’ingestion de sucralose pendant la grossesse, comme celle d’aspartame, a par ailleurs était associée à un indice de masse corporelle et un taux de masse grasse plus élevés chez les enfants de 3 ans.
Effets sur le système immunitaire
Le sucralose induit également des changements au sein du système immunitaire. Une étude parue dans Nature a évalué les conséquences d’une exposition à forte dose sur les différentes cellules immunitaires chez la souris. Une partie des animaux a reçu l’équivalent de la dose journalière admissible pendant 10 semaines. L’édulcorant a freiné la prolifération et la différenciation d’un type de globules blancs, les lymphocytes T.
Les souris exposées au sucralose se sont ainsi moins bien défendues face au développement de tumeurs cancéreuses et lorsqu’elles ont été infectées par une bactérie, Listeria monocytogenes. Elles ont en revanche étaient mieux préservées des phénomènes auto-immuns, dans lesquels les mécanismes de défense immunitaire s’attaquent aux composants de l’organisme.
Les auteurs de cette étude ne laissent cependant pas entendre que le sucralose menace notre immunité. En effet, ils ont utilisé des doses élevées, de manière continue sur une période prolongée, ce qui ne reflète pas les habitudes de consommation habituelles. Toutefois, ces données soulignent que l’édulcorant interfère bien avec le système immunitaire.
Des travaux antérieurs avaient déjà suggéré un impact du sucralose sur l’immunité. Lors d’une étude in vitro, l’ajout de sucralose à un extrait de sang humain a affecté la réponse immunitaire humorale. Celle-ci repose sur l’action d’anticorps, produits par les lymphocytes B, pour lutter contre les infections.
Chez des adultes en bonne santé, la consommation d’une seule dose de 48mg de sucralose a suffi à perturber l’équilibre des sous-populations de monocytes, des globules blancs composant la première ligne de défense dans l’organisme. Elle a provoqué une augmentation de 7% des monocytes dits classiques et une réduction de 63 % des monocytes non classiques. Ces derniers, généralement considérés comme anti-inflammatoires, jouent un rôle favorable sur le système vasculaire.
L’ensemble de ces éléments sont autant de signaux d’alerte qui incitent à appliquer le principe de précaution et se tenir éloigné du sucralose.
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