L’effet placebo n’est pas conscient

Aujourd’hui je vais vous parler d’un phénomène particulièrement intéressant : l’effet placebo. Vous pensez savoir ce que c’est mais vous allez voir que le sujet est bien plus complexe qu’il n’y parait.
Dans la croyance populaire l’effet placébo est un effet imaginaire produit par une substance inactive. La plupart des gens pensent donc que l’effet placébo repose sur la croyance. Le malade pense recevoir un traitement qui marche => il ressent des effets imaginaires. Selon cette idée il suffirait donc d’être conscient de la chose pour y échapper. Mais comme vous allez le voir, c’est en fait faux.

Les placébos sont fréquemment utilisés par les médecins. Sans le dire au malade ils prescrivent un traitement qu’ils savent inefficace mais estiment que le problème du patient répondra bien à un placébo. En effet, il est bon de savoir que l’amplitude de réponse à un traitement placébo n’est jamais nulle mais varie grandement selon la maladie. Par exemple, l’efficacité du placébo dans la dépression est élevé. En revanche pour la sclérose en plaques, l’effet placébo existe mais il est faible.

Des médecins Américains qui prescrivent régulièrement des placébos ont été gênés par cette démarche car cette dernière revient à mentir au patient en lui faisant croire qu’on lui donnait un vrai médicament. Ils ont donc décidé de faire une étude « surprenante » : donner des placébos à des patients atteints du syndrome du côlon irritable mais en leur précisant « je vous donne un médicament placébo, il ne fait rien ». Et pour cause, la gélule ne contenait qu’un excipient inerte.

Au bout de 3 semaines le groupe ayant reçu le placébo a vu son état s’améliorer significativement et de manière identique à d’autres médicaments utilisés pour ce trouble. Sur ce graphique vous pouvez voir à gauche l’état d’amélioration sans traitement (35% de personnes soulagées) et à droite avec placébo (59% de personnes soulagées).

placebo

Cette étude a cassé l’idée que l’efficacité du placébo dépendait de « l’ignorance intentionnelle » et montre que l’efficacité du placébo ne dépend pas de la croyance du produit lui-même, ou au moins, pas complètement.

Une nouvelle étude est venue rajouter une pierre à l’édifice récemment. Son but était d’examiner le processus cognitif responsable de l’effet placébo : quelle partie de notre cerveau est nécessaire à l’effet du placébo ? Selon l’idée que le placébo est conscient cela implique qu’il s’agit d’une « zone cognitive haute » c’est-à-dire une fonction évoluée, située vers le cortex préfrontal. Cette zone contrôle également la mémoire, l’attention et le raisonnement. Alors que se passe-t-il si le placébo est appliqué et que ces fonctions mentales sont « occupées » ailleurs ?

Pour le savoir les chercheurs ont appliqué une plaque chauffante (après avoir préalablement déterminer les sensibilités individuelles à la douleur) sur la peau de 33 personnes. Ensuite on a déposé à une partie d’entre eux une crème banale sur la blessure en précisant qu’il s’agissait d’un puissant analgésique (anti-douleur). Une autre partie du groupe a reçu le même traitement mais en leur disant qu’il s’agissait d’une crème banale. Le troisième tiers n’a reçu aucun traitement mais devait noter la douleur ressentie après qu’on lui ai dit que la température changeait à chaque contact, ce qui n’était pas le cas.
L’expérience a ensuite été répétée bien plus tard mais cette fois les participants devaient se concentrer sur un jeu intellectuel devant eux, en plus du placébo. L’expérience a ensuite été répétée une troisième et dernière fois où ceux qui ont reçu la crème banale ont reçu un analgésique efficace.

Résultats : les personnes ont eu moins mal avec un placébo ou avec la distraction intellectuelle (l’exercice) que sans traitement. Mais surtout : la douleur a été encore mieux diminuée lorsque le placébo a été utilisé conjointement à la technique de distraction ! Conclusion : l’effet placébo ne requiert pas les fonctions d’attention exécutive ni la mémoire de travail. C’est donc une nouvelle étude qui pointe vers le concept selon lequel l’effet placébo n’est pas conscient.

Il y a très fort à parier que l’effet placébo prend son origine dans le système limbique, une structure primaire qui doit imprimer un conditionnement inconscient. Cette explication serait de plus compatible avec les observations qui montrent l’existence d’un effet placébo chez l’animal ou chez le bébé conditionné volontairement ou non (1, 2)

Références : Kaptchuk TJ, Friedlander E, Kelley JM, Sanchez MN, Kokkotou E, Singer JP, Kowalczykowski M, Miller FG, Kirsch I, Lembo AJ. Placebos without deception: a randomized controlled trial in irritable bowel syndrome. PLoS One. 2010 Dec 22;5(12):e15591.

Jason T. Buhle, Bradford L. Stevens, and Jonathan J. Friedman and Tor D. Wager. Distraction and Placebo: Two Separate Routes to Pain Control. Psychological Science, January 18, 2012.

(1): Wilson DV, Berney CE, Peroni DL, Mullineaux DR, Robinson NE. The effects of a single acupuncture treatment in horses with severe recurrent airway obstruction. Equine Vet J. 2004 Sep;36(6):489-94.

(2): Ader R, Cohen N. Behaviorally conditioned immunosuppression. Psychosom Med. 1975 Jul-Aug;37(4):333-40.

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No Comment

  • Audiomaniac  6 février 2012 at 11 h 38 min

    Très intéressant mais pas très rentable pour les labos pharmaceutiques.

    (1)
    Répondre
  • noco.heisenberg  5 février 2012 at 18 h 27 min

    Je me demande en lisant ça s’il n’en n’est pas pareil pour les compléments vitaminiques comme la plus rependu « la vitamine C »

    Je médite 😉

    (-1)
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  • Bufle  6 février 2012 at 20 h 26 min

    Oui, cette aspect là a été noté depuis assez long chez les animaux, constaté par les propriétaires d’animaux domestiques, chez les éleveurs et bien sûr auprès des vétérinaires !

    (-1)
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