Les injections d’anti-inflammatoires stéroïdiens dans les articulations aggraveraient l’arthrose

Modifié le 20 novembre 2024

Temps de lecture : 4 minutes
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femme âgée se tenant le genou en raison de douleurs liées à l'arthrose

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Les injections d’anti-inflammatoires stéroïdiens, souvent associés à un anesthésique local, sont couramment utilisées pour soulager les douleurs du genou et de la hanche liées à l’arthrose ou à d’autres affections. Mais leur efficacité et leur innocuité sont-elles garanties ?

L’arthrose est une maladie qui conduit à la destruction du cartilage articulaire. Des antalgiques peuvent calmer les symptômes douloureux et, dans les cas où la pathologie est très avancée, une chirurgie est possible, par exemple avec la pose d’une prothèse.

Avant d’envisager une opération, les médecins proposent souvent à leurs patients des infiltrations de corticostéroïdes : des anti-inflammatoires stéroïdiens qui ont pour objectif de réduire l’inflammation locale et donc la douleur.

Les infiltrations avec ces molécules représentent une alternative à la chirurgie pour des patients qui ne peuvent pas être opérés du fait de leur grand âge ou d’autres pathologies.

Schéma de la structure comparée du genou sain et du genou touché par l'arthrose.

Structure comparée du genou sain et du genou touché par l’arthrose.

Des complications avec les infiltrations de corticostéroïdes

Une étude de la Boston University School of Medicine met en garde contre les dangers de ces injections intra-articulaires de corticostéroïdes au niveau des genoux et des hanches : chez certains patients, ces procédures conduisent à des complications.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont étudié 459 injections de corticostéroïdes réalisées au niveau de la hanche (307) ou du genou (152) en 2018. Dans l’hôpital où a eu lieu l’étude, de nombreux patients avaient des comorbidités, et donc des contre-indications à la chirurgie. Les injections contenaient 40 mg de triamcinolone (un corticoïde), associé à deux anesthésiques locaux, la lidocaïne et la bupivacaïne.

Exacerbation de l’arthrose, nécrose ou fracture

Les résultats indiquent qu’il y a eu 36 cas de complications, soit dans 8 % des injections : 30 complications suite à une injection au niveau de la hanche (10 % des injections de la hanche) et 6 complications pour le genou (4 % des injections du genou).

Quatre grands types de complications ont été identifiés. La plus fréquente était l’accélération de la progression de l’arthrose, puis venaient : une destruction de l’articulation pouvant toucher l’os, l’ostéonécrose, et la fracture par insuffisance sous-chondrale.

Radiographie et IRM d'un genou fracturé suite à une infiltration.
Radiographie (a) et IRM (b) du genou droit d’un patient de 69 ans, traité par injection de corticostéroïde. Onze mois plus tard, il a développé une fracture (indiquée par les flèches).

Les auteurs déplorent le manque d’études de grande envergure sur les complications liées à ces injections. Ils suggèrent que les molécules utilisées pour l’anesthésie pourraient avoir un effet négatif sur les articulations. Dans un communiqué de l’université, Ali Guermazi, un des auteurs de cette recherche, en conclut :

« Nous constatons actuellement que ces injections peuvent être très nocives pour les articulations avec des complications graves. »

Des infiltrations contre l’arthrose aux effets controversés

Ces résultats vont dans le même sens que les conclusions d’une petite étude réalisée par le Massachusetts General Hospital. Deux radiologues ont examiné les radios de 70 personnes qui ont eu des injections de corticostéroïdes au niveau de la hanche, avec un suivi qui a duré entre 3 et 10 mois.

Les scientifiques ont comparé ces images à celles de groupes contrôles qui soit n’avaient pas eu d’injections soit avaient eu des injections ailleurs. Résultats : 44 % des personnes qui avaient eu une injection au niveau de la hanche ont vu leur arthrose progresser, une proportion plus importante que celle des groupes témoins.

Absence d’amélioration à long terme

D’autres études ont mis en doute l’efficacité de ces injections à long terme. Par exemple, en 2017, une méta-analyse a comparé l’efficacité des injections de corticostéroïdes et d’acide hyaluronique dans le cadre de l’arthrose du genou.

Représentation de la structure chimique de l'acide hyaluronique.
Structure de l’acide hyaluronique.

L’acide hyaluronique agit sur le liquide synovial, dont il améliore la viscosité et l’élasticité.12 essais cliniques regroupant 1 794 patients ont été inclus dans l’analyse. Les résultats montrent une meilleure efficacité des corticostéroïdes à court terme, c’est-à-dire sur un mois.

Mais à long terme, sur six mois, l’acide hyaluronique apparaissait plus efficace pour réduire la douleur. Dans leur discussion, les auteurs affirment que d’après certaines études l’effet des corticostéroïdes serait même absent à long terme…

Arthrose de la main : efficacité non prouvée

En 2016, une méta-analyse a compilé les résultats de 13 essais cliniques testant l’effet de ces thérapies contre l’arthrose de la main. Six études comparaient des injections d’acide hyaluronique à des injections de corticostéroïdes, quatre comparaient les corticostéroïdes à un placebo et trois l’acide hyaluronique à un placebo.

Seul un essai clinique suggérait une efficacité des corticostéroïdes pour réduire la douleur de l’arthrose interphalangienne. Sinon, pour les autres types d’arthrose de la main, aucune efficacité n’a été prouvée pour les injections de corticostéroïdes ou d’acide hyaluronique, comparées au placebo.

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