Les oméga-3 agissent en synergie avec la vitamine D

Modifié le 27 mai 2024

Temps de lecture : 5 minutes
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gélules d'oméga-3 de poissons sauvages

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Au sein de notre organisme, les nutriments coopèrent les uns avec les autres pour garantir un équilibre global. Le magnésium joue par exemple un rôle crucial dans l’activation de la vitamine D, qui à son tour aide à réguler les niveaux de calcium et de magnésium dans le sang. La vitamine C permet la régénération de la vitamine E afin qu’elle joue son rôle antioxydant. Une interaction moins connue se produit entre les acides gras oméga-3 et la vitamine D, aux métabolismes intimement liés.

Action synergique sur la sphère cardiovasculaire

Les oméga-3 et la vitamine D sont des nutriments protecteurs de notre santé. Parmi leurs multiples bienfaits, certains se chevauchent, notamment en ce qui concerne la sphère cardiovasculaire.

Les oméga-3, en particulier le DHA et l’EPA concentrés dans les poissons gras, protègent le système cardiovasculaire grâce à leurs effets anti-inflammatoires et leur capacité à fluidifier le sang. L’essai clinique REDUCE-IT a montré que les oméga-3 à forte dose peuvent significativement réduire le risque d’événements cardiovasculaires majeurs chez les patients présentant un risque cardiovasculaire élevé.   

La carence en vitamine D est associée à une augmentation du risque de maladie cardiovasculaire comme l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque. Elle favorise par ailleurs la calcification des vaisseaux sanguins.

Les oméga-3 améliorent le statut en vitamine D

Graphique mettant en avant l'augmentation des taux de vitamine D circulant après une supplémentation en omega 3
Les oméga-3 augmentent la concentration sanguine en vitamine D active.

Pour mieux cerner les interactions entre ces deux composés, des chercheurs coréens ont mené une étude auprès de personnes souffrant d’insuffisance rénale. Chez ces malades, les calcifications vasculaires sont plus fréquentes que dans le reste de la population et représentent une menace pour le santé cardiovasculaire. Elles sont de plus particulièrement sujettes à présenter des déficits en vitamine D, car les reins jouent un rôle crucial dans le métabolisme de cette vitamine. Ils permettent en effet sa transformation en forme active, le calcitriol. Le déficit en vitamine D en cas d’insuffisance rénale est loin d’être anecdotique, car il est associé à une progression plus rapide de la maladie et à une mortalité augmentée.

Cette étude a regroupé 47 patients sous dialyse depuis au moins 1 an, qui ont reçu un traitement de 6 mois avec 3g d’oméga-3 par jour – trois gélules de 1g contenant chacune 460mg d’EPA et 380mg de DHA – ou aucun traitement en guise de contrôle.

La supplémentation en oméga-3 a provoqué une augmentation du contenu en EPA et en DHA au sein des membranes cellulaires. En effet, une fonction de ces acides gras est d’entrer dans la composition de ces structures, auxquelles ils confèrent de la fluidité.

Plus surprenant, l’équipe a constaté une amélioration du statut en vitamine D chez les personnes traitées avec des oméga-3, alors qu’elles n’avaient pas reçu de supplémentation en cette vitamine.

L’intervention a par ailleurs augmenté le taux de fétuine-A, une glycoprotéine qui circule dans le sang et joue un rôle inhibiteur de la calcification. Ces résultats laissent ainsi présager des bénéfices sur l’évolution de la situation des malades insuffisants rénaux.

Modulation des enzymes régulatrices de la vitamine D

Comment la prise d’oméga-3 peut-elle conduire à une amélioration du statut en vitamine D ? La même équipe de chercheurs a mené une étude chez l’animal pour mieux comprendre ce phénomène.

Des rats ont été séparés en 5 groupes : le premier groupe rassemblait des sujets en bonne santé rénale, en guise de point de comparaison, tandis qu’une insuffisance rénale avait été provoquée par l’ablation d’une grande partie des tissus rénaux dans les 4 autres groupes.

Les animaux du groupe 2 ne recevaient pas de traitement particulier, tandis que ceux du groupe 3 étaient supplémentés en vitamine D, ceux du groupe 4 en oméga-3 et ceux du groupe 5 avec les deux compléments alimentaires associés.

Dans chaque groupe, les niveaux d’expression des gènes permettant la production de deux enzymes impliquées dans le métabolisme de la vitamine D ont été évalués.

Graphique montrant l'activité du CYP24 avec différentes supplémentations.
Expression de la 24-hydroxylase au niveau du rein.

Frein sur le catabolisme

La première enzyme étudiée a été la 24-hydroxylase, qui est impliquée dans le catabolisme de la vitamine D. Disséminée dans l’ensemble des tissus de l’organisme, elle dégrade le calcitriol en composés inactifs éliminés de l’organisme.

Les analyses ont révélé que son niveau d’expression est augmenté dans les tissus rénaux des animaux en situation d’insuffisance rénale. Ce surplus d’activité revient à priver l’organisme de niveaux satisfaisants de vitamine D.

Si la supplémentation en oméga-3 a permis de l’atténuer (groupe 5/6 O), l’administration conjointe d’oméga-3 et de vitamine D s’est avérée encore plus efficace (groupe 5/6 V+O).

Stimulation de la production de forme active

Graphique montrant l'activité du CYP27B1 avec différentes supplémentations.
Expression de la 1α-hydroxylase au niveau du foie.

L’équipe a également étudié l’expression de la 1α-hydroxylase, qui donne naissance à la forme active de la vitamine D. Au niveau du foie, elle était contrariée chez les animaux en mauvaise santé rénale. L’administration des deux compléments a permis de la restaurer.

Ces expériences montrent ainsi que les oméga-3 ont une action directe d’optimisation du métabolisme de la vitamine D. Ils tempèrent sa dégradation et favorisent la formation de sa forme active, augmentant son action dans l’organisme.

Cancer : la vitamine D protectrice en cas de déficit en oméga-3

Les interactions  bénéfiques entre les oméga-3 et la vitamine D sont également à prendre en compte dans d’autres contextes que la santé cardiovasculaire. Une étude s’est intéressée à cet aspect en cas de cancer digestif.

Elle a utilisé les données d’une étude clinique, l’essai AMATERASU, qui a rassemblé 302 patients. Les participants ont été divisés en deux groupes selon leur taux sanguin d’oméga-3 : un premier rassemblant les participants aux taux faibles, un second les participants aux taux élevés.

Ce facteur s’est avéré déterminant sur le taux de survie sans rechute à 5 ans. Il a été bien plus élevé dans le second groupe, s’élevant à 80,9% contre 67,8% dans le premier.

Manque d’oméga-3 et de vitamine D vont de pair

L’équipe a examiné le statut en vitamine D au sein de ces deux groupes. La concentration sanguine moyenne au début de l’étude était de 24 ng/mL dans le second groupe, et seulement de 19 ng/mL dans le premier.

Si l’on considère les déficiences, définies comme un taux sanguin de vitamine D inférieur à 20ng/mL, elles concernaient 29,3% du second groupe et  55,6% du premier.

Les personnes ayant un faible taux d’oméga-3 étaient plus souvent déficientes en vitamine D. Or, cette situation est associée à un risque accru de décès par cancer colorectal et de l’estomac, ce qui explique certainement le plus faible taux de survie observé.  

Après un an de supplémentation quotidienne en vitamine D3, à la dose de 2000 UI, les déficits en vitamine D avaient reculé, chutant à 6,7% dans le premier groupe et  7,3% dans le second.

Le taux de rechute et la mortalité liés à un cancer digestif sont plus élevés en cas de faible statut en oméga-3.

Amélioration de la survie

L’impact de cette supplémentation a été bien différent selon le profil en oméga-3. La prise de vitamine D n’a pas apporté de bénéfices particuliers aux participants ayant un statut équilibré en oméga-3.

En revanche, elle est parvenue à améliorer la situation dans le groupe au faible statut en oméga-3 : la survie sans rechute à 5 ans a atteint 74,9%, contre seulement 49,9% avec un placebo. La supplémentation en vitamine D apparaît ainsi comme une approche simple à mettre en œuvre comme l’activité physique, avec des bienfaits avérés dans ce contexte.


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