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Oméga-3, vitamines B et risque de cancer : qu’en est-il vraiment ?

Les effets des Oméga 3 et des vitamines du groupe B pour la prévention du cancer sont controversées

Une étude française a laissé planer des doutes sur une potentielle augmentation du risque de cancer associée à la supplémentation en vitamine B et en oméga-3. Faut-il dès lors se détourner de ces compléments alimentaires ? Sans doute pas si vite.

Une supplémentation en vitamine B et oméga-3 pourrait-elle augmenter le risque de cancer ?

Cette étude de l’unité mixte de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm-Inra-Cnam-Université Paris 13) s’est intéressée aux effets d’une supplémentation au long cours en vitamine B et en oméga-3 sur le risque de cancer. Elle a exploité les données recueillies lors d’un essai thérapeutique appelé SU.FOL.OM3, qui cherchait à déterminer l’impact de cette supplémentation sur le risque de rechute après un accident cardiovasculaire. Aucun bénéfice n’avait pu être mis en évidence dans ce cadre.

Les informations relatives à un groupe de 2 501 participants âgés de 45 à 80 ans ont été utilisées. Ces personnes avaient reçu pendant 5 ans :

  • un mélange de vitamines B6 (ou pyridoxine, 3 mg), B9 (560 µg sous forme naturelle de 5-méthyltétrahydrofolate) et B12 (ou cobalamine, 0,20 µg)
  • des oméga-3 à chaîne longue dans un rapport de 2:1 (comme indiqué dans “Nutrition de la Force“) avec 400 mg d’EPA et 200 mg de DHA 
  • les vitamines B associées aux oméga-3
  • ou un placebo

Au sein de ce groupe, 145 hommes et 29 femmes ont développé un cancer au cours des 5 ans de l’étude. Les chercheurs n’ont constaté aucune influence de la part de ces suppléments alimentaires chez les hommes. En revanche, la situation s’est avérée différente pour les femmes :

  • il y a eu 20 cas de cancer dans le groupe recevant les vitamines B, contre 9 dans le groupe n’en recevant pas
  • il y a eu 21 cas de cancer dans le groupe recevant des oméga-3, contre 8 dans le groupe n’en recevant pas

D’un point de vue statistique, l’augmentation du risque de cancer n’est pas considérée comme significative pour la supplémentation en vitamine B, mais elle l’est pour celle en oméga-3.

Cancer, vitamine B et oméga 3 : des données à nuancer

Déduire de cette étude que la supplémentation en oméga-3 et en vitamine B est à proscrire chez les femmes en raison d’un risque accru de cancer serait pourtant trop rapide. En effet, dans leur conclusion, les auteurs indiquent seulement l’absence de bénéfices en prévention du cancer. 

Le nombre extrêmement limité de cas (29) et la durée relativement courte de l’étude pour une maladie qui progresse sur un temps long ne permettent pas de tirer de conclusions définitives.

Par ailleurs, cette étude a porté sur un profil particulier de patients, ayant souffert d’un problème cardiovasculaire et sous traitement anticholestérol. La prise de ces médicaments – les statines – aurait pu influencer les résultats, puisque elles sont suspectées de bloquer les bénéfices des oméga-3.

Des études de grande ampleur sur les vitamines B, les oméga 3 et le cancer

À ce stade, la question qui subsiste est la suivante : ce risque de cancer avec la supplémentation en oméga-3 se retrouve-t-il chez des personnes ne souffrant pas d’antécédents de maladie cardiovasculaire ? Une étude récente et de grande ampleur apporte la réponse. Elle a évalué les effets d’une supplémentation pendant un peu plus de 5 ans dans un groupe de 25 871 personnes, par rapport à un placebo.

Les participants étaient âgés d’au moins 50 ans pour les hommes, et 55 ans pour les femmes au moment de leur recrutement. Les doses d’oméga-3 administrées étaient plus importantes que dans l’étude française : 1 g d’huile de poisson contenant 840 mg d’oméga-3 (460 mg d’EPA et 380 mg de DHA). Aucune augmentation significative du risque de cancer n’a été mise en évidence.

Oméga-3 et cancer de la prostate : des données contradictoires

De forts apports en oméga-3 ont été soupçonnés de favoriser l’apparition du cancer de la prostate, mais les données scientifiques sont insuffisantes pour le confirmer. Ils pourraient au contraire réduire la mortalité liée à cette maladie.

Le rôle des vitamines du groupe B pour la prévention du cancer

Du côté des vitamines du groupe B, une analyse de la littérature ayant compilé les résultats de 18 essais cliniques menés auprès de 74 498 personnes conclut que la supplémentation n’augmente pas le risque de cancer ou la mortalité par cancer. Un effet protecteur a même été mis en évidence pour le mélanome, une forme de cancer de la peau. La nicotinamide, un dérivé de vitamine B3, serait particulièrement efficace en prévention de cette maladie grâce à sa capacité à stimuler les mécanismes de réparation des lésions de l’ADN.

En cas de supplémentation en vitamine B9, il est cependant nécessaire d’éviter la forme synthétique (acide folique) qui pourrait augmenter le risque de cancers

La complémentation doit commencer suffisamment tôt pour prévenir le cancer

Si la supplémentation en oméga-3 ne semble pas élever le risque de développer un cancer, elle ne semble pas non plus forcément exercer d’effet protecteur permettant de prévenir l’apparition de la maladie.

Les propriétés anticancéreuses des oméga-3

De nombreuses études menées en laboratoire, dans des cultures de cellules ou chez l’animal, indiquent pourtant que les oméga-3, en particulier le DHA et l’EPA, s’opposent au phénomène de carcinogenèse. Ils agiraient de plusieurs manières, en influençant l’expression des gènes et en modulant l’action des œstrogènes notamment.

Des apports précoces en oméga-3 en prévention du cancer

Des spécialistes avancent une explication intéressante à l’absence de bénéfices observée dans les résultats de recherches entreprises chez l’homme. Ces études sont menées auprès de personnes d’âge moyen ou avancé, des périodes de la vie sans doute trop tardives pour espérer tirer profit des propriétés anticancéreuses des oméga-3. Si cet aspect est difficile à étudier chez l’homme, des données observées chez l’animal permettent de mieux le cerner.

Cancer du sein et chronologie des apports en oméga-3

Dans le cas du cancer du sein, la glande mammaire se développe à différentes étapes de la vie, certaines particulièrement précoces. Elle croît rapidement in utero, au cours de la puberté et lors de la lactation notamment. L’exposition à certains éléments extérieurs pendant ces périodes sensibles peut avoir une influence sur la santé de ce tissu à long terme.

Une étude a été menée chez le rat. Les animaux ont reçu une forte quantité d’oméga-6, contrebalancée pour certains par l’apport d’oméga-3, à trois moments de leur vie : durant la période périnatale par l’intermédiaire de leur mère, à la puberté et à l’âge adulte. Les apports en oméga-3 les plus précoces dans la vie ont été ceux qui ont exercé la meilleure prévention contre le cancer des glandes mammaires chez les femelles devenues adultes.

Les apports tardifs en oméga 3 se montrent moins efficaces que des apports précoces pour la prévention du cancer du sein
Les apports tardifs en oméga 3 se montrent moins efficaces que des apports précoces pour la prévention du cancer du sein

Les oméga-3 peuvent aider les malades atteints d’un cancer

Dans le domaine de la cancérologie, les oméga-3 sont par ailleurs considérés comme des alliés pouvant améliorer la condition des patients.

Les oméga-3 pour lutter contre la dénutrition des malades du cancer

En effet, enrichir l’alimentation des patients avec ces nutriments est une arme pour lutter contre la malnutrition, qui atténue la réponse aux traitements, augmente les risques d’infection et allonge le temps d’hospitalisation.

Les oméga-3 possèdent de plus des propriétés anti-inflammatoires, qui peuvent repousser le risque de développer certaines complications de la maladie. En associations avec d’autres composés comme l’arginine, la glutamine ou les ribonucléotides, ils contribuent également au maintien d’une bonne immunité, souvent mise à mal par les traitements.

De nombreuses études ont ainsi été menées pour évaluer les bénéfices des oméga-3 auprès des malades du cancer. L’analyse de dix d’entre elles utilisant des doses d’EPA et/ou de DHA quotidiennes comprises entre 600 mg et 3,6 g a révélé l’intérêt de cette approche, notamment pour aider les patients à maintenir leur poids.

La supplémentation en oméga-3 protège contre certains effets indésirables de la chimiothérapie

La supplémentation semble également en mesure d’atténuer certains effets indésirables des médicaments de chimiothérapie :

  • un traitement de 24 semaines (3,3 g d’huile de poisson par jour, avec 560 mg d’EPA et de DHA) permet de lutter contre les douleurs articulaires provoquées par les inhibiteurs d’aromatase utilisés en cas de cancer du sein chez les femmes souffrant d’obésité, qui y sont particulièrement sujettes
  • la prise de 640 mg d’oméga-3 pendant une chimiothérapie à base de paclitaxel contre le cancer du sein, puis un mois après la fin des séances, exerce une protection contre les atteintes nerveuses. Un mélange de DHA (400 mg) associé à de l’acide α-lipoïque (600 mg), des vitamines C et E (60 mg et 10 mg) préserve les malades atteints de myélome multiple traités avec du bortezomib de ces mêmes effets indésirables.
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Références

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