Quel est l’effet des probiotiques sur le cerveau ?

Axe intestin-cerveau

Intestin et cerveau communiquent grâce à l’axe intestin-cerveau, si bien que beaucoup de troubles neurologiques s’accompagnent d’altérations du microbiote. Comme les probiotiques aident à maintenir la flore intestinale en bonne santé, nous étudierons dans cet article ce qu’ils peuvent apporter à votre cerveau.

Vous l’aurez sans doute remarqué dans votre vie quotidienne : ce qui affecte votre mental influence votre intestin et vice et versa. Un stress intense provoque des douleurs abdominales.  A l’inverse, des problèmes digestifs affecteront votre humeur. Voyons comment ces deux organes communiquent.

Des connexions entre l’intestin et le cerveau

Le cerveau et l’intestin sont connectés par des fibres nerveuses. Le système nerveux entérique, qui se trouve le long du tube digestif, comprend des fibres nerveuses qui contrôlent l’intestin. Ce système nerveux est sous le contrôle du système nerveux central.

Le nerf vague, aussi appelé nerf pneumo-gastro-entérique, est la principale voie de communication entre le cerveau et l’intestin. C’est le plus grand nerf crânien de l’organisme. Il transmet des informations du système nerveux autonome.

Les communications entre cerveau et intestin ont lieu dans les deux directions :

  • le cerveau envoie des informations à l’intestin via le système nerveux autonome pour contrôler la digestion,
  • inversement, après un repas, le microbiote produit des protéines qui suppriment l’appétit. La communication entre intestin et cerveau participe au contrôle de la satiété. 
Liens entre le cerveau et les intestins via le nerf vague
Le nerf vague permet la communication entre le cerveau et les intestins

L’axe intestin-cerveau utilise quatre types de moyens pour communiquer :

  • des messages nerveux qui passent par les neurones du nerf vague,
  • des messages immunitaires, avec les cytokines,
  • des messages endocriniens avec les hormones intestinales,
  • des messages microbiens, fabriqués à partir des aliments, qui passent dans le système sanguin. Les métabolites produits par le microbiote intestinal peuvent activer les trois voies citées ci-dessus : en agissant sur les neurones, les cellules productrices d’hormones et les cellules immunitaires.

Le microbiote intestinal influence notre humeur

Le microbiote intestinal comprend des bactéries, virus, champignons, protozoaires, qui jouent des rôles dans la digestion et l’immunité.

Pour plus d’information sur le rôle immunitaire du microbiote lisez notre article : Comment les probiotiques améliorent l’immunité

Le microbiote participe à la régulation de l’humeur. En effet, des bactéries intestinales fabriquent des neurotransmetteurs, les molécules qui servent de messagers entre les neurones. L’intestin est souvent considéré comme notre « deuxième cerveau » en raison de cette production de neurotransmetteurs et de la présence du système nerveux entérique.

Par exemple, la sérotonine, connue pour ses effets antidépresseurs, est fabriquée à 90 % dans l’intestin. D’autres neurotransmetteurs sont produits par des bactéries : le GABA, la noradrénaline, la dopamine, l’acétylcholine.

De plus, les probiotiques peuvent augmenter la quantité de tryptophane dans le sang. Cet acide aminé provenant de l’alimentation est nécessaire pour fabriquer la sérotonine dans le cerveau.

Enfin, l’inflammation intervient dans de nombreuses maladies touchant le cerveau, y compris la dépression. Les probiotiques peuvent donc aussi agir sur le cerveau en diminuant l’inflammation de l’organisme.

Les altérations du microbiote sont associées à des troubles neurologiques

L’alimentation, le mode de vie, influencent le microbiote intestinal et ces modifications peuvent avoir des conséquences sur notre cerveau. Le rôle du microbiote a été évoqué dans différentes maladies neurologiques :

  • les maladies neurodégénératives : maladies de Parkinson, d’Alzheimer et sclérose en plaques. Dans ces trois pathologies, la dysbiose, c’est-à-dire l’altération du microbiote, augmente la perméabilité intestinale. Le passage de molécules de l’intestin vers la circulation sanguine favorise la neuro-inflammation et la neurodégénération. 

Par exemple, le microbiote de patients souffrant de la maladie d’Alzheimer possède moins de bactéries productrices de butyrate et plus de bactéries qui favorisent l’inflammation. Le butyrate est un acide gras à chaîne courte (AGCC). Pour comprendre le rôle des AGCC dans notre santé, lisez notre article :

Dans la maladie de Parkinson, il a été montré que la dysbiose joue un rôle central dans le développement de la maladie. Des bactéries proinflammatoires sont plus abondantes chez les patients, tandis que celles qui sont plutôt anti-inflammatoires sont moins nombreuses. De plus, des agrégats d’alpha-synucléine, une protéine liée à la maladie, sont présents dans l’intestin,

  • la dépression : chez les patients dépressifs, on observe une réduction de la diversité et de l’abondance du microbiote. Par exemple, les lactobacilles et les bifidobactéries sont significativement moins nombreux. De plus, il y aurait moins de bactéries Firmicutes et plus de Bacteroidetes, protéobactéries et actinobactéries. Le microbiote interviendrait dans la dépression en modulant la libération de neurotransmetteurs et en agissant sur l’état inflammatoire de l’organisme,
  • l’autisme : dans cette maladie, les patients présentent souvent des troubles gastro-intestinaux, comme de la diarrhée, de la constipation, des ballonnements, du reflux gastro-œsophagien. Les enfants autistes auraient plus de bactéries de type Clostridium dans leurs intestins, et moins de bactéries bénéfiques comme des lactobacilles et des bifidobactéries. Chez les enfants autistes souffrant de problèmes intestinaux, la prise de probiotiques ou le recours à la greffe fécale améliore les symptômes. 

Les maladies inflammatoires de l’intestin sont liées au stress

Des maladies de l’intestin pourraient avoir un facteur psychologique, ce qui renforce l’idée d’un lien entre l’intestin et le cerveau. C’est le cas par exemple du syndrome de l’intestin irritable : l’anxiété et la dépression sont fréquentes chez les patients, qui trouvent parfois un soulagement avec des probiotiques.

De la même façon, il semble que le stress joue un rôle dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), à savoir la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Dans ces maladies, la dysbiose est clairement en cause comme nous l’avons vu dans l’article : Quel rôle joue le microbiote intestinal dans la santé ?

Si le microbiote influence notre humeur, nous pouvons espérer trouver des bénéfices dans la prise de probiotiques.

Les probiotiques améliorent l’humeur

Certains probiotiques améliorent l’humeur. En mai 2020, des chercheurs chinois ont publié une méta-analyse sur l’utilisation de probiotiques dans le cadre de la dépression et de l’anxiété. Ils ont inclus 10 essais cliniques dans leur analyse, regroupant 685 patients.

Les résultats montrent que les probiotiques réduisent significativement les symptômes de dépression chez les personnes anxieuses ou déprimées, et les personnes stressées en bonne santé. La comparaison avec le groupe placebo montre un effet sur les symptômes de dépression mais pas sur l’anxiété.

Les souches utilisées dans ces études étaient les suivantes : Lactobacillus helveticus, Lactobacillus plantarum, Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei, Lactobacillus rhamnosus, Bifidobacterium longum, Bifidobacterium bifidus, Bifidobacterium lactis

D’après le Nouveau guide pratique des probiotiques (Editions Thierry Souccar), les souches le plus souvent utilisées contre la dépression sont Lactobacillus casei, Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium bifidum ou longum. Ces probiotiques peuvent être associés à des prébiotiques, à savoir l’inuline.

Les probiotiques utilisés pour leurs effets sur la santé mentale ont été appelés « psychobiotiques ».

Les probiotiques sont testés dans des pathologies neurologiques graves

Les probiotiques ont été évalués dans des maladies neurodégénératives, à la fois Alzheimer et Parkinson. Les résultats sur Alzheimer sont peu concluants et les études dans Parkinson ont surtout testé les effets gastro-intestinaux.

Comme nous l’avons vu précédemment, de nombreuses études se sont intéressées au lien entre le microbiote intestinal et l’autisme. Chez les enfants autistes, des problèmes dans la digestion et l’absorption des glucides pourraient expliquer les troubles gastro-intestinaux.

Certains travaux ont trouvé qu’une complémentation en probiotiques améliorait le comportement des enfants autistes et leurs problèmes gastro-intestinaux. Les souches utilisées dans ces travaux étaient notamment Lactobacillus plantarum, Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus acidophilus et Bifidobacterium longum.


Références :

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