Trop de vitamine D nuit-il à la santé ?

Modifié le 26 juin 2024

Temps de lecture : 4 minutes
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pipette de vitamine D

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Alors que j’explique régulièrement que la majorité des Français manquent de vitamine D et qu’une supplémentation peut être nécessaire, on voit de plus en plus fleurir sur la toile des articles affirmant que la vitamine D est dangereuse au-delà d’un certain taux dans le sang. Alors, qu’en est-il réellement ?

Une vitamine fabriquée lors de l’exposition au soleil

La vitamine D est une substance indispensable à la survie de l’homme. Sans elle, il développe le rachitisme, une hypocalcémie et finit par mourir (une vitamine est, par définition, une substance indispensable à la vie). Depuis environ 9 millions d’années, l’homme fabrique la vitamine D en s’exposant au soleil. Les chercheurs savent combien de vitamine D il est possible de produire sans supplémentation, en s’exposant simplement aux rayons UVB du soleil en été, c’est-à-dire dans les conditions idéales : 10 000 à 25 000 UI en moins d’une heure !

Cet apport de vitamine D via le soleil permet d’obtenir un taux de vitamine D dans le sang pouvant atteindre 100 ng/mL, un taux fréquemment retrouvé chez les maîtres-nageurs sauveteurs de certaines plages américaines.

Trois maîtres-nageurs marchent sur la plage au saoleil.
Un précurseur présent dans la peau permet de produire la vitamine D lors de l’exposition solaire.

La supplémentation est très dangereuse !

Des milliers d’études ont été publiées ces dernières années sur les bienfaits de la vitamine D pour la santé. Toutes ont retrouvé un bénéfice pour la santé à ne pas être en déficit et parfois un bénéfice à avoir un taux situé dans la norme supérieure pour prévenir certaines maladies comme le cancer. Toutes ? Non, une poignée d’entre elles (moins d’une dizaine) ont montré l’inverse : avoir un taux “normal-haut” dans le sang serait dangereux ! Bien entendu les journalistes en manque d’histoires sensationnelles (et d’audience) se sont empressés de relayer ces quelques études et d’expliquer que la vitamine D était nocive ! Et bien entendu, il n’avait pas pris le temps de lire les études dans leur intégralité…

Corrélation n’est pas causalité

Toutes les études qui ont montré un danger des taux élevés de vitamine D dans le sang ont un point commun : il s’agit d’études d’observations. Cela consiste à observer un échantillon de population puis à faire des liens statistiques entre des évènements. Par exemple, supposons qu’on recrute 1000 hommes adultes, qu’on observe leur mode de vie, leur alimentation et la survenue d’une crise cardiaque sur les 10 dernières années. Supposons que 100 hommes font une crise cardiaque au cours de cette période et que tous possédaient un chien. Conclusion statistique : posséder un chien provoque une crise cardiaque. Oui, c’est tout à fait absurde, mais cela illustre bien la difficulté de tirer des conclusions à partir des études d’observation.

Une responsabilité non démontrée

Il existe néanmoins des critères statistiques qui permettent de transformer un lien de ce type en causalité pure et démontrée lorsque certaines conditions sont présentes. Ces conditions sont appelées “critères de Bradford Hill”. Sans rentrer dans les détails techniques, ces critères sont au nombre de 9.

Il faut par exemple que l’association soit reliée à la force. Dans notre exemple, les personnes ayant plus d’un chien devraient voir leur risque de crise cardiaque augmenter encore plus que celles qui n’ont qu’un chien. Il faut aussi être capable de pouvoir expliquer par quel mécanisme biologique la possession d’un chien augmente le risque de crise cardiaque et avoir réussi à le montrer dans une étude en laboratoire, etc. Pour les études qui incriminent la vitamine D, ces critères sont loin d’être satisfaits.

À contrario, les études d’interventions où de la vitamine D a été administrée à des volontaires, avec un suivi de plusieurs mois, n’ont jamais montré le moindre effet néfaste pour la santé. À condition bien sûr que le taux de vitamine D dans le sang ne dépasse pas celui naturellement obtenu via le soleil, c’est-à-dire qu’il reste inférieur à 100 ng/mL.

Ce sont les chercheurs qui le disent

Dans la plupart de ces études (mais pas toutes), les chercheurs ont bien conscience des limitations de leurs résultats et concluent toujours en expliquant que cela ne prouve rien, et qu’il faut chercher à comprendre pourquoi quelques études trouvent ces résultats contraires à des milliers d’autres. Évidemment, les journalistes se gardent bien de vous le préciser dans leurs articles. Cela peut par exemple être un facteur confondant : les hommes qui ont des chiens sont peut-être aussi plus fréquemment sédentaires, ce qui expliquerait mieux leur risque de crise cardiaque que le chien lui-même.

La faute de la vitamine A ?

Boite de conserve contenant des foie de morue.
Le foie de morue est riche en vitamines D et A.

Pour expliquer ces résultats incohérents, les chercheurs eux-mêmes avancent une explication très sérieuse : ces études d’association ont été faites majoritairement sur des populations nordiques, chez lesquelles la supplémentation en vitamine D est monnaie courante depuis très longtemps en raison de la rareté de l’ensoleillement. Pour la supplémentation, c’est l’huile de foie de morue qui est la plus utilisée dans ces pays. Malheureusement, si l’huile de foie de morue est bien riche en vitamine D, elle est aussi très riche en vitamine A, qui est une des vitamines les plus toxiques du monde et qui a la particularité de bloquer l’activité de la vitamine D dans notre organisme.

Il est donc probable que si le bénéfice de vitamine D disparaît lorsque le taux sanguin augmente c’est parce qu’il y a un apport concomitant excessif en vitamine A et non parce que la vitamine D est dangereuse ! Les deux chercheurs les plus renommés au monde sur la recherche en vitamine D, le Dr Cannell et le Dr Hollis, déconseillent donc fortement l’huile de foie de morue pour se supplémenter en vitamine D.

Une question d’évolution

Les auteurs français qui relayent ces informations conseillent souvent (explicitement ou implicitement) de ne pas chercher à avoir un taux de vitamine D dans le sang supérieur à 20 ng/mL. Ces conseils sont tout simplement criminels ! Les autorités de santé elles-mêmes, dont on connaît pourtant le caractère conservateur, considèrent qu’un taux inférieur à 30 ng/mL est le signe d’un déficit. Il n’est pas rare dans la population, il concerne 80 % des Français selon l’Institut national de veille sanitaire. De nombreux travaux montrent qu’un taux situé entre 20 et 30 ng/mL augmente très significativement le risque d’au moins 15 cancers.

Mais n’oublions-nous pas notre logique dans toute cette histoire ? Si l’homme a vécu 9 millions d’années en extérieur, exposé au soleil, avec des taux de vitamine D atteignant 100 ng/mL, par quel miracle est-ce que ces taux pourraient aujourd’hui s’avérer dangereux ?

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