Confirmation : le chrome n’est pas un oligo-élément essentiel pour l’Homme

Le chrome est un oligo-élément populaire en tant que complément alimentaire. Pourtant, depuis plusieurs années, les études s’accumulent pour pointer du doigt son absence d’effet bénéfique sur la santé. Aujourd’hui, les chercheurs sont formels : le chrome n’est pas un oligo-élément essentiel. Les autorités de santé ont commencé à le supprimer de la liste des nutriments essentiels. Il n’a donc plus rien à faire dans les compléments alimentaires naturels.

Pourquoi le chrome n’est pas un oligo-élément essentiel

Un oligo-élément est considéré comme « essentiel » lorsqu’il a une fonction biologique claire et définie ou lorsque son absence dans l’alimentation provoque une baisse de la fertilité (ou une infertilité) ou lorsque son absence prolongée provoque divers problèmes de santé qui finissent par aboutir à un décès. De plus, le caractère « essentiel » est défini quand l’ajout de cet oligo-élément fait disparaître le ou les troubles supposément associés au déficit.

A l’heure où j’écris ces lignes, les vertus du chrome affichées sur internet sont notamment d’être utile et efficace pour calmer les envies de sucre, aider à soigner le diabète de type 2, voire pour mincir.

Pourtant les méta-analyses les plus récentes, et les plus rigoureuses, ont conclu que la supplémentation en chrome n’avait aucun bénéfice pour le contrôle du sucre sanguin, que l’on soit touché par un diabète ou non; et encore moins pour maigrir (1). Comment l’expliquer ? Tout simplement car les quelques études qui ont montré un effet bénéfique du chrome étaient toutes financées par des fabricants ou vendeurs de chrome de supplémentation. Les études étaient donc mal conduites dans le but d’en orienter les résultats… (2)

Dans les années 90, les choses étaient encore pires puisque les vendeurs affichaient fièrement que le chrome « faisait disparaître la graisse corporelle sans faire de sport » ou « faisait prendre de la masse musculaire ». La plupart de ces allégations ont amené les fabricants à se retrouver aux cœurs d’ennuis juridiques avec les autorités de santé américaines, et en particulier les fabricants du « picolinate de chrome », une forme de chrome supposément meilleure que les autres (3).

Aucun effet biologique du chrome à doses nutritionnelles

Le chrome a été le sujet de nombreuses études avec un objectif simple : déterminer les mécanismes moléculaires qui pourraient expliquer des effets biologiques. Problème : aucune étude n’y est parvenu. Les études sont même plutôt parfois contradictoires. Par exemple, le « picolinate de chrome » s’avère être mutagène et cancérigène sur des cultures cellulaires ou pour les mouches. Chez l’homme, in vivo (en situation réelle), le « picolinate de chrome » semble être hydrolysé (découpé) ce qui empêche la molécule intacte d’être directement mise en contact avec nos cellules (4). Une étude de chercheurs de l’université du Wyoming (États-Unis) a trouvé que le chrome trivalent Cr3+ pourrait agir en améliorant les effets de l’insuline mais cela ne se produirait pas aux doses usuelles mais à des doses très supérieures à ce qu’on peut obtenir via l’alimentation ou des compléments alimentaires (5).

Effet pharmacologique du chrome

Aucune étude n’a jamais pu mettre en évidence un déficit en chrome chez un être humain. Comment, dès lors, son statut d’oligo-élément essentiel a-t-il pu lui être attribué pendant de nombreuses années ?

Tout a démarré à partir d’études scientifiques faites sur l’alimentation de rongeurs en cage à la fin des années 70. Problème : les chercheurs n’ont pas pensé au fait que les rongeurs obtenaient du chrome en s’attaquant à leurs cages, en acier inoxydable (qui libère naturellement de petites quantités de chrome), ce qui a totalement faussé leurs études. Il faudra attendre plus de 25 ans pour que l’erreur soit découverte. Chez l’homme les apports en chrome se font de la même manière : par contact avec les instruments de cuisson en métal ou par les aliments industriels, eux-mêmes légèrement imprégnés de chrome au cours de la fabrication dans les usines (6).

Malgré tout, des études de supplémentation chez les rongeurs ont été faites et ont parfois trouver des bénéfices de l’apport supplémentaire en chrome. Problème, les doses utilisées pour obtenir un effet ont été généralement situées entre 80 et 1000 μg de chrome par kilo de poids corporel. Transposé chez l’Homme, ce dosage correspond à un apport quotidien situé entre 5200 μg et 65 000 μg de chrome (7). A titre de comparaison, le chrome picolinate vendu en complément alimentaire est généralement dosé à 200 μg par comprimé.

En définitive, le chrome a peut-être des effets positifs sur la santé (en cas de diabète ou de résistance à l’insuline), mais les doses nécessaires sont clairement beaucoup plus élevées que celles utilisées actuellement en compléments alimentaires ou atteignables par l’alimentation. L’activité du chrome n’est donc pas « physiologique » mais « pharmacologique », c’est-à-dire qu’il agit comme un médicament et non comme pourrait agir une vitamine. A noter que certains chercheurs pensent que le chrome pourrait justement être utilisé comme médicament mais, à ce jour, nul ne sait si ce dernier ne présente pas d’effets secondaires à ces dosages élevés. De fait, la confirmation du caractère non essentiel du chrome pousse à l’interrogation : même si les études de toxicité actuelles ne « semblent » pas trouver de risque pour la santé avec une supplémentation, cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas et l’application du principe de précaution serait plus approprié (8), c’est-à-dire qu’il semble plus prudent d’éviter toute supplémentation.

Pour toutes ces raisons, les autorités de santé européennes ont supprimé le chrome de la liste des oligo-éléments essentiels et la plupart des pays du monde sont entrain de faire de même (9). Gageons que les vendeurs de compléments alimentaires supprimeront rapidement le chrome de leurs formules et de leurs références.

Référence : (1) Bailey CH. Improved meta-analytic methods show no effect of chromium supplements on fasting glucose. Biol Trace Elem Res. 2014 Jan;157(1):1-8.

(2) Hellerstein MK. Is chromium supplementation effective in managing type II diabetes?
Nutr Rev 1998;56 (10):302–6.

(3) https://www.ftc.gov/sites/default/files/documents/cases/1997/07/nutrit2.htm

(4) Vincent JB. Chromium: celebrating 50 years as an essential element? Dalton Trans. 2010 Apr 28;39(16):3787-94.

(5) Hua Y, Clark S, Ren J, Sreejayan N. Molecular mechanisms of chromium in alleviating insulin resistance. J Nutr Biochem. 2012 Apr;23(4):313-9.

(6) Anderson RA, Bryden NA, Polansky MM. Dietary intake of calcium, chromium, copper, iron, magnesium, manganese, and zinc: duplicate plate values corrected using derived nutrient intake. J Am Diet Assoc. 1993 Apr;93(4):462-4.

(7) Vincent JB. Is chromium pharmacologically relevant? J Trace Elem Med Biol. 2014 Oct;28(4):397-405.

(8) Expert Group on Vitamins and Minerals Safe upper levels for vitamins and minerals. London (United Kingdom): Food Standards Agency; 2003.

(9) European Food Safety Authority Scientific opinion on dietary reference values for chromium. EFSA J 2014;12:3845.

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One Response Comment

  • WUILLAUME  7 février 2018 at 11 h 15 min

    Bonjour,
    Julien, que pensez-vous des compléments alimentaires du docteur RATH ?
    Merci

    (0)
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