Le statut du chrome en tant qu’oligo-élément essentiel serait remis en question
Modifié le 24 octobre 2024
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Le chrome est un oligo-élément populaire en tant que complément alimentaire. Pourtant, depuis plusieurs années, les études s’accumulent pour pointer du doigt son absence d’effet bénéfique sur la santé. Aujourd’hui, les chercheurs sont formels : le chrome n’est pas un oligo-élément nécessaire à l’organisme. Les autorités de santé ont commencé à le supprimer de la liste des nutriments essentiel. Il n’a donc plus rien à faire dans les compléments alimentaires naturels.
Pourquoi le chrome n’est pas un oligo-élément essentiel
Un oligo-élément est qualifié d’« essentiel » lorsqu’il remplit une fonction biologique bien définie ou que son absence dans l’alimentation entraîne une baisse de la fertilité, voire l’infertilité. Une carence prolongée en cet élément peut provoquer divers troubles de santé pouvant, à terme, conduire au décès. De plus, le caractère “essentiel” est défini quand l’ajout de cet oligo-élément fait disparaître le ou les troubles supposément associés au déficit.
Des allégations sans fondement scientifique solide
À l’heure où j’écris ces lignes, les vertus du chrome affichées sur internet sont notamment d’être utile et efficace pour calmer les envies de sucre, aider à soigner le diabète de type 2, voire pour mincir.
Pourtant les méta-analyses les plus récentes, et les plus rigoureuses, ont conclu que la supplémentation en chrome n’avait aucun bénéfice pour le contrôle du sucre sanguin, que l’on soit touché par un diabète ou non ; et encore moins pour maigrir. Comment l’expliquer ? Tout simplement car les quelques études qui ont montré un effet bénéfique du chrome étaient toutes financées par des fabricants ou vendeurs de chrome de supplémentation. Elles étaient donc mal conduites, dans le but d’en orienter les résultats…
Dans les années 90, la situation était encore pire puisque les vendeurs affichaient fièrement que le chrome “faisait disparaître la graisse corporelle sans faire de sport” ou “faisait prendre de la masse musculaire“. La plupart de ces allégations ont amené les fabricants à se retrouver au cœur d’ennuis juridiques avec les autorités de santé américaines, et en particulier les fabricants du “picolinate de chrome”, une forme de chrome supposément meilleure que les autres.
Aucun effet biologique du chrome à doses nutritionnelles
Le chrome a été le sujet de nombreuses études avec un objectif simple : déterminer les mécanismes moléculaires qui pourraient expliquer de potentiels effets biologiques. Problème : aucune d’entre elles n’y est parvenue. Leurs résultats sont même plutôt parfois contradictoires.
Par exemple, le “picolinate de chrome” s’avère être mutagène et cancérigène sur des cultures cellulaires ou pour les mouches. Chez l’homme, in vivo (en situation réelle), le “picolinate de chrome” semble être hydrolysé (découpé), ce qui empêche la molécule intacte d’être directement mise en contact avec nos cellules.
Une étude de chercheurs de l’université du Wyoming (États-Unis) a mis en évidence que le chrome trivalent Cr3+ pourrait agir en améliorant les effets de l’insuline, mais cela se produirait seulement à des doses très supérieures à ce qu’on peut obtenir via l’alimentation ou des compléments alimentaires.

Mécanismes présumés par lesquels le chrome augmente l’absorption du glucose par les cellules.
Effet pharmacologique du chrome
Aucune étude n’a jamais pu mettre en évidence un déficit en chrome chez un être humain. Comment, dès lors, son statut d’oligo-élément essentiel a-t-il pu lui être attribué pendant de nombreuses années ?
Tout a démarré à partir d’études scientifiques faites sur l’alimentation de rongeurs en cage à la fin des années 70. Problème : les chercheurs n’ont pas pensé au fait que les rongeurs obtenaient du chrome en s’attaquant à leurs cages, en acier inoxydable (qui libère naturellement de petites quantités de chrome), ce qui a totalement faussé leurs études. Il faudra attendre plus de 25 ans pour que l’erreur soit découverte. Chez l’homme, les apports en chrome se font de la même manière : par contact avec les instruments de cuisson en métal ou par les aliments industriels, eux-mêmes légèrement imprégnés de chrome au cours de la fabrication dans les usines.
Un futur médicament potentiel
Malgré tout, des études de supplémentation chez les rongeurs ont été faites et ont parfois montré des bénéfices de l’apport supplémentaire en chrome. Les doses utilisées pour obtenir un effet sont cependant généralement situées entre 80 et 1000 μg de chrome par kilo de poids corporel. Transposé chez l’Homme, ce dosage correspond à un apport quotidien situé entre 5200 μg et 65 000 μg de chrome. À titre de comparaison, le chrome picolinate vendu en complément alimentaire est généralement dosé à 200 μg par comprimé.
En définitive, le chrome a peut-être des effets positifs sur la santé (en cas de diabète ou de résistance à l’insuline), mais les doses nécessaires sont clairement beaucoup plus élevées que celles utilisées actuellement en compléments alimentaires ou atteignables par l’alimentation. L’activité du chrome n’est donc pas “physiologique” mais “pharmacologique”, c’est-à-dire qu’il agit comme un médicament et non comme un micronutriment.
Le principe de précaution s’impose
Si certains chercheurs pensent effectivement que le chrome pourrait être utilisé comme médicament, nul ne sait à ce jour si ce dernier ne présente pas d’effets secondaires à ces dosages élevés. De fait, la confirmation du caractère non essentiel du chrome pousse à l’interrogation : même si les études de toxicité actuelles ne “semblent” pas montrer de risque pour la santé avec une supplémentation, cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas. L’application du principe de précaution serait plus appropriée, c’est-à-dire qu’il semble plus prudent d’éviter toute supplémentation.
Pour l’ensemble de ces raisons, les autorités de santé européennes ont supprimé le chrome de la liste des oligo-éléments essentiels et la plupart des pays du monde sont en train de faire de même. Gageons que les vendeurs de compléments alimentaires supprimeront rapidement le chrome de leurs formules et de leurs références.
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