Le régime sans gluten diminuerait les douleurs de l’endométriose

Modifié le 24 juillet 2024

Temps de lecture : 4 minutes
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Une femme pose la main sur son ventre. Au premier plan, une tranche de pain est posée sur une assiette.

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Trouble gynécologique inflammatoire, l’endométriose est caractérisée par la croissance de muqueuse utérine en dehors de l’utérus, sous l’influence des hormones sexuelles. Source de douleurs chroniques parfois intenses, elle altère la qualité de vie de nombreuses femmes. Certaines données suggèrent une association possible avec l’intolérance au gluten, et un régime d’exclusion pourrait représenter un moyen de soulager ses symptômes.

Un lien potentiel entre maladie cœliaque et endométriose

Les femmes atteintes d’endométriose souffrent plus fréquemment de certaines maladies d’origine auto-immune que le reste de la population. Des travaux se sont notamment intéressés à ses liens avec l’une d’entre elles, la maladie cœliaque. Cette maladie inflammatoire de l’intestin est déclenchée par la consommation de gluten, un mélange de protéines présent dans certaines céréales comme le blé, l’orge, le seigle ou le kamut.

Une prévalence accrue d’intolérance au gluten en cas d’endométriose

Une étude a été menée au Brésil auprès de 120 femmes atteintes d’endométriose, dont la maladie a été confirmée par laparoscopie, l’examen diagnostic de référence, et de 1 500 femmes en bonne santé âgées de 18 à 45 ans.

Chez l’ensemble de ces participantes, des analyses sanguines ont été réalisées pour rechercher les signes d’une éventuelle maladie cœliaque. Deux types d’anticorps générés par l’organisme en cas d’ingestion de gluten ont ainsi été dosés : les IgA anti-transglutaminase tissulaire et les IgA anti-endomysium.

De cette manière, la maladie cœliaque a pu être diagnostiquée chez 2,5% du groupe de femmes atteintes d’endométriose. Ce chiffre était plus élevé que dans le groupe contrôle, où seulement 0,66% des participantes étaient concernées par l’intolérance au gluten.

Cette fréquence augmentée de maladie cœliaque en cas d’endométriose a également été observée dans une étude italienne. Les proportions obtenues étaient proches de l’étude précédente, avec une prévalence de 2,2% chez les femmes souffrant d’endométriose contre 0,8% chez les femmes en bonne santé.

La maladie cœliaque précéderait l’endométriose

Une étude apporte des éléments intéressants sur la séquence des événements entre l’apparition de ces deux troubles. Elle a porté sur 11 097 femmes atteintes de maladie cœliaque, et près de 55 000 femmes en bonne santé, qui ont été suivies plusieurs années. Parmi elles, 118 participantes du premier groupe et 339 du second ont développé une endométriose. Les chercheurs ont calculé que le fait d’être atteinte de maladie cœliaque est associé à un risque d’endométriose augmenté de 39% en moyenne.

Graphique indiquant l'évolution du risque d'endométriose après le diagnostic de maladie cœliaque.
Le risque d’endométriose est maximal la première année après le diagnostic de maladie cœliaque, puis décroît.

Le risque de développer l’endométriose s’est avéré plus important dans la première année suivant le diagnostic de maladie cœliaque (49%), puis diminue ensuite pour atteindre 33% après 5 ans.

Les auteurs concluent de ces travaux que l’endométriose semble être associée à une maladie cœliaque préexistante. Pour expliquer ce lien, ils avancent deux pistes d’explication. Tout d’abord, l’existence de causes sous-jacentes communes, qui prédisposent les femmes à ces deux situations. Ensuite, le rôle potentiel de l’inflammation chronique liée à la maladie cœliaque, qui pourrait contribuer à l’apparition de l’endométriose.

Effet du régime sans gluten en cas d’endométriose

Face au chevauchement entre ces pathologies qui transparaît de ces études, il est légitime de se demander si le fait de suivre un régime sans gluten pourrait apporter un bénéfice aux femmes atteintes d’endométriose.

Soulagement des douleurs

Peu de travaux se sont emparés de cette question. Toutefois, on dispose de données recueillies par des chercheurs italiens, qui ont évalué l’effet d’un régime sans gluten auprès de 207 femmes touchées par une forme sévère d’endométriose, avec des douleurs très importantes.

Après 12 mois de cet ajustement alimentaire, les douleurs ressenties se sont atténuées pour 75% des participantes. Pour celles qui n’ont pas été concernées par cette amélioration, aucune n’a vu ses symptômes s’accentuer.

Globalement, le fonctionnement physique et social de ces femmes, leur perception générale de leur état de santé, leur vitalité et leur santé mentale ont été optimisés par l’intervention.

Même si le régime sans gluten ne permet pas de guérir la maladie, ces résultats sont très encourageants. Ce mode d’alimentation est simple à adopter et peu coûteux si l’on cuisine des aliments de base. Il ne présente pas de danger ni d’effets indésirables.

Un espoir en cas d’infertilité ?

Un point commun entre l’endométriose et la maladie cœliaque est leur impact négatif sur la fonction reproductrice. On estime que 30 à 50% des femmes qui souffrent d’endométriose présentent des problèmes de fertilité, et réciproquement, l’endométriose concerne 25 à 50% des femmes infertiles.

Le lien entre la maladie cœliaque et l’infertilité semble moins évident, mais il est bien documenté. Par exemple, une étude a révélé une prévalence de 5,9% de la maladie cœliaque non diagnostiquée dans un groupe de femmes atteintes d’infertilité de cause inexpliquée, ce qui est nettement supérieur à la prévalence dans la population générale.

Les mécanismes en jeu incluent la difficulté d’assimilation de certains nutriments indispensables à la grossesse et l’action nocive directe des anticorps dirigés contre le gluten sur son déroulement.

Une femme tient un test de grossesse dans ses mains.
L’endométriose et la maladie coeliaque peuvent contrarier un projet de grossesse.

Dans ces circonstances, le régime sans gluten peut être un atout en termes de procréation, comme l’illustre l’histoire d’une femme rapportée dans la littérature scientifique. Âgée de 34 ans, elle souffrait d’infertilité et était traitée pour son endométriose. Un diagnostic de maladie cœliaque a également été posé par la suite, mais tardivement. Elle a alors entrepris un régime sans gluten et est parvenue à mener une grossesse à terme. Les auteurs de l’étude appellent ainsi à la vigilance :

« Même si la relation entre ces deux maladies est encore incertaine et que des études supplémentaires sont nécessaires pour aborder cette question, une attention accrue de la part des gynécologues est nécessaire. En effet, plus cette association est diagnostiquée tardivement, plus la probabilité de développer des conséquences négatives sur la santé est élevée ».

D. Caserta et al.

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