Quels sont les effets secondaires du curcuma en complément ?

gélules de curcumine dans une main et racines de curcuma posées sur une table en bois

En plus d’être utilisé en cuisine, le curcuma est un ingrédient présent dans des compléments alimentaires. Mais l’absorption du curcuma n’est pas la même s’il est consommé dans un plat épicé ou sous forme de gélule concentrée en complément alimentaire. Dans cet article nous allons passer en revue les effets secondaires possibles liés à la consommation de curcuma en complément alimentaire.

Le curcuma (Curcuma longa), aussi appelé safran des Indes, est employé depuis des millénaires comme épice, colorant, mais aussi pour ses propriétés médicinales en médecine ayurvédique. La poudre de curcuma, extraite du rhizome de la plante, donne sa couleur jaune au curry.

Comme complément alimentaire, le curcuma est utilisé pour ses propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes, antimicrobiennes, anticancer… Beaucoup de gens achètent donc des compléments alimentaires contre diverses maladies (sclérose en plaques, arthrite rhumatoïde, arthrose, etc.).

Mais les études manquent souvent chez l’homme pour prouver tous les bienfaits du curcuma et beaucoup sont exagérés, comme nous le rappelions dans notre article : pourquoi le curcuma ne marche pas.
Le curcuma contient des principes actifs qu’on appelle les curcuminoïdes, dont la curcumine, qui est la plus abondante. Dans les compléments alimentaire extrait de curcuma, la curcumine est fortement concentrée ce qui peut aboutir à des effets secondaires qui n’existe pas avec le curcuma naturel utilisé en cuisine.

De plus, comme la curcumine est mal absorbée au niveau de l’intestin, elle est souvent associée à la pipérine (extrait de poivre noir) pour améliorer son absorption par l’organisme. Certaines formulations tentent aussi d’augmenter sa biodisponibilité grâce à l’encapsulation liposomale, des nanoparticules ou des émulsions. Se faisant, ces additifs peuvent créer de nouveaux effets indésirables.

Intoxications au curcuma en Italie et en Belgique

En 2019, en Italie et en Belgique, les autorités sanitaires ont retiré du marché des lots de compléments alimentaires de curcuma riches en curcumine en raison de cas d’hépatites liés à ces produits.

En Italie, une vingtaine de cas d’hépatites liés à la consommation de ces compléments ont été recensés et une vingtaine de produits rappelés. C’est le cas de lots de Curcumina Plus 95 % de la société NI.VA di Destro Franco & Massetto Loretta S.N.C., qui ont été parmi les premiers retirés, puis la liste s’est allongée. Les produits incriminés furent ensuite : Rubigen turmeric and piperine de Naturfarma, Versalis de Geofarma, Curcumin + piperin de Vegavero, Tendisulfure Forte de Nutrilinea, Cartijoint Fort de Sigmar…

Le mécanisme par lequel le complément favorise l’hépatite n’a pas été clairement identifié. D’après le ministère de la santé italien, les analyses sur les échantillons de compléments n’ont pas permis d’identifier des contaminants ou des molécules qui seraient à l’origine des hépatites. Le ministère en conclut que « les causes sont probablement liées à des conditions particulières de sensibilité individuelle. » ((Ministère de la santé italien. Integratori alimentari contenenti estratti e preparati di Curcuma longa. 26 juillet 2019.))

En Belgique, les autorités sanitaires ont également rappelé des produits. Ainsi, la société Plastimea a retiré de la vente son curcuma liposomal associé au poivre noir de Nutrimea, une marque basée en France.
En juillet 2019, le ministère de la santé italien a demandé que ces compléments portent une mention pour signaler ce risque : « En cas d’altérations de la fonction du foie, de la fonction biliaire ou de calculs biliaires, l’utilisation du produit n’est pas recommandée. Si vous prenez des médicaments, vous devriez consulter un médecin. »

Des effets secondaires décrits dans la littérature scientifique

Plusieurs articles médicaux ont décrit des cas d’hépatites liés à la prise de curcuma. Par exemple, en 2018, aux États-Unis, une femme de 71 ans a développé une hépatite auto-immune, une maladie dans laquelle le système immunitaire s’attaque aux cellules du foie, provoquant une élévation des enzymes hépatiques dans le sang. Les problèmes hépatiques de la patiente se sont résolus après qu’elle ait arrêté les compléments de curcuma ((Lukefahr et al. Drug-induced autoimmune hepatitis associated with turmeric dietary supplement use. BMJ Case Reports. 2018.)).

Des chercheurs australiens ont aussi décrit deux cas d’hépatites sévères liées à des compléments au curcuma, le premier chez une femme de 52 ans et le second chez un homme de 55 ans ((Luber et al. Turmeric Induced Liver Injury: A Report of Two Cases. Case reports in Hepatology. 2019.)).

Dans le premier cas, la patiente a consulté un mois après avoir commencé le complément. Elle avait des nausées, une jaunisse et des urines sombres, mais ne présentait pas d’antécédent de maladie hépatique. La patiente prenait un complément contenant 375 mg de curcuminoïdes et 4 mg de poivre noir, ainsi qu’un complément d’huile de lin, et parfois du diclofénac contre ses douleurs d’arthrose.

Dans un premier temps, elle a arrêté tous les compléments et les médecins ont pensé que l’atteinte hépatique était liée au diclofénac. Mais deux mois plus tard, elle a recommencé à prendre du curcuma et, au bout de trois semaines, des nausées sont apparues. Des tests médicaux ont alors révélé une hépatite. On lui a conseillé d’arrêter le curcuma et deux mois plus tard son foie allait mieux.

Comme les auteurs le soulignent dans leur article : de manière paradoxale, la curcumine a été étudiée pour ses bienfaits pour le foie… De nombreuses recherches ont testé le curcuma dans différentes conditions médicales. En 2018, des chercheurs ont passé en revue les effets secondaires possibles ((Soleimani et al. Turmeric (Curcuma longa) and its major constituent (curcumin) as nontoxic and safe substances: Review. Phytother Res. 2018.)). Ils sont arrivés à la conclusion que :

  • le curcuma et la curcumine ne provoquent pas de mutations,
  • chez l’homme, la curcumine est sans danger pour des doses de 6 g par jour pendant 4 à 7 semaines,
  • des troubles gastro-intestinaux sont possibles (diarrhée, reflux, nausée…),
  • il n’y a pas de risque pour la grossesse d’après les études sur les animaux, mais les preuves manquent chez la femme.

Cependant, les compléments de curcuma apportent de l’oxalate qui, en grande quantité, favorise les calculs rénaux, composés d’oxalate de calcium. Une petite étude de 2008 a ainsi trouvé que la consommation de compléments de curcuma augmentait la sécrétion urinaire d’oxalate et donc le risque de calculs rénaux ((Tang et al. Effect of cinnamon and turmeric on urinary oxalate excretion, plasma lipids, and plasma glucose in healthy subjects. Am J Clin Nutr. 2008.)). Dans une autre étude sur un complément de curcumine, des maux de tête ont été relevés parmi les effets secondaires possibles ((Lao et al. Dose escalation of a curcuminoid formulation. BMC Complement Altern Med. 2006.
)).

L’agence européenne du médicament déconseille le curcuma aux enfants et adolescents, ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes ((European Medicines Agency. European Union herbal monograph on Curcuma longa L. (C. domestica Valeton), rhizome. 2017.)). Cela ne signifie pas que la consommation soit nécessairement dangereuse chez ces personnes mais tout simplement qu’aucune étude n’a testé la supplémentation avec un complément concentré dans cette population.

Pendant la grossesse, les substances consommées par la mère passent rapidement dans le sang et gagnent le foetus, c’est ainsi que de nombreuses molécules peuvent devenir dangereuses même si elles ne le sont pas chez l’adulte.

De plus, comme le curcuma stimule les sécrétions biliaires, il est contre-indiqué chez les personnes souffrant d’obstruction des voies biliaires et d’autres maladies biliaires.

Interactions avec les médicaments

Les études en laboratoire sur la curcumine concentrée ont mis en évidence que cette substance pouvait inhiber la coagulation des plaquettes sanguines ((Shah BH, Nawaz Z, Pertani SA, et al. Inhibitory effect of curcumin, a food spice from turmeric, on platelet-activating factor- and arachidonic acid-mediated platelet aggregation through inhibition of thromboxane formation and Ca2+ signaling. Biochem Pharmacol. 1999;58(7):1167-1172.)), ((Srivastava KC, Bordia A, Verma SK. Curcumin, a major component of food spice turmeric (Curcuma longa) inhibits aggregation and alters eicosanoid metabolism in human blood platelets. Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids. 1995;52(4):223-227. )). Il pourrait donc y avoir un risque de saignement chez les personnes qui prennent des anticoagulants ou des antiplaquettaires tels que l’aspirine, le clopidogrel (Plavix), l’héparine, la warfarine (Coumadine) ou d’autres. Cet effet n’existe pas avec du curcuma classique que vous utilisez en cuisine car il n’est pas assez concentré en curcumine.

Enfin, d’autres études ont identifié que l’extrait de poivre noir (pipérine) souvent ajouté au curcuma pouvait interférer avec des transporteurs au niveau intestinal ainsi qu’avec les enzymes du cytochrome P450. Cela aurait pour conséquence d’augmenter la biodisponibilité et de ralentir l’élimination de médicaments comme la phenytoïne, le propranolol (bêta-bloquant), la théophylline ou la carbamazépine (Tegretol) ((Bano G, Raina RK, Zutshi U, Bedi KL, Johri RK, Sharma SC. Effect of piperine on bioavailability and pharmacokinetics of propranolol and theophylline in healthy volunteers. Eur J Clin Pharmacol. 1991;41(6):615-617.)), ((Pattanaik S, Hota D, Prabhakar S, Kharbanda P, Pandhi P. Pharmacokinetic interaction of single dose of piperine with steady-state carbamazepine in epilepsy patients. Phytother Res. 2009;23(9):1281-1286.)), ((Velpandian T, Jasuja R, Bhardwaj RK, Jaiswal J, Gupta SK. Piperine in food: interference in the pharmacokinetics of phenytoin. Eur J Drug Metab Pharmacokinet. 2001;26(4):241-247. )).

En conclusion, la curcumine est globalement sans risque. Mais si vous constatez des troubles intestinaux, des nausées, ou si vous prenez un traitement médicamenteux, consultez votre médecin. Évitez la curcumine si vous souffrez de maladies du foie, de calculs biliaires, d’obstruction des voies biliaires, si vous souffrez de problèmes de coagulation du sang ou si vous prenez des médicaments qui perturbent la coagulation. Il est recommandé de prendre l’avis de son médecin en cas de traitement contre l’épilepsie ou de traitement anti arythmique car la curcumine peut perturber le fonctionnement de ces médicaments.


Références :

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