Un manque d’oméga-3 augmenterait fortement le risque de sclérose en plaques
Modifié le 29 août 2024
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Maladie neurologique progressive la plus courante parmi les jeunes adultes, la sclérose en plaques est sous l’influence de multiples facteurs. L’alimentation joue notamment un rôle capital et, parmi ces composantes, les oméga-3 sont associés à des bienfaits remarquables. Limiter leur apport reviendrait à se priver de leur action préventive contre la maladie, et de leur capacité à améliorer le quotidien des patients lorsqu’elle est installée.
Apports en oméga-3 et sclérose en plaques
Dans l’alimentation, l’une des principales sources d’oméga-3 provient des poissons et plus généralement des produits de la mer. Ils peuvent en effet afficher de fortes teneurs en acide eicosapentaénoïque (EPA) et en acide docosahexaénoïque (DHA). Les premiers indices suggérant leur effet protecteur dans le contexte de la sclérose en plaques remontent à la moitié du siècle dernier.
Prévention du risque de développer la maladie
Dans les années 1950, le Dr. Roy Laver Swank, un neurologue américain, a publié le fruit de ses observations sur l’incidence de maladie en Norvège. Il constate qu’elle est plus faible dans les régions côtières que dans le centre du pays. Une des différences majeures entre ces deux zones réside dans le régime alimentaire des habitants. Les premiers consomment davantage de produits venant de la pêche, les seconds plutôt de la viande et des produits laitiers.
Impact bénéfique du poisson et de ses dérivés
De nombreux travaux ont par la suite pu établir de façon plus formelle une association entre la consommation de poissons et des nutriments dont ils sont riches et le risque de développer la sclérose en plaques. Une étude suédoise, menée auprès d’environ 6 000 personnes, a par exemple mis en évidence une diminution du risque de 18% chez les participants consommant fréquemment du poisson.
Dans un groupe d’enfants et d’adolescents, manger du poisson au moins trois fois par semaine a été associé à un risque réduit de 45%. Chez les jeunes de 13 à 18 ans, la prise d’huile de foie de morue, un produit concentré en EPA et DHA, le fait chuter de 33%. Fait intéressant, ce type de supplémentation administrée durant l’enfance ne s’avère pas protecteur.
Oméga-3 marins versus végétaux

Certaines de ces recherches apportent des précisions sur la nature exacte des nutriments protecteurs.
Dans une étude menée auprès de 267 personnes atteintes de sclérose en plaques et 517 témoins, une consommation élevée d’oméga-3 a été globalement associée à une diminution du risque de premier diagnostic de démyélinisation du système nerveux central – la sclérose en plaques étant l’une des principales maladies caractérisées par cette situation – de 39%.
En examinant les données dans le détail, les chercheurs ont constaté que l’effet bénéfique est plus prononcé avec les oméga-3 de source marine qu’avec ceux de sources végétales (46% de risque en moins contre 25%). Ces derniers sont représentés par l’acide alpha-linolénique (ALA), présent en bonne quantité dans l’huile de colza ou de lin notamment.
Un meilleur état de santé des malades
S’assurer de bons apports alimentaires en oméga-3 apparaît ainsi comme une moyen de limiter le risque de développement de la sclérose en plaques. Si la maladie est déclarée, ces nutriments sont en mesure de continuer à apporter des bienfaits, comme l’indique une étude menée chez près de 2 500 patients. Leurs habitudes alimentaires concernant la consommation de poisson et la supplémentation en oméga-3 ont été analysées et mises en regard de leur état de santé.
Les participants qui consommaient du poisson au moins trois fois par semaine, ou qui prenaient des compléments d’oméga-3, présentaient des niveaux de handicap plus faibles que le reste du groupe. Ils bénéficiaient également d’une meilleure qualité de vie. Ces habitudes isolées n’avaient en revanche pas d’impact sur le taux de rechute. Une légère amélioration de ce paramètre était constatée uniquement chez les malades qui consommaient à la fois du poisson et de l’huile de lin. Chez ceux-ci, la stabilité de la maladie était augmentée.

Des chercheurs ont procédé à une méta-analyse de 7 études du même type, ayant évalué les effets de la supplémentation en oméga-3 chez des adultes atteints de sclérose en plaques. Elle a révélé l’intérêt de cette approche, qu’ils résument ainsi :
«Les supplémentations en oméga-3 et en huiles de poisson ont des effets bénéfiques sur la réduction du taux de rechute, les marqueurs inflammatoires et l’amélioration de la qualité de vie des patients atteints de sclérose en plaques ».
Welayah Ali AlAmmar et al.
Influence des particularités génétiques
L’action protectrice des oméga-3 pourrait être modulée par notre patrimoine génétique. Cet élément a été mis en lumière lors d’une étude conduite auprès de 1 153 personnes recrutées en Caroline du sud aux États-Unis.
Dans ce groupe, 552 patients souffraient de sclérose en plaques ou de syndrome clinique isolé (SCI) et 601 étaient en bonne santé, faisant office de témoins. Le SCI correspond à un épisode unique de symptômes neurologiques d’une durée minimale de 24 heures, qui évoque la sclérose en plaques.
Les analyses ont confirmé l’effet protecteur mis en évidence dans les études précédentes. Les personnes qui avaient des apports élevés en oméga-3 réduisaient de 44 % leur risque de sclérose en plaques ou de SCI, par rapport à celles qui mangeaient des produits de la mer moins d’une fois par mois et ne se complémentaient pas en acides gras oméga-3.
Efficacité variable de transformation des acides gras
Elle a également montré que certaines variations génétiques liées au métabolisme des acides gras polyinsaturés ont une influence directe sur ce risque. Deux formes particulières du gène FADS2 étaient associés à un risque réduit de sclérose en plaques, de 25% pour l’un, et 20% pour l’autre.
Ce gène code pour une enzyme, la désaturase d’acide gras, qui participe aux modifications biochimiques se produisant sur les précurseurs d’acides gras polyinsaturés présents dans les plantes. Elle contribue à la fabrication des acides gras polyinsaturés actifs pour l’organisme – ceux qu’on retrouve dans le poisson, EPA et DHA – à partir de l’ALA végétal.
Ces deux formes du gènes rendent ainsi l’enzyme plus efficace, optimisant les niveaux d’EPA et de DHA dans l’organisme. Ils peuvent alors exercer leurs bienfaits, pour prévenir la maladie ou orienter favorablement son évolution.
Les oméga-3 tempèrent l’inflammation de la sclérose en plaques
Les effets bénéfiques des oméga-3 reposent principalement sur leurs propriétés anti-inflammatoires, qui assurent une neuroprotection efficace.
Effets sur les messagers inflammatoires
La sclérose en plaques se caractérise par une inflammation chronique du système nerveux central. Elle représente un facteur clé dans le développement et la progression de la maladie, entraînant des lésions des neurones et une destruction de la gaine de myéline. Cette structure entoure les fibres nerveuses, optimisant la conduction des impulsions électriques.
L’inflammation est en grande partie médiée par des messagers pro-inflammatoires comme le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α). Des niveaux élevés de ces cytokines sont souvent observés pendant les poussées de la maladie, exacerbant les symptômes et les dommages nerveux. Une étude a par exemple montré qu’une quantité accrue de TNF-α est identifiée dans 44% des échantillons de cellules sanguines prélevés pendant les phases de rechutes, contre 12% des échantillons obtenus lors des périodes de rémissions. Par ailleurs, la quantité de TNF-α présente dans le liquide entourant le cerveau est associée à la progression de la maladie et au degré de handicap des patients.
Plusieurs études ont mis en évidence la capacité des oméga-3 à atténuer cette surproduction de cytokines inflammatoires. Dans le cadre de l’une d’elles, 50 personnes atteintes d’une forme récurrente-rémittente de sclérose en plaques ont reçu chaque jour des capsules contenant 4g d’huile de poisson (0,8g d’EPA et 1,6g DHA) ou un placebo pendant 12 mois. Le traitement a conduit à une baisse des niveaux sanguins de TNF-α de 43%, d’IL-1β de 50% et d’IL-6 de 48%.

Cette diminution apparaît plus marquée en cas de supplémentation avec de l’huile de poisson qu’avec de l’huile de lin. Dans une étude menée auprès de volontaires non atteints de sclérose en plaques, la prise d’huile de lin pendant 4 semaines a conduit à une réduction de production de TNF-α et d’IL-1β d’environ 30%. La supplémentation en huile de poisson sur la même durée a quant à elle réduit la quantité de TNF-α de 74% et celle d’IL-1β de 80%.
Optimisation de la composition des membranes cellulaires
La nature des acides gras que nous consommons influence la composition de nos membranes cellulaires. En effet, ils sont incorporés dans les phospholipides qui les constituent à hauteur de 50%, modifiant ainsi leurs propriétés physiques et fonctionnelles.
Des chercheurs ont comparé la composition en acides gras de la membrane cellulaire chez 14 personnes atteintes de sclérose en plaques et 100 personnes épargnées par la maladie. Ils ont découvert que les oméga-3 sont moins abondants chez les malades. Globalement, les acides gras polyinsaturés étaient moins représentés, et cette déficience était compensée par une augmentation de la quantité d’acides gras saturés. Ces singularités dans la composition des membranes cellulaires des patients se traduisent par une baisse de leur fluidité. Elles ont des répercussions importantes sur la production d’eicosanoïdes. Ces composés, qui incluent les prostaglandines, les leucotriènes et les thromboxanes, sont en effet des dérivés des acides gras présents dans les membranes cellulaires.
Atténuation de la signalisation pro-inflammatoire
Des chercheurs ont étudié l’impact de la supplémentation en oméga-3 sur la production de ces eicosanoïdes. Ils ont constitué un groupe de 20 patients et de 15 personnes en bonne santé, supplémentées pendant 6 mois. L’intervention a provoqué une baisse de la production de prostaglandine E2 (PGE2) et de leucotriène B4 (LTB4) dans les cellules sanguines.
La PGE2 et le LTB4 sont les principaux eicosanoïdes aux propriétés pro-inflammatoires, qui dérivent de l’acide arachidonique, un oméga-6. Ils jouent un rôle actif en cas de sclérose en plaque, contribuant à l’inflammation et à la destruction de la myéline. En entrant en compétition avec l’acide arachidonique pour l’accès aux enzymes de conversion, les oméga-3 réduisent la synthèse de ces eicosanoïdes pro-inflammatoires, contribuant à atténuer les processus pathologiques.
De nombreux facteurs alimentaires apparaissent ainsi en mesure de jouer un rôle modulateur dans le cadre de la sclérose en plaques. S’il est favorable pour les uns, comme les oméga-3 et la vitamine D, qui agissent d’ailleurs en synergie, ou la biotine à haute dose, il peut être délétère pour d’autres, notamment par l’intermédiaire d’une augmentation de la perméabilité intestinale. Vous pouvez retrouver leur liste complète dans mon livre Vaincre la sclérose en plaques (best-seller en France).
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