Sclérose en plaques : la perméabilité intestinale influencerait la maladie
Modifié le 31 juillet 2024
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Dans plusieurs pathologies auto-immunes, des chercheurs ont observé une perméabilité intestinale plus importante chez les patients. L’intestin, qui est l’organe où les nutriments sont absorbés, doit aussi jouer un rôle de barrière pour empêcher des micro-organismes ou des molécules toxiques d’entrer dans l’organisme. Cette fonction de barrière est rendue possible par les jonctions serrées situées entre les cellules de la paroi intestinale. Mais si la barrière devient perméable, elle laisse passer des toxines, des antigènes, des bactéries, autant d’éléments susceptibles de déclencher des réactions immunitaires.
Une perméabilité intestinale accrue dans la sclérose en plaques
Une étude pilote menée en 2017 auprès de 40 personnes a mis en évidence une fréquence accrue des problèmes de perméabilité intestinale en cas de sclérose en plaque (SEP). Dans ce groupe, 73% des patients atteints par cette maladie étaient concernés, contre 28% des personnes en bonne santé faisant office de témoin.
Dans un article paru en juillet 2019 dans Multiple Sclerosis Journal, des chercheurs de l’université de Calgary (Canada) ont étudié 126 patients souffrant de SEP. Parmi eux, 57 étaient atteint d’une forme récurrente-rémittente (SEP-RR), qui se manifeste par des poussées de symptômes neurologiques suivies de périodes de rémission partielle ou complète, et 69 d’une forme primaire progressive (SEP-PP), caractérisée par une aggravation progressive des symptômes sans périodes de rémission distinctes. Un groupe de personnes en bonne santé servait de contrôle.
Des analyses sanguines ont été réalisées chez l’ensemble des participants, pour doser différents biomarqueurs évocateurs de la perméabilité intestinale. Les résultats ont indiqué une altération de leurs niveaux chez les malades, en comparaison au groupe contrôle. Ces éléments viennent donc corroborer les données de l’étude pilote, avec une plus grande fiabilité en raison de la taille supérieure de l’échantillon.
L’un de ces biomarqueurs, la zonuline, était associé à la progression de la maladie sur un an dans la SEP-PP, et avec la rupture de la barrière hémato-encéphalique, dans la SEP-RR.
La zonuline augmente la perméabilité des barrières hémato-encéphalique et intestinale

StatPearls Publishing. CC BY-NC-ND 4.0
Habituellement, la barrière hémato-encéphalique empêche le passage de molécules indésirables dans le cerveau. Du point de vue anatomique, cette « étanchéité » est assurée par un réseau de vaisseaux sanguins dans lesquels les cellules endothéliales sont soudées entre elles grâce aux jonctions serrées.
La zonuline est produite par les cellules intestinales, mais aussi par des cellules du système immunitaire, les macrophages. Dans l’intestin, cette protéine s’associe aux cellules épithéliales et facilite la rupture des jonctions serrées, et donc la « fuite » de l’intestin. Des travaux in vitro suggèrent que la zonuline favorise aussi la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique par un mécanisme similaire, en agissant sur les jonctions serrées.
La zonuline serait donc à la fois un marqueur de la perméabilité de l’intestin et de la barrière hémato-encéphalique. Les auteurs concluent :
« Cela pourrait expliquer comment l’axe intestin-cerveau module la neuroinflammation en cas de sclérose en plaques ».
Carlos R Camara-Lemarroy et al.
L’alimentation influence bien l’évolution de la SEP
En d’autres termes, ces nouveaux travaux confirment que la perméabilité intestinale et la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique sont étroitement liées. Les interventions permettant d’agir sur les intestins peuvent donc se traduire par des bénéfices sur le système nerveux des personnes atteintes de sclérose en plaques.
Par ailleurs, d’autres travaux démontrent un lien fort entre l’alimentation et l’augmentation de la perméabilité intestinale via la zonuline. De plus, certains déficits en vitamines ou oligoéléments jouent également un rôle. Ce nouvel élément pourrait donc aussi contribuer à expliquer l’action bénéfique de la vitamine D dans la sclérose en plaques par exemple. Ces résultats confirment les conseils et explications données dès 2016 dans mon livre Vaincre la sclérose en plaques.
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