Une simple vitamine ferait régresser la sclérose en plaques
Modifié le 26 août 2024
Temps de lecture : 6 minutes
•julienvenesson.fr ce n’est pas que des formations professionnelles en nutrition, la sélection des meilleurs livres et des consultations avec des nutritionnistes, c’est aussi les réponses à vos questions dans les articles du blog. Bonne lecture !•
Face à la forme progressive de la sclérose en plaques, les options thérapeutiques sont peu nombreuses. Une piste est à l’étude depuis quelques années : l’usage d’une dose conséquente de biotine, une vitamine qui pourrait améliorer la fonction neuronale et favoriser la réparation des dommages causés par la maladie.
Quelle est efficacité de la biotine contre la sclérose en plaques ?
À ce jour, il n’existe pas de solution curative pour la sclérose en plaques. La recherche médicale se concentre donc sur la réalisation d’essais cliniques pour identifier de nouveaux traitements potentiels visant à soulager les patients. Parmi ces candidats, l’un a suscité un certain espoir : une formule contenant une dose élevée de biotine, ou vitamine B8. La quantité journalière utilisée, allant jusqu’à 300mg par jour, est 7 500 fois supérieure à l’apport satisfaisant fixé pour cette vitamine en France (40μg/jour).
Une étude préliminaire enthousiasmante
La première étude clinique ayant évalué l’intérêt de cette approche a été conduite en 2015, auprès de 23 personnes atteintes d’une forme progressive de la maladie. Elle a été le fruit d’un travail conjoint entre plusieurs équipes françaises : le pôle neurologie de la Pitié Salpêtrière, l’unité neuro-métabolique de l’université Paris 6, l’hôpital Pasteur de Nice, le CHU de Reims, la Fondation Ophtalmologique Adolphe de Rothschild et le Laboratoire de Psychopathologie et de Neuropsychologie de l’université Paris 8.
Les volontaires ont reçu 100 à 300mg de biotine sur une période s’étalant de 2 à 36 mois. À l’issue du traitement, des bienfaits ont été observés chez 21 malades, soit plus de 90% du groupe.
L’ensemble des fonctions neurologiques a semblé bénéficier du traitement : la vision, la marche, l’état psychologique, la fatigue, l’équilibre… En revanche, il n’a eu aucun effet sur la fréquence des poussées. Aux doses utilisées, la biotine a provoqué occasionnellement des troubles du transit, mais aucun autre effet secondaire.
Les bénéfices ont mis plus ou moins longtemps à apparaître selon la gravité de l’atteinte. Les handicaps légers se sont améliorés à partir de deux mois de traitement, tandis que les handicaps lourds se sont améliorés à partir de 8 mois de traitement.
Des bienfaits confirmés lors du premier essai de phase III
Cette étude préliminaire comportait toutefois des limites. Elle portait sur un petit nombre de patients, aux profils très différents et ne présentait pas de groupe placebo. L’année suivante, les résultats d’un essai clinique de phase III au protocole plus solide, baptisé MS-SPI, ont été publiés. Il a porté sur 154 personnes, également atteintes d’une forme progressive de la maladie. Elles ont bénéficié du traitement à base de biotine ou d’un placebo, pendant une première phase d’un an.

Au sein de ce groupe, 13 personnes sur les 103 ayant bénéficié de la biotine ont vu leur situation s’améliorer. Chez les 51 personnes du groupe placebo, aucune n’a connu un tel avantage.
Cet essai clinique a comporté une phase d’extension d’un an, au cours de laquelle l’ensemble des participants a bénéficié de la biotine. Au final, 13,2% des personnes ayant reçu la biotine ont présenté une réduction du handicap lié à la sclérose en plaques après 18 mois, et 15,4% à la fin des deux ans. Dans le groupe qui avait d’abord reçu un placebo, puis la biotine, ces chiffres ont atteint 7,1% après à 18 mois et 11,9% à 24 mois.
Un dernier essai clinique décevant
L’enthousiasme suscité par ces deux premières études cliniques est cependant en partie retombé en 2020, lors de la publication des résultats du second essai clinique de phase III, SPI2. Il avait été conduit auprès d’un plus vaste panel de 642 patients de 13 pays différents, dans l’espoir de confirmer ces bienfaits.
L’amélioration de l’état de santé des participants après 12 mois de traitement, confirmée après 15 mois, a concerné 12% du groupe ayant reçu la biotine, contre 9% du groupe placebo. Cette différence n’est pas significative sur le plan statistique.
Des travaux ultérieurs seront dans ce contexte nécessaires pour déterminer si cette piste est une impasse, ou mieux cerner le profil des malades qui pourraient en bénéficier.
Les possibles mécanismes protecteurs
Pour comprendre les potentiels bienfaits de la biotine en cas de sclérose en plaques, il est nécessaire de s’intéresser à l’action biologique de cette vitamine dans le cerveau.
Lorsque nous consommons des aliments qui contiennent de la biotine comme le jaune d’œuf, le foie ou les champignons, celle-ci est assimilée au niveau du système digestif et gagne la circulation sanguine. Elle est alors distribuée dans l’ensemble de l’organisme et dispose de transporteurs qui lui permettent de franchir la barrière hématoencéphalique pour atteindre le cerveau. Cet organe, avec le foie et les reins, fait partie des régions du corps les plus riches en biotine. Elle y remplit des rôles essentiels, et l’un des signes de la carence en vitamine B8 est d’ailleurs la survenue de dysfonctionnements neurologiques.
Stimulation de la formation de la myéline
La biotine est nécessaire à l’activité de certaines enzymes, notamment des deux formes de l’acétyl-CoA carboxylase (ACC1 et ACC2), impliquées dans le métabolisme des acides gras.
Dans le cerveau, elles sont principalement exprimées au niveau des oligodendrocytes. Ces cellules assurent la formation de la gaine de myéline, l’enveloppe de nature essentiellement lipidique qui est endommagée en cas de sclérose en plaques. Entourant les extensions des neurones, les axones, elle optimise la conduction des messages. Ces deux enzymes permettent la production de malonyl-CoA à partir de l’acéytl-CoA, qui est utilisé pour la formation des acides gras.

La biotine, en tant que co-facteur de l’enzyme ACC, favoriserait la réparation de la gaine de myéline.
L’ACC1 est localisée dans le cytoplasme des cellules. Son activité conduit donc à augmenter la quantité de malonyl-CoA à cet endroit, ce qui stimule la synthèse des acides gras.
L’ACC2 est quant à elle localisée principalement à la périphérie des mitochondries. Elle inhibe l’action d’une enzyme, la carnitine palmitoyltransférase 1, une enzyme clé dans le transport des acides gras au sein de ces organites pour leur oxydation. Elle permet de cette manière d’augmenter la disponibilité des acides gras pour la synthèse de la myéline, en les préservant de la dégradation.
L’administration de doses importantes de biotine pourrait donc favoriser l’activité de ces deux formes de l’acétyl-CoA carboxylase, et de cette manière stimuler la réparation de la gaine de myéline.
Restauration de la production d’ATP dans les neurones
Dans le cadre de la sclérose en plaques, la production de la molécule d’ATP – la source d’énergie cellulaire – apparaît compromise au niveau des axones endommagés. Ce phénomène résulte d’un défaut de fonctionnement des mitochondries des neurones, ce qui risque de provoquer la dégénérescence de ces cellules.

La biotine pourrait inverser ce processus par son rôle de co-facteur pour trois enzymes impliquées dans le cycle de Krebs. Cette cascade de réactions chimiques, qui se déroule au sein des mitochondries, assure la synthèse de l’énergie cellulaire.
Les enzymes concernées sont la pyruvate carboxylase (PC), la 3-méthylcrotonyl-CoA carboxylase (MCC) et la propionyl-CoA carboxylase (PCC) qui, au niveau cérébral, sont produites par les neurones et les astrocytes.
En optimisant les niveaux d’ATP au sein de ces cellules, l’administration de biotine réduirait les dysfonctions des neurones touchés par la maladie. Des travaux ont montré qu’une carence en vitamine B8 se traduit par une baisse de la quantité de cette molécule énergétique dans l’organisme.
Un risque d’interférence avec les examens biologiques
Un élément est à prendre en compte par rapport à l’usage thérapeutique de doses élevées de biotine, mis en exergue par des chercheurs du Centre sur la sclérose en plaques de Boston aux États-Unis.
Elles risquent en effet de fausser les résultats de différents examens sanguins, laissant supposer l’existence d’une pathologie ou, au contraire, cacher un problème de santé existant. Les anomalies détectées à ce jour sont les suivantes :
- perturbation très importante du dosage des différentes hormones thyroïdiennes, pouvant faire faussement croire à la présence d’une hyperthyroïdie sévère. On retrouve un niveau de TSH très abaissé et des niveaux de T4 et T3 (les hormones thyroïdiennes) très élevées ;
- apparition d’un taux de vitamine D dans le sang deux fois plus élevé qu’il ne l’est en réalité. Ce paramètre est crucial, puisque la vitamine D est recommandée pour lutter contre la sclérose en plaques. Le risque est alors de trop abaisser la dose, ce qui la rendrait inefficace ;
- affichage à la baisse des niveaux de PSA (antigène spécifique de la prostate). La prise de biotine peut diviser par 20 le résultat réel, perturbant la détection d’un éventuel cancer de la prostate ou son traitement.
Dans tous les cas, ces anomalies ne sont pas la résultante directe d’une toxicité de la biotine, mais d’une interférence avec les méthodes de dosages biologiques. Ces effets sont très rapidement réversibles, en quelques jours seulement. Les chercheurs recommandent donc de cesser de prendre de la biotine pendant 3 à 4 jours avant de faire une prise de sang.
Autres articles




