Un antidépresseur efficace en 40 minutes

A l’heure d’aujourd’hui les antidépresseurs utilisés ne sont censés être efficaces qu’au bout de plusieurs semaines. Ceci pose un problème sérieux : attendre 2 à 3 semaines lorsqu’on est dépressif, c’est long.  Cette latence serait liée au mécanisme d’action des antidépresseurs : leur influence sur la sérotonine et la dopamine modifierait la régulation de certains récepteurs, un processus qui demande un peu de temps, pour que l’effet antidépresseur se fasse sentir.

Un peu d’histoire

La psychiatrie utilisatrice de la pharmacologie est relativement nouvelle. Les deux classes de médicaments principaux (les antidépresseurs d’un côté, surtout utilisés dans la dépression, et les antipsychotiques de l’autre, surtout utilisés dans la schizophrénie) ont été découverts dans les années 1950, et tous deux par hasard.

Le premier antidépresseur, l’IMIPRAMINE, a donné lieu à toutes sortes de recherches et la croyance d’une cause purement biologique à la dépression a poussé les laboratoires à croire au modèle « monoaminergique ». Ce modèle théorique stipule que la dépression est provoquée par un manque de sérotonine ou de dopamine ou d’un autre neurotransmetteur et que c’est la restauration de ces neurotransmetteurs qui fait disparaître la dépression. On parle de théorie monoaminergique de la dépression.
Cette thèse a donné naissance à la famille des antidépresseurs ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) des antidépresseurs moins efficaces que leurs ancêtres mais au profil d’effets secondaires plus favorables.

Néanmoins, le mécanisme d’action exact des antidépresseurs est mal connu. La théorie monoaminergique de la dépression est maintenant reconnue comme incomplète (pour ne pas dire fausse). Un certain nombre d’éléments permettent de parvenir à cette conclusion (1) et notamment le fait qu’il existe des antidépresseurs qui agissent de manière opposée aux ISRS, en augmentant la capture de neurotransmetteurs, notablement la TIANEPTINE et l’OPIPRAMOL. Pour finir, les modèles expérimentaux de déplétion monoaminergique (on fait chuter à l’aide d’un médicament le taux de sérotonine) se sont révélés incapables de provoquer la dépression chez les personnes en bonne santé.

Antidépresseur en 40 minutes

La théorie monoaminergique de la dépression implique qu’un effet antidépresseur d’une molécule ne peut être instantané car elle nécessite une régulation des récepteurs qui prend effet au bout de plusieurs jours/semaines.

Une nouvelle étude vient de montrer que la KETAMINE pouvait produire un effet antidépresseur chez des patients atteints de dépression majeure dans le trouble bipolaire en moins d’une heure. Dans une étude randomisée sur une quinzaine de patients elle a été efficace dans 79% des cas avec un début d’action au bout de 40 minutes et persistant jusqu’à 3 jours avec une seule injection. L’idéation suicidaire a été fortement diminuée, signe d’un puissant effet antidépresseur et d’un mécanisme d’action bien différent des antidépresseurs classiques.

La KETAMINE est une substance utilisée à forte dose comme anesthésiant chez les enfants ou dans des situations d’urgence (opérations pendant la guerre). Il s’agit d’un antagoniste des récepteurs NMDA.

Cette étude confirme des résultats précédents (2) et ouvre la voie vers de nouveaux traitements antidépresseurs futurs, plus efficaces et peut-être possédant moins d’effets secondaires.

Il existe un antagoniste NMDA non compétitif naturel, il s’agit du magnésium. Ceci explique probablement pourquoi le déficit en magnésium augmente le risque de dépression ou d’anxiété. Il peut être utilisé en anesthésie par injection comme adjonction aux molécules classiques.

Pour aller plus loin sur l’alimentation et la dépression :

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Références : (1) Heninger GR, Delgado PL, Charney DS. The revised monoamine theory of depression: a modulatory role for monoamines, based on new findings from monoamine depletion experiments in humans. Pharmacopsychiatry. 1996 Jan;29(1):2-11.

(2) Autry AE, Adachi M, Nosyreva E, Na ES, Los MF, Cheng PF, Kavalali ET, Monteggia LM. NMDA receptor blockade at rest triggers rapid behavioural antidepressant responses. Nature. 2011 Jun 15;475(7354):91-5. doi: 10.1038/nature10130.

Zarate CA Jr, Brutsche NE, Ibrahim L, Franco-Chaves J, Diazgranados N, Cravchik A, Selter J, Marquardt CA, Liberty V, Luckenbaugh DA. Replication of Ketamine’s Antidepressant Efficacy in Bipolar Depression: A Randomized Controlled Add-On Trial. Biol Psychiatry. 2012 Jun 1;71(11):939-46.

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No Comment

  • François  10 juin 2012 at 23 h 07 min

    Bonsoir Julien,
    En parlant d’efficacité que pense-tu au sujet des nootropiques? Je suis plutôt anxieux de nature et le moindre verre d’alcool me fait un effet anxiolytique puissant, je ne suis pas alcoolique loin de la mais j’aimerais savoir si l’utilisation ponctuel de nootropiques ne serait pas une bonne idée en substitution à l’alcool d’un point de vue santé (dans un contexte avec supplémentation en vitamine et minéraux).

    Surtout continu ton travail ,j’ai ton livre c’est une mine d’informations.

    François

    (0)
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    • Julien V.  10 juin 2012 at 23 h 17 min

      Bonjour,
      L’alcool n’est pas un nootropique, il n’est pas possible d’avoir le même effet avec un complément alimentaire.

      (0)
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  • cri_cri  2 novembre 2012 at 14 h 22 min

    Bonjour julien,
    J’ ai pris différents supplément en magnésium mais la majorité me donne la diarrhée as tu une solution ?

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  • olaf  6 février 2014 at 20 h 24 min

    As tu entendu parler des suppositoires pour soigner les troubles neurologiques (bipolarités, schizo,… )et même une réimplantation de matières fécales(microbiote)après analyse et nettoyage suggérant que dans ces cas de trouble psychique la perturbation de la flore intestinale interviendrais également…

    Désolé si c’est déjà dans ton livre contre le gluten je l’ai pas encore

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  • Nat  8 octobre 2014 at 15 h 24 min

    Vous avez omis de préciser que la kétamine est utilisée comme anesthésiant en médecine vétérinaire, et également de manière détournée pour ses propriétés stupéfiantes.

    (0)
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  • Stephanie  23 août 2015 at 17 h 38 min

    Bonjour,
    Voici 6 mois que je subi un sevrage d antidépresseur FLFOXETINE de pseudo éphédrine pris dans une préparation prescrite par un médecin dans le cadre d un régime que j ai pris 5 ans sans savoir quel était ces médicaments et les Effiat négatif apes l arrêt brutal que j ai fait car on ma dit que je pouvais les arête comme je voulais grosse ereur .la les affait insupportable que j ai vécu au début tel que trouble panic anxiété douleur trouble sensoriel trouble de perception et engourdissent difficulté pour dormir cauchemars sont passe ,la il me reste une dépression et quelque panic et angoisse .

    Je prend actuellement des suppliaient telque

    Curcumine longa 1j,omega3 morepa vitamine b complète et magniesium ceci de puis 10j pansse vous que ceci prescris par mon médecin qui ne veux pas que je repraine du chimique ,ceci peut il favorise mon heur et jouer un rôle pour la dépression???? Positivement ??
    Bien a vous Stephanie au plaisir de vous lire.

    (0)
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  • Novo  8 juin 2012 at 14 h 15 min

    Très intéressant cet article.
    Outre le magnésium, comment concevez-vous la lutte contre l’anxiété et la dépression du point de vue alimentaire/complémentation ?
    Bonne santé.

    (-1)
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    • Julien V.  8 juin 2012 at 14 h 18 min

      Je le conçois d’un point de vue personnalisé car le cerveau est complexe et ce qui est efficace chez quelqu’un ne l’est pas forcément chez un autre.

      (0)
      Répondre

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