Nouvelles révélations sur le lien entre flore intestinale et anxiété
Modifié le 30 janvier 2025
Temps de lecture : 3 minutes
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Les personnes touchées par des maladies intestinales se sentent souvent plus fragiles psychologiquement. On a longtemps pensé que cela était lié à la peur d’être malade ou d’accepter son état, mais de nouvelles recherches montrent qu’au contraire, ce sont les problèmes intestinaux eux-mêmes qui modifient et fragilisent l’humeur, notamment en augmentant l’anxiété. De plus, de récentes recherches commencent à pointer du doigt le mécanisme d’action des probiotiques (les “bonnes bactéries” qu’on trouve notamment en compléments alimentaires) sur notre cerveau.
Une approche originale contre l’anxiété
Dans un article paru dans la revue General Psychiatry, des chercheurs de l’université Jiao-tong à Shanghai ont passé en revue 21 recherches sur l’anxiété, incluant un total de 1 503 personnes.

Parmi celles-ci, 14 études ont évalué l’effet de probiotiques, 7 ayant testé une seule souche probiotique, 2 deux souches et 5 au moins trois souches.
Les études restantes ont concerné d’autres interventions susceptibles d’agir sur la flore intestinale. Par exemple, deux études ont testé l’efficacité d’un régime pauvre en FODMAPs (des glucides fermentescibles) chez des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable. D’autres interventions ont porté sur l’administration de prébiotiques, des fibres qui favorisent la croissance des bactéries bénéfiques du microbiote intestinal.
Enfin, les traitements habituels de l’anxiété ont été combinés avec l’intervention sur le microbiote pour 5 de ces travaux, tandis que les 16 autres ont évalué l’effet de la seule intervention sur le microbiote (à l’aide des probiotiques ou d’une autre méthode comme celles évoquées).
Effet anxiolytique de la modulation de la flore intestinale
Dans 11 études sur les 21 analysées par les chercheurs, l’intervention sur la flore intestinale s’est avérée efficace :
« Nous constatons que plus de la moitié des études incluses ont montré qu’il était positif de traiter les symptômes d’anxiété en régulant le microbiote intestinal. »
Beibei Yang et al
Parmi ces études favorables, 5 concernaient des probiotiques et 6 d’autres interventions.
Les probiotiques moins efficaces que les autres interventions
L’équipe s’est ensuite focalisée sur les 16 études basées sur la modulation du microbiote uniquement. Ils ont alors découvert que 45 % des études reposant sur l’administration de probiotiques se sont avérées efficaces, là où le taux de succès avec les autres approches de modulation de la flore intestinale a atteint 80 %.
Globalement, sur les 14 études impliquant des probiotiques, un tiers seulement environ (36 %) ont été concluantes, alors que 6 études sur les 7 qui ont utilisé d’autres interventions l’ont été. Un changement alimentaire aurait donc un impact plus important sur le microbiote que la prise d’un complément probiotique seul.
L’alimentation, clef d’un microbiote durablement équilibré
Comment expliquer ces résultats un peu décevants pour les probiotiques ? Nos aliments servent de source d’énergie pour les bactéries de notre flore intestinale. Pour modifier favorablement la composition du microbiote, il semble plus efficace d’agir sur le carburant des bactéries, qui va favoriser des souches bénéfiques déjà présentes, plutôt que d’ajouter de nouvelles bactéries probiotiques dans nos intestins. En effet, certaines de ces souches vont avoir des difficultés pour s’implanter dans l’intestin. De plus, ce ne seraient pas les bactéries elles-mêmes qui agiraient sur le cerveau, mais ce qu’elles produisent à partir des aliments.
Comment la flore intestinale modifie l’humeur
Les probiotiques qui agissent sur le cerveau sont parfois appelés « psychobiotiques » par les chercheurs. Pendant quelques années, ces derniers ont pensé que les bactéries de la flore intestinale influençaient l’état émotionnel et psychique via une modification de l’activité du nerf vague, qui établit une connexion entre l’intestin et le cerveau.
D’autres équipes ont pointé du doigt que certaines souches bactériennes comme la souche probiotique Escherichia coli Nissle 1917, produisent du GABA. Ce messager chimique du cerveau exerce des effets apaisants, mais il ne peut pas passer des intestins à son site d’action psychique.
Le rôle central des acides gras à chaîne courte

Récemment, une nouvelle piste solide et intéressante a été mise à jour : celle du rôle des acides gras à chaîne courte. Ces graisses particulières sont fabriquées dans notre intestin par les bactéries lorsqu’elles fermentent les fibres solubles des aliments (les “prébiotiques”). Elles passent ensuite dans le sang et exerceraient des effets anti-inflammatoires et anticancéreux. Les études animales ont pu mettre en évidence que ces acides gras à chaîne courte sont dotés de propriétés antidépressives et anxiolytiques.
Pour améliorer sa santé psychique, les compléments alimentaires de probiotiques sont donc logiquement d’une efficacité modeste : ils apportent des bactéries qui vont produire ces acides gras, mais il faut aussi les nourrir; et cela se fait via l’alimentation. Les fibres des fruits et légumes sont celles qui permettent de produire le plus d’acides gras à chaîne courte dans l’intestin.
D’autres nutriments sont également essentiels pour la perméabilité intestinale et la santé de la flore, à commencer par la vitamine D3.
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