Peut-on attraper le coronavirus une deuxième fois ?

Prise de sang PCR pour diagnostiquer le coronavirus

En Asie, des personnes guéries du COVID-19 seraient redevenues positives au virus après leur rémission. Pourtant l’organisme fabrique bien des anticorps contre le virus SARS-CoV-2. Alors peut-on vraiment être infecté une seconde fois par le coronavirus 2019 de Wuhan ? Nous faisons le point sur cette question dans cet article.

Testés positifs au coronavirus après guérison

Au Japon, une femme a été testée positive au coronavirus deux semaines après avoir guéri du COVID-19. Le 6 février, à la fin de sa première convalescence, son test était négatif, comme le rapporte LCI. Plus tard, cette Japonaise a de nouveau eu des symptômes thoraciques et un mal de gorge, ce qui l’a amenée à consulter. Son test était positif au virus le 26 février. Mais le cas de cette femme n’est pas isolé. Des situations similaires ont été observées dans d’autres pays. 

Ainsi, en Corée du Sud, plus d’une centaine de personnes ont été testées positives au virus alors qu’elles s’étaient rétablies d’une première infection, comme le rapporte l’agence Reuters. Mais s’agissait-il vraiment de réinfections ?

Pour le directeur du centre coréen de contrôle et de prévention des maladies, ce serait plutôt une « réactivation » du virus chez des patients toujours porteurs de faibles niveaux de virus. 

D’autres explications sont plausibles. Par exemple, des personnes ont pu recevoir un diagnostic faussement négatif, si le test n’était pas assez sensible, ou bien si le prélèvement a été mal réalisé. Lorsque le niveau de virus est faible, il n’est peut-être pas détecté par le test.  

Dans un article de Time.com, Oh Myoung-don, professeur de médecine de l’université de Séoul, affirmait qu’il est possible que de l’ARN du virus persiste dans l’organisme, sans pour autant que les patients subissent une « réinfection ».

C’est aussi ce que suggèrent deux études chinoises récentes.

Des études sur des patients chinois guéris et redevenus positifs 

À Wuhan, des médecins ont noté des cas de personnes redevenues positives au virus après avoir été guéries. Un article paru dans JAMA décrit quatre de ces patients qui avaient eu des symptômes légers ou modérés lors de leur maladie initiale.

Les quatre patients ont reçu un traitement antiviral. Ils se sont rétablis et ont été testés négatif au virus deux fois de suite, par un test RT-PCR qui détecte de l’ARN viral. Après la sortie de l’hôpital ou la levée de la quarantaine, les patients ont continué à être suivis.

Ils ont été testés positifs au virus 5 à 13 jours plus tard, toujours par test RT-PCR, alors qu’ils étaient asymptomatiques. Aucun membre de leur famille n’était infecté et ils n’avaient pas eu de contacts avec des personnes infectées. Des patients guéris continuent donc de porter le virus après leur rémission. 

Une autre étude chinoise, parue sur le site de prépublication medRxiv, donne des résultats sur un plus grand échantillon de population. À Shenzhen, 38 personnes sur 262 patients COVID-19, soit près de 15 %, ont été testées positives au coronavirus après leur rétablissement. 

Ces patients restés positifs étaient jeunes (moins de 14 ans) et leurs symptômes légers pendant la période de maladie. Aucun patient avec des symptômes sévères n’a été testé positif après sa rémission. 

Quand leur test s’est révélé positif et qu’ils ont été réexaminés, les patients ne présentaient pas de symptômes cliniques évidents. 21 personnes proches de ces patients, des membres de leur famille, ont été testées. Toutes étaient négatives au virus : elles n’avaient donc pas été contaminées par leur proche.

Par conséquent, de jeunes patients qui ont eu peu de symptômes lors de la maladie COVID-19 peuvent rester porteurs du virus, sans pour autant retomber malades ou contaminer leurs proches. 

Il reste possible que cette situation soit liée à l’évolution normale de l’infection au coronavirus dont les symptômes évoluent très souvent par “vagues” avec des périodes d’accalmies qui alternent avec de l’aggravation.

A-t-on des anticorps contre le coronavirus après l’infection ?

L’infection par le SARS-Cov-2 conduit à une production d’anticorps par l’organisme. Actuellement, nous n’avons pas assez de recul pour savoir si cette immunité acquise après une première infection protège durablement contre une seconde infection au coronavirus.

Cependant, une étude sur des macaques Rhésus a montré que les animaux infectés une première fois étaient protégés contre une seconde infection. Cette recherche a fait l’objet d’une prépublication dans bioRxiv. Les singes guéris, comme les humains, ont dans leur sang des anticorps contre le coronavirus. Chez l’homme, cela a été montré dans une autre prépublication qui décrit le cas de 175 patients chinois guéris du coronavirus. 

Les anticorps contre le SARS-CoV-2 étaient présents dans le sérum des patients 10 à 15 jours après le début de la maladie et se maintenaient ensuite. Les patients âgés avaient significativement plus d’anticorps que les plus jeunes.

Autre preuve de l’existence d’une immunité contre le coronavirus : un des traitements expérimentaux en cours d’évaluation consiste à injecter du plasma prélevés sur des patients guéris à des patients gravement atteints. 

Une recherche parue dans PNAS a montré l’efficacité de cette méthode sur dix patients sévèrement touchés par le COVID-19. L’injection de 200 mL de plasma a conduit à la disparition du virus dans le sang des patients au bout de dix jours. Les symptômes des malades se sont améliorés en trois jours, grâce aux anticorps transmis par le plasma.

Mais pendant combien de temps les patients guéris sont-ils être protégés par les anticorps qu’ils ont acquis lors de la première infection ? Pour l’instant, il n’est pas possible de le savoir précisément. De plus, il ne faut pas négliger le fait que le coronavirus puisse muter au fil du temps. Il existe d’ailleurs plusieurs souches en circulation. 

Combien de temps dure l’immunité après avoir guéri ?

Le recul sur le covid-19 étant insuffisant, on ne sait pas encore combien de temps se maintient cette immunité. Mais on peut donner quelques éléments de réponse en se basant sur les données connues relatives à d’autres coronavirus comme le coronavirus SARS-CoV.

Le SARS-CoV-2 est proche du virus SARS-CoV, responsable de l’épidémie de SRAS de 2003. Nous avons donc plus de recul sur ce virus. Des recherches se sont intéressées à l’immunité acquise par les malades infectés par le SARS-CoV.

Ainsi, une étude de 2007 a montré chez 176 patients qui avaient eu le SRAS que leurs anticorps s’étaient maintenus pendant une durée de deux années en moyenne. Au cours de la troisième année suivant l’infection, les taux d’anticorps ont diminué de manière significative. Les auteurs de cette étude en concluaient qu’il y avait un risque de réinfection au bout de trois ans. 

D’autres coronavirus déclenchent une immunité plus courte de l’ordre d’un ou deux ans. Il y a donc un niveau de preuves assez élevé qui laisse penser qu’on ne peut pas attraper à nouveau le coronavirus pendant au moins plusieurs mois après une première infection. Mais le véritable problème est que les coronavirus sont des virus mutants, comme la grippe, et donc que l’immunité conférée par une souche n’est pas forcément totalement efficace sur une autre souche. La capacité du coronavirus 2019 à muter reste donc encore l’énigme principale sur cette question

A lire également :


Références :

  1. Lan et al. Positive RT-PCR Test Results in Patients Recovered From COVID-19. JAMA. 2020.
  2. An et al. Clinical  characteristics  of  the  recovered  COVID-19  patients  with re-detectable positive RNA test. MedRxiv. 30 mars 2020.
  3. Bao et al. Reinfection could not occur in SARS-CoV-2 infected rhesus macaques. BioRxiv. 14 mars 2020.
  4. Wu et al. Neutralizing antibody responses to SARS-CoV-2 in a COVID-19 recovered patient cohort and their implications. MedRxiv. 20 avril 2020.
  5. Duan et al. Effectiveness of convalescent plasma therapy in severe COVID-19 patients. PNAS. 2020.
  6. Wu et al. Duration of Antibody Responses after Severe Acute Respiratory Syndrome. Emerg Infect Dis. 2007.

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