Coronavirus : faut-il prendre de la quercétine ?

oignons rouges tranchés posés sur une planche à découper en bois

Depuis que j’ai indiqué sur ma page Facebook que Émilie, Théandre et moi étions probablement touchés par le coronavirus 2019, je reçois de nombreux messages pour me demander ce que je fais ou ce que je prends en prévention et une fois l’infection installée. Globalement, je suis les conseils de mes livres et de mon blog en terme d’alimentation. En terme de compléments alimentaires, nous prenons tous les trois la vitamine D3 végétale et les oméga-3 liquides de notre laboratoire UNAE. Emilie et moi prenons aussi le multivitamines Elite. Ce dernier contient de la quercétine qui est, à mon sens, un allié intéressant pour lutter contre les virus. Dans cet article nous allons donc faire le point sur le rôle de la quercétine dans les infections respiratoires et le coronavirus.

Quercétine et coronavirus

À l’heure où j’écris, plus de 210.000 personnes dans le monde ont été testées positives au nouveau coronavirus et plus de 8.800 en sont décédées. En France, le nombre de contaminations est exceptionnel, beaucoup de gens ne respectent pas le confinement et l’absence de mise à disposition de tests diagnostiques ne permet pas une vue objective de la situation.

La quercétine est un flavonoïde présent dans les oignons, les pommes, les baies, le thé, les brocolis, les noix, les raisins, et donc le vin.

Dans les plantes, la quercétine existe sous différentes formes glycosidiques; c’est-à-dire souvent conjuguée à des sucres comme le glucose, le galactose ou le rhamnose. Par exemple, l’isoquercétine est un glucoside de la quercétine.

Dans une interview pour Radio Canada, Michel Chrétien, professeur émérite de l’université de Montréal, explique que des comprimés de quercétine vont être testés en Chine contre l’infection au coronavirus Covid-19.  L’essai clinique devrait porter sur 1.000 personnes à Wuhan, ville où l’épidémie a démarré. Le médecin chinois qui travaillera avec les chercheurs canadiens est un ancien stagiaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

En attendant les résultats de cette étude, peut-on conseiller l’utilisation de la quercétine en prévention ou en traitement du coronavirus ? Voici un état des lieux des connaissances sur la question.

Actions de la quercétine contre les infections

Propriétés antivirales

Les dérivés de la quercétine ont des activités antivirales contre différents pathogènes : la grippe, le chikungunya, le virus Epstein-Barr ou les virus de l’hépatite B et C. Le laboratoire de Michel Chrétien a déjà travaillé sur les propriétés antivirales de la quercétine, contre le virus Ebola et contre le Zika. 

Plus précisément, les chercheurs canadiens ont étudié un dérivé de la quercétine, le Q3G (quercetin-3-β-O-D-glucoside, ou isoquercétine), qui présente une bonne biodisponibilité. Au laboratoire, ils ont testé les effets du Q3G contre des cellules infectées par le virus Zika. Ils ont démontré l’activité contre le Zika, à la fois in vitro sur les cellules en culture et in vivo chez des souris.

Dans une autre étude, les chercheurs ont montré que le Q3G protège des souris contre l’infection par Ebola. La molécule semble cibler les premières étapes de l’entrée du virus dans la cellule.

Pourrait-elle être efficace contre des infections de l’appareil respiratoire dont font partis les coronavirus ?

De la quercétine en prévention des infections respiratoires

En 2007, des chercheurs de l’université de Caroline du Sud ont étudié les effets de la quercétine sur les infections respiratoires de jeunes sportifs. 40 cyclistes, des hommes entraînés, ont participé à cette expérience. 

Pendant trois semaines, 20 volontaires ont pris 1 g par jour de quercétine et les 20 autres un placebo. Puis pendant trois jours, les participants ont fait 3 heures de vélo par jour. Et ensuite ils ont continué la quercétine ou le placebo pendant deux semaines.

L’exercice intense est une source de stress physiologique. Il favorise des changements immunitaires et de l’inflammation, rendant l’organisme plus vulnérables aux infections. L’expérience s’est déroulée sur les mois de février et mars, période de circulation de nombreux virus.

Résultats : pendant les deux semaines qui ont suivi l’exercice intense, il y avait une différence significative entre les deux groupes concernant la fréquence des infections respiratoires. Une personne prenant de la quercétine a eu une infection des voies respiratoires supérieures, contre neuf dans le groupe placebo. 

La quercétine a donc réduit la fréquence des infections respiratoires chez ces hommes sportifs. Voyons ce qu’elle peut faire contre des virus qui infectent les voies pulmonaires.

Des dérivés de la quercétine contre le virus de la grippe 

Les virus Influenza causent des infections respiratoires chez l’homme et chez l’animal. Pendant la crise du H1N1, la quercétine a eu des effets bénéfiques chez les patients souffrant de complications graves. 

Des travaux ont montré que la quercétine et l’isoquercétine limitent la réplication du virus in vitro et in vivo. L’isoquercétine apparaît même comme un meilleur antiviral que la quercétine. Elle inhibe la réplication des virus Influenza A et B.

Chez la souris, il a été montré que l’infection par le virus Influenza A augmente le stress oxydatif dans les voies pulmonaires. En même temps, la prise orale de quercétine a un effet antioxydant dans les poumons, ce qui pourrait être intéressant face à l’insuffisance respiratoire..

Les propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de la quercétine sont donc des atouts pour lutter contre des infections respiratoires.

Il s’agit néanmoins d’une action différente de celle de la vitamine D face au coronavirus qui agirait aussi sur les orages de cytokines.

La quercétine est active contre les virus du rhume

La quercétine inhibe également la réplication des rhinovirus, les virus responsables des rhumes. Elle agit à différentes étapes du cycle viral. Elle limite l’entrée du virus par endocytose, inhibe la transcription du génome viral et réduit la réponse pro-inflammatoire. 

Ces effets bénéfiques ont été démontrés chez la souris : la quercétine a un effet anti-inflammatoire et améliore le fonctionnement pulmonaire des animaux infectés par des rhinovirus.

Les rhinovirus sont dangereux pour les patients allergiques ou souffrant de maladie chronique pulmonaire obstructive (BPCO). Chez ces derniers, les rhinovirus accélèrent la progression de la maladie pulmonaire. Ils aggravent les symptômes respiratoires, la production de mucus et favorisent le développement des infections bactériennes.

Les infections respiratoires sont responsables de la plupart des exacerbations de la BPCO et peuvent conduire à l’obstruction des voies respiratoires. La quercétine peut-elle apporter un soulagement dans ce cadre ?

Pour le savoir, en 2018, des chercheurs américains des universités Temple et du Michigan ont testé la molécule dans un modèle de souris pour la BPCO. Certains animaux ont eu de la quercétine, d’autres non. Ils ont été infectés avec un rhinovirus.

Au bout de 14 jours, les chercheurs ont étudié les poumons des souris. Les rhinovirus ont favorisé une inflammation pulmonaire permanente, avec une accumulation de cellules immunitaires. Les auteurs ont montré que la complémentation en quercétine a atténué tous les changements pathologiques associés au rhinovirus : la quercétine ralentit la progression de la maladie pulmonaire. La charge virale était moins importante chez les souris complémentes en quercétine. 

Pour les auteurs, la quercétine pourrait agir en améliorant le fonctionnement des mitochondries. Ces usines énergétiques des cellules sont impliquées dans les défenses contre les virus. Leur dysfonctionnement jouerait un rôle dans la BPCO.

Des flavonoïdes contre les coronavirus

Au vu de ces résultats, la quercétine semble bénéfique pour la fonction respiratoire et contre différents virus qui touchent nos poumons. Alors pourquoi pas contre les coronavirus, et notamment le SARS-CoV ? Et qui sont ces virus ?

Les coronavirus forment une famille de virus associés à différentes maladies respiratoires, allant du rhume à la pneumonie et à la bronchiolite. Ils ont pour particularité d’évoluer très vite. Dans la famille des coronavirus on trouve :

  • le SARS-Cov, responsable du SRAS ou syndrome respiratoire aigu sévère lié au coronavirus, 
  • le MERS-CoV, qui cause le syndrome respiratoire du Moyen-Orient,
  • le SARS-CoV-2, responsable de l’épidémie de COVID-19.

Des chercheurs sud-coréens ont publié récemment une recherche sur l’utilisation des flavonoïdes contre les coronavirus. Les auteurs ont publié cet article en ligne en novembre 2019, donc juste avant la crise du COVID-19.

Dans cet article, ils expliquent que les coronavirus sont des cibles de certains flavonoïdes. D’après eux, l’activité antivirale de ces flavonoïdes est liée à l’inhibition d’une protéase des virus, appelée 3CLpro (3C-like protease). Cette protéase permet la formation de protéines virales, aussi bien chez le SARS-CoV que le MERS-CoV. Elle est donc indispensable à la réplication du virus.

Les scientifiques ont cherché dans une « bibliothèque de flavonoïdes » ceux qui inhibaient la protéase du SARS-CoV. Ils ont ainsi identifié trois molécules intéressantes : l’herbacétine, la rhoifoline et la pectolinarine.

Mais que penser de la quercétine ?

De la quercétine contre les coronavirus

Dans un article plus ancien, paru en 2006, des chercheurs de Shanghai avaient montré qu’un dérivé de la quercétine inhibe la protéase du SARS-CoV. Cette recherche avait été réalisée après l’émergence du SRAS en 2003.

Ces chercheurs avaient déjà identifié la protéase 3CLPro comme une cible privilégiée pour trouver des antiviraux contre le SRAS. Le dérivé de la quercétine qui inhibait cette protéase était le quercetin-3-beta-galactoside. Cette molécule a aussi montré son efficacité dans le traitement des allergies.

Enfin, dans une autre recherche, la quercétine a été testée dans un modèle de souris infectée par un coronavirus murin, le MHV, qui induit une forte mortalité des rongeurs. Le MHV appartient, tout comme le SARS-CoV, à la famille des Bêtacoronavirus. Les chercheurs ont trouvé que la quercétine inhibait le virus MHV in vitro.

La quercétine semble donc un bon candidat pour limiter les conséquences des infections virales respiratoires. Son efficacité chez l’homme nécessite encore des études cliniques.

Il me semble donc intéressant d’en prendre mais en gardant en tête que le bénéfice potentiel est probablement bien plus faible que celui de la vitamine D et des oméga-3. Il s’agit plus de quelque chose de complémentaire. En revanche, attention avec certaines plantes comme les compléments alimentaires de curcuma qui pourraient aggraver l’infection.

A lire également :


Références :

  1. Mlcek et al. Quercetin and Its Anti-Allergic Immune Response. Molecules. 2016.
  2. Wong et al. Antiviral activity of quercetin-3-β-O-D-glucoside against Zika virus infection. Virol Sin. 2017.
  3. Qiu et al. Prophylactic Efficacy of Quercetin 3-β-O-d-Glucoside against Ebola Virus Infection. Antimicrob Agents Chemother. 2016.
  4. Nieman et al. Quercetin reduces illness but not immune perturbations after intensive exercise. Med Sci Sports Exerc. 2007. 
  5. Thapa et al. Synthesis and Antiviral Activity of Substituted Quercetins. Bioorg Med Chem Lett. 2013.
  6. Kim et al. Inhibition of influenza virus replication by plant-derived isoquercetin. Antiviral Res. 2010.
  7. Kumar et al. Effect of quercetin supplementation on lung antioxidants after experimental influenza virus infection. Exp Lung Res. 2005.
  8. Ganesan et al. Quercetin inhibits rhinovirus replication in vitro and in vivo. Antiviral Res. 2013.
  9. Farazuddin et al. Quercetin prevents rhinovirus-induced progression of lung disease in mice with COPD phenotype. PLoS One. 2018.
  10. Jo et al. Inhibition of SARS-CoV 3CL protease by flavonoids. J Enzyme Inhib Med Chem. 2020.
  11. Chen et al. Binding interaction of quercetin-3-beta-galactoside and its synthetic derivatives with SARS-CoV 3CL(pro): structure-activity relationship studies reveal salient pharmacophore features. Bioorg Med Chem. 2006. 
  12. Chiow et al. Evaluation of antiviral activities of Houttuynia cordata Thunb. extract, quercetin, quercetrin and cinanserin on murine coronavirus and dengue virus infection. Asian Pac J Trop Med. 2016.

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