Coronavirus : le zinc est-il le chaînon manquant pour guérir ?

comprimés de zinc en complément alimentaire

Le zinc est un oligo-élément connu pour ses propriétés antivirales. En pleine pandémie de COVID-19, certains scientifiques demandent qu’une complémentation en zinc soit testée dans des essais cliniques qui incluent la chloroquine ou l’hydroxychloroquine. Voyons quels sont leurs arguments.

Actuellement, il n’existe ni vaccin ni médicament efficace contre le coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la maladie COVID-19. Plusieurs pistes sont étudiées dans des essais cliniques, comme celles de la chloroquine et l’hydroxychloroquine.

Ces deux médicaments sont déjà utilisés contre le paludisme et des maladies auto-immunes. Dans des cellules en culture, la chloroquine présente une activité contre le virus SARS-CoV-2. La chloroquine et l’hydroxychloroquine, qui ont des structures proches, ont comme avantage d’être déjà des médicaments utilisés de longue date dans d’autres contextes.

Plusieurs essais cliniques sont en cours pour mesurer les bénéfices de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine pour les patients. Par exemple, l’essai européen Discovery teste l’hydroxychloroquine, mais aussi les antiviraux remdésivir, et lopinavir/ritonavir (Kaletra), avec ou sans interféron bêta. Pour l’instant, les bénéfices de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine restent controversés.

En parallèle, d’autres stratégies sont explorées comme l’utilisation de la quercétine pour bloquer la réplication du virus ou l’utilisation de vitamine D et d’oméga-3 pour renforcer l’immunité et empêcher les orages de cytokines.

Le mode d’action de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine serait lié au zinc

Pour mieux comprendre pourquoi le zinc est intéressant, il nous faut nous intéresser plus précisément à la chloroquine et à l’hydroxychloroquine.

Dans les cellules, ces molécules agissent en augmentant le pH des vésicules intracellulaires, les endosomes. De cette manière, elles affecteraient la réplication des virus qui se servent de ces vésicules intracellulaires pour réaliser leur cycle viral. 

Comme le coronavirus a besoin que le pH des endosomes soit acide, la chloroquine et l’hydroxychloroquine doivent inhiber le virus en augmentant le pH des endosomes. 

Du point de vue moléculaire, la chloroquine et l’hydroxychloroquine présentent des caractéristiques d’un transporteur de zinc. Le zinc est un métal essentiel qui est important pour nos défenses antivirales.

Par exemple, il  a été montré que la complémentation en zinc réduit la durée d’un rhume chez l’adulte. Comment pourrait-il agir contre le coronavirus ?

Le zinc cible l’ARN des coronavirus

Le zinc présente une activité antivirale contre différent virus. Dans des cellules en culture, il inhibe la réplication du virus de l’hépatite E en agissant sur l’ARN polymérase virale. Or en 2010, une étude a montré que le zinc inhibe l’ARN polymérase des coronavirus. Dans cette même étude, les transporteurs de zinc inhibaient la réplication des coronavirus dans des cellules en culture.

Pour ces raisons, deux scientifiques allemands ont rédigé une prépublication, c’est-à-dire un article non-publié dans une revue à comité de lecture, pour justifier pourquoi le zinc devrait être testé contre le COVID-19. 

Les deux auteurs, qui travaillent pour des entreprises de biotechnologie à Munich, avancent d’autres arguments :

  • les patients à risque pour le COVID-19, comme les patients diabétiques ou les personnes âgées, ont souvent un déficit en zinc. Par exemple, d’après l’étude NHANES III, plus d’un tiers des personnes âgées de plus de 60 ans ont des apports en zinc insuffisants,
  • les patients qui prennent des médicaments contre l’hypertension ou d’autres maladies cardiovasculaires peuvent excréter plus de zinc dans leur urine et donc manquer de ce métal.

C’est pourquoi les deux auteurs conseillent de tester une complémentation en zinc associée à la chloroquine ou l’hydroxychloroquine. D’après eux, cette supplémentation permettrait d’élever le niveau de zinc dans les cellules, là où le zinc pourrait inhiber l’ARN polymérase du virus et donc la réplication virale.

Un médecin New-Yorkais préconise lui aussi du zinc

Aux États-Unis, un médecin, Vladimir Zelenko, affirme avoir guéri 669 patients COVID-19 en associant l’hydroxychloroquine, l’azithromycine et le zinc. Souvent comparé à Didier Raoult, ce médecin new-yorkais s’est exprimé dans plusieurs vidéos en ligne pour justifier son traitement. Cependant, les données qu’il donne n’ont pas fait l’objet d’une publication. Il ne s’agit pas non plus d’un essai clinique. 

Dans son sillage, d’autres médecins américains préconisent la « trithérapie » du Dr Zelenko, à savoir hydroxychloroquine + azithromycine + zinc. Sur le site d’ABC7, une télévision de Los Angeles, l’un d’eux explique que cette combinaison de traitements semble avoir fonctionné chez les quelques patients à qui il l’a prescrite.

La dose utilisée par le Dr Zelenko pour ses patients COVID-19 était de 220 mg de sulfate de zinc par jour pendant 5 jours, correspondant à 50 mg de zinc élément par jour. Ce sont donc de fortes doses qui ne doivent pas être prises à long terme.. A titre de comparaison, les apports recommandés en zinc ne sont que de 10 mg.

Un excès de zinc peut provoquer des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée…), des maux de tête et de la fatigue. Le zinc en grande quantité interfère avec l’absorption du cuivre et provoque un déficit de l’organisme en cuivre, à l’origine de la plupart de ces symptômes.

Plutôt que d’attendre le dernier moment pour prendre de fortes doses de zinc, il semble beaucoup plus intéressant de prendre des doses optimales de zinc au quotidien soit environ 15 mg par jour. C’est la dose normalement retrouvée dans la plupart des bons compléments multivitamines.

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Références :

  1. Wang et al. Remdesivir and chloroquine effectively inhibit the recently emerged novel coronavirus (2019-nCoV) in vitro. Cell Research. 2020.
  2. Science et al. Zinc for the treatment of the common cold: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. CMAJ. 2012.
  3. Kaushik et al. Zinc Salts Block Hepatitis E Virus Replication by Inhibiting the Activity of Viral RNA-Dependent RNA Polymerase. Journal of Virology. 2017.
  4. Te Velthuis et al. Zn2+ Inhibits Coronavirus and Arterivirus RNA Polymerase Activity In Vitro and Zinc Ionophores Block the Replication of These Viruses in Cell Culture. PLOS Pathog. 2010.
  5. Sholz et Derwand.  Does Zinc Supplementation Enhance the Clinical Efficacy of Chloroquine/Hydroxychloroquine to Win Todays Battle Against COVID-19? Preprint. 2020.
  6. Plum et al. The Essential Toxin: Impact of Zinc on Human Health. Int J Environ Res Public Health. 2010.

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