Probiotiques : quels sont les dangers ?

Modifié le 7 janvier 2025

Temps de lecture : 4 minutes
()
dangers de sprobioiques

julienvenesson.fr ce n’est pas que des formations professionnelles en nutrition, la sélection des meilleurs livres et des consultations avec des nutritionnistes, c’est aussi les réponses à vos questions dans les articles du blog. Bonne lecture !

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui nous promettent d’améliorer la composition de notre microbiote et de booster notre immunité. Mais y a-t-il des effets secondaires ou des dangers associés à leur consommation ? 

Les probiotiques contiennent généralement des bactéries qui ont l’habitude de vivre dans l’intestin humain. De premier abord, elles apparaissent inoffensives. Souvent qualifiées de « bonnes bactéries », elles sont présentées comme étant sans danger pour la population générale.

Tout d’abord, quelques règles simples à connaître :

  1. Si vous consommez des boissons fermentées aux probiotiques comme le kéfir ou le kombucha, veillez à respecter les dates de péremption. La durée de vie de ces produits est souvent courte. De manière générale, les probiotiques se conservent à des températures basses ; à l’exception des Bacillus qui résistent à la chaleur. Placez-les au réfrigérateur.
  2. Les probiotiques provoquent parfois des troubles gastro-intestinaux mineurs et de l’inconfort intestinal : des gaz, des ballonnements, de la constipation, des diarrhées, une perturbation du goût… Si ces effets secondaires ne disparaissent pas très rapidement, c’est que le produit ne vous convient pas. Chaque flore intestinale peut réagir différemment à ces produits.
  3. Certaines études ont montré que les probiotiques pouvaient aggraver des problèmes légers de peau chez des patients : rougeurs, acné… Si cela perdure, arrêtez le produit.

Si ces effets secondaires apparaissent comme peu graves, des articles médicaux ont recensé des problèmes bien plus préoccupants dans certains cas.

homme préparant une boisson fermentée kombucha

Le kombucha est une boisson riche en probiotiques.

Des infections graves liées à des souches probiotiques

En 2015, deux chercheurs du Tufts Medical Center de Boston ont fait le point sur les effets secondaires des probiotiques. La prise de probiotiques a été associée à des infections systémiques : des fongémies (liées à un champignon microscopique) et des bactériémies (liées à une bactérie).

Tout d’abord, il existe des cas d’infections systémiques après des traitements utilisant la levure Saccharomyces boulardii (qu’on retrouve dans le produit ULTRA-LEVURE). Ce probiotique est souvent utilisé en traitement ou en prévention de la diarrhée due à Clostridium difficile.

Les personnes vulnérables principalement concernées

Le fait que les patients soient immunodéprimés, qu’ils aient un accès veineux central (cathéter) ou qu’ils aient pris Saccharomyces boulardii prédispose à cette infection. Saccharomyces boulardii présente donc des risques pour les patients gravement malades sous cathéter à l’hôpital.

Ensuite, des bactériémies dues à des lactobacilles ont été décrites, par exemple avec des souches Lactobacillus acidophilusLactobacillus casei, et Lactobacillus GGCes infections sont rares et peuvent avoir lieu en soins intensifs, en milieu hospitalier, à cause de cathéters. C’est pourquoi il est fortement recommandé aux personnels de santé de changer de gants après avoir touché des capsules de probiotiques et avant de manipuler le cathéter d’un patient.

À titre d’exemple, des cas graves de bactériémie après une prise de probiotique ont été décrits chez un patient immunodéprimé ou chez un jeune enfant qui a reçu des probiotiques par une sonde. Mais dans la plupart des cas de bactériémies à Lactobacillus, il existait déjà une maladie sous-jacente chez le patient, avec un mauvais pronostic, comme une chirurgie récente, une greffe, une immunodéficience, un diabète ou un cancer.

Une femme tient la main d'une personne hospitalisée avec un cathéter dans le bras.

La supplémentation en probiotiques peut représenter un risque pour des patients affaiblis.

Des cas d’endocardites infectieuses liées à la prise de probiotiques ont aussi été décrits, par exemple au CHU de Grenoble en 2012, chez un patient de 77 ans qui prenait des probiotiques. Cet homme avait de nombreux antécédents médicaux : cancer de la prostate en rémission, chirurgie de la hanche, insuffisance cardiaque, hypertension… Le patient a eu des frissons un mois après une coloscopie. Il avait une endocardite infectieuse et souffrait de sa prothèse de hanche qui était elle aussi infectée. Dans leur conclusion, les auteurs suggèrent que les probiotiques devraient être arrêtés avant une chirurgie digestive ou une coloscopie.

Les risques des probiotiques chez certaines populations

Les populations les plus à risque de complications sont les enfants nés prématurés, les personnes âgées, les patients hospitalisés ou immunodéprimés. Chez une personne immunodéprimée, les probiotiques peuvent tirer avantage de la faiblesse immunitaire du patient et devenir des souches opportunistes, responsables d’infections (voir plus haut avec les infections systémiques). Les probiotiques sont donc déconseillés si vous avez une déficience immunitaire grave. Cela est rare, car même en cas de VIH, les probiotiques restent bénéfiques et soutiennent l’immunité.

Une supplémentation à éviter en cas de pancréatite

Graphique montrant le suivi de la mortalité dans les 90 jours suivant la répartition des participants en groupes (probiotiques : rouge, placebo : bleu).
Suivi de la mortalité dans les 90 jours suivant la répartition des participants en groupes (probiotiques : rouge, placebo : bleu).

Par ailleurs, des effets secondaires graves ont pu être observés chez des patients souffrant de pancréatite sévère, dans une étude néerlandaise parue en 2008 dans The Lancet. Les auteurs voulaient savoir si l’administration de probiotiques pourrait prévenir des complications infectieuses chez ces patients.

Malheureusement, les probiotiques ont augmenté le risque de mortalité des patients par rapport au placebo ! Il ne faut donc pas en donner aux patients qui ont une pancréatite aiguë. Il est possible que les probiotiques aient accru la réaction inflammatoire de l’intestin et augmenté la demande en oxygène de la muqueuse intestinale.

Un possible transfert de gènes de résistance aux antibiotiques ?

La résistance aux antibiotiques est devenue un problème majeur de santé publique. Ces résistances peuvent se transmettre entre bactéries grâce à des petits cercles d’ADN appelés plasmides. Ces échanges de gènes ont lieu aussi bien dans des cultures cellulaires que dans l’intestin.

Les bactéries lactiques, comme de nombreuses autres bactéries, possèdent des plasmides dans leur cytoplasme et certaines d’entre elles sont porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques. Selon certains chercheurs, il pourrait donc exister un risque potentiel que des probiotiques transmettent des gènes de résistance aux bactéries intestinales et à des pathogènes.

En 2017, une étude a analysé 33 souches de lactobacilles provenant de laits fermentés récoltés dans plusieurs régions chinoises. Parmi elles, 19 étaient résistantes à la vancomycine, 10 à la ciproflaxine et une à la tétracycline. Mais dans leurs expériences, les chercheurs n’ont pas pu démontrer que les bactéries pouvaient transmettre des gènes de résistance aux antibiotiques à d’autres bactéries.

Ce risque semble donc très théorique et n’a jamais pu être observé à ce jour.

Avez-vous aimé cet article ?



Autres articles

Vous aimeriez peut-être aussi ?
separation_couleur1