Le lactate produit lors d’un exercice régénèrerait le cerveau
Modifié le 25 octobre 2024
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L’exercice physique n’est pas seulement utile à la construction musculaire, il est également en mesure de booster nos fonctions cérébrales. Dans quelle mesure et de quelle façon ? Éléments de réponse ici.
Une analyse compilant les résultats de 16 études ayant porté sur plus de 160 000 personnes âgées de 30 à 93 ans montrait par exemple que la pratique d’une activité physique réduit le risque de démence de 28 %, de maladie d’Alzheimer de 45 % et de maladie de Parkinson de 18%.
Cet effet positif du sport sur les fonctions cérébrales pourrait s’expliquer par la production d’une myokine sous l’effet des contractions musculaires, le lactate. Cela indiquerait aussi que certaines manières de s’entraîner seraient meilleures pour le cerveau que d’autres.
Le sport stimule la production du facteur neurotrophique dérivé du cerveau
Cet effet positif du sport sur les capacités cérébrales est lié à sa capacité à activer la production d’un composé essentiel au fonctionnement, à la croissance et à la survie des neurones, le BDNF (Brain‐derived neurotrophic factor ou facteur neurotrophique dérivé du cerveau). Il contribue à la plasticité cérébrale, cette capacité que possède notre cerveau à établir de nouvelles connexions au gré des expériences et apprentissages.

Sa production décroît avec l’âge, et ses niveaux sont plus faibles en cas de maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs. Des analyses sanguines menées chez 8 volontaires s’entraînant sur un rameur pendant 4 heures ont montré que les niveaux de BDNF augmentent de deux à trois fois par rapport à la période de repos.
L’élévation des taux de BDNF dépend de l’intensité de l’effort : il augmente après un exercice à 100 % et 60 % du volume maximal d’oxygène, mais pas après un exercice de faible intensité équivalent à 40 % du VO2max.
L’entraînement d’hypertrophie est plus efficace que l’entraînement de force
Si la plupart des études menées chez l’être humain sur les effets d’un effort physique sur la production de BDNF se sont concentrées sur les activités aérobies (endurance), une équipe a cherché à déterminer si un autre type d’exercices, les exercices de résistance (musculation), étaient en mesure d’augmenter la production de BDNF.
Pour le déterminer, ils ont soumis 16 volontaires à deux schémas d’entraînement de résistance :
- de force, consistant en 5 séries de 5 répétitions, avec 180 secondes de récupération ;
- d’hypertrophie, consistant en 3 séries de 10 répétitions, avec 60 secondes de récupération.
Ils ont quantifié les taux de BDNF après échauffement, immédiatement après l’effort puis après 30 minutes. Le taux de lactate, métabolite produit par le muscle qui reflète l’intensité de l’effort, était également mesuré.
L’entraînement basé sur l’hypertrophie s’est avéré le plus efficace pour stimuler la production de BDNF et les chercheurs ont observé une relation positive entre le taux de lactate et le taux de BDNF pour ce type d’entraînement, contrairement à l’entraînement de force. Le temps de récupération plus court serait le facteur clé pour expliquer ce bénéfice.
Le lactate provoque la production de BDNF
Le lactate est-il directement responsable de la production de BDNF ? Une autre équipe de recherche a imaginé un protocole simple pour répondre à cette question : administrer du lactate par voie intraveineuse à des volontaires en période d’inactivité physique et suivre l’évolution de la quantité de BDNF sanguin. Ils ont ainsi pu établir que le lactate régule bien la production du BDNF.
Une étude menée chez la souris montre que le lactate produit par le muscle, relargué dans la circulation sanguine, est capable de traverser la barrière hématoencéphalique qui entoure le cerveau et de stimuler la production de BDNF au niveau de l’hippocampe, améliorant les processus d’apprentissage et de mémorisation.
Le lactate sera donc peut-être un futur traitement médical des pathologies neurodégénératives. En attendant, la pratique de sports comme la musculation avec des séries moyennes ou longues et la recherche de la brûlure musculaire sont donc les moyens les plus efficaces d’améliorer la santé du cerveau et du système nerveux.
BDNF et sclérose en plaques
Il est probable que les bienfaits du lactate diffèrent selon l’état de santé. Pour une personne sans problème particulier, des séries longues et moyennes sont probablement idéales pour préserver la santé cérébrale. Mais dans le cadre de certaines maladies comme la sclérose en plaques, cela peut être différent.
En effet, dans le cadre de cette maladie, la gaine de myéline est endommagée, ce qui fait que l’influx nerveux ne parvient pas bien à destination. Pour pouvoir utiliser mieux les muscles, il faut donc envoyer un signal électrique “plus fort” et cela ne se produit pas sans l’utilisation de charges plus lourdes. Dans ce contexte, il est donc probable qu’un mélange des différents types de séries soit idéal, c’est d’ailleurs l’approche que j’ai adoptée pour ma femme Emilie dans notre livre Vaincre la sclérose en plaques.
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