Les hormones contrôlent-elles l’agressivité ?
De nombreuses études se sont intéressées aux différences entre hommes et femmes. Sur le plan psychologique, ces différences sont nombreuses (voir les articles « les femmes ne se souviennent pas comme les hommes« , « les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Pluton » et « les hommes en filières scientifiques et les femmes en littérature ?« ) mais sont-elles le fruit de différences génétiques ? De l’éducation ? Du contexte social ?
Parallèlement à cela, il est communément répété que la testostérone augmente l’agressivité chez l’homme. Ce constat provient à l’origine des changements de comportement observés chez les sportifs utilisateurs de stéroïdes anabolisants dérivés de la testostérone. Certaines personnes affirment même que de fortes doses pourraient provoquer des accès de violence ou de folie avec agressivité, troubles de l’humeur, délires ou tentatives de suicide. Il est en revanche avéré que ces hormones peuvent aggraver des maladies comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire chez les personnes qui en sont victimes.
L’exact lien entre l’agressivité et les hormones n’avait jusqu’alors pas été beaucoup étudié in vivo (c’est-à-dire dans la nature). Chez l’homme les études précédentes n’ont pas été capables de confirmer que la testostérone était responsable de l’agressivité : tantôt le lien semble exister, tantôt il ne semble pas y avoir de lien. Autrement dit, certaines personnes sont naturellement agressives avec un taux de testostérone normal ou identique à celui retrouvé chez des hommes calmes.
Nouveaux résultats
Cette fois des chercheurs ont poussé les investigations in vivo sur une espèce de passereaux (oiseaux). Leur agressivité à été noté au cours de diverses interactions puis leur taux hormonaux mesurés. Résultat : sur l’ensemble des animaux, aucun lien entre le taux de testostérone et l’agressivité.
Les chercheurs ont alors également observé l’abondance d’ARN messager du récepteur aux androgènes (hormones mâles), du récepteur aux estrogènes (hormones femelles) et de l’aromatase (enzyme qui convertit la testostérone en estrogènes) dans certaines zones spécifiques du cerveau connues pour être le siège des émotions. Résultat : l’agressivité est directement proportionnelle à l’expression des gênes du récepteur aux androgènes. Plus clairement : l’agressivité n’est pas liée au taux de testostérone mais à la manière dont elle est utilisée dans le cerveau.
Pour les chercheurs il s’agit de la première étude du genre qui permettra de comprendre comment l’agressivité à évolué au fil de l’évolution. D’autres résultats sur cette question verront sans doute le jour dans les prochaines années mais les études en laboratoire permettent déjà d’affirmer qu’une activité minimale des récepteurs aux estrogènes est nécessaire pour qu’un comportement social normal puisse exister (y compris chez l’homme), expliquant dès lors pourquoi les médicaments qui agissent sur les estrogènes ont un impact profond sur l’humeur.
Référence : Rosvall KA, Bergeon Burns CM, Barske J, Goodson JL, Schlinger BA, Sengelaub DR, Ketterson ED. Neural sensitivity to sex steroids predicts individual differences in aggression: implications for behavioural evolution. Proc Biol Sci. 2012 Jun 6.
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Durant certains régimes, le taux de testostérone baisse mais l’agressivité augmente. Ca prouve bien que ce n’est pas une question de taux mais de conversion en estrogènes. Moins il y a de conversion et plus l’on est agressif. C’est bon à savoir pour les sportifs.
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