Dormir la lumière allumée la nuit ferait grossir (à cause de la mélatonine)

Modifié le 9 octobre 2024

Temps de lecture : 4 minutes
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Jeune femme dormant dans son lit avec une lampe allumée.

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Si l’alimentation et la sédentarité sont les principaux facteurs connus pour favoriser l’obésité, d’autres paramètres liés au mode de vie jouent un rôle. Par exemple, le manque de sommeil favorise les kilos en trop. Beaucoup d’entre nous dorment dans un environnement où persiste un éclairage de nuit : ainsi, en ville, l’éclairage public ou les enseignes lumineuses éclairent parfois les chambres à coucher. La lumière artificielle peut également provenir de l’intérieur du logement la nuit, à cause de lampes ou d’écrans qui restent allumés.

Impact de la lumière nocturne sur le poids

Le lien entre l’exposition à la lumière artificielle au cours de la nuit et le poids corporel a été étudié par des scientifiques du National Institute of Health (NIH). Leur recherche, publiée dans JAMA Internal Medicine, a porté sur 43 722 femmes âgées de 35 à 74 ans, provenant de 50 états des États-Unis et de Porto Rico. Elles ont répondu à des questionnaires sur leurs habitudes de sommeil et leur poids.

Étaient exclues de l’analyse les femmes qui travaillaient en équipe (et risquaient donc de travailler de nuit), dormaient le jour, les femmes enceintes, et celles qui avaient des antécédents de cancer ou de trouble cardiovasculaire quand l’étude a commencé. Le suivi a duré plus de cinq ans.

Dans cette population, 17,9 % des femmes dormaient dans le noir complet, 39,6 % avaient une petite lumière de type veilleuse, 30,8 % devaient supporter la lumière venant de l’extérieur et 11,7 % dormaient avec une lumière artificielle, lampe ou télévision.

Risque accru de surpoids et d’obésité

Graphique représentant l'association entre l'exposition à la lumière artificielle pendant le sommeil, la prise de poids et l'apparition de l'obésité.
Association entre l’exposition à la lumière artificielle pendant le sommeil, la prise de poids et l’apparition de l’obésité.

Les analyses ont révélé que, chez ces participantes, la lumière artificielle la nuit est associée à une prise de poids. Les femmes qui dormaient avec une lampe ou la télévision allumée avaient 17 % de risque supplémentaire de grossir de 5 kg sur la période de suivi.

Elles avaient aussi plus de risque de devenir obèses ou de développer un surpoids ! L’influence d’une lumière extérieure était plus modeste et la présence d’une veilleuse dans la chambre à coucher ne semblait pas avoir d’effet.

Par conséquent, dormir dans le noir complet permettrait de réduire son risque d’obésité et de surpoids. Dans un communiqué du NIH, Chandra Jackson, une des auteurs de cette recherche, explique :

« Les humains sont génétiquement adaptés à un environnement naturel comprenant la lumière du soleil pendant la journée et l’obscurité la nuit. 

L’exposition nocturne à la lumière artificielle peut modifier les hormones et d’autres processus biologiques, ce qui augmente le risque de problèmes de santé tels que l’obésité. »

Les méfaits de la pollution lumineuse

La présence de l’éclairage artificiel la nuit perturbe la sécrétion de la mélatonine par la glande pinéale et notre cycle circadien « jour-nuit », car l’exposition à la lumière diminue le taux de mélatonine.

Au cours des dernières décennies, la pollution lumineuse a beaucoup progressé. En plus de gêner les animaux nocturnes, la lumière artificielle perturbe le sommeil des habitants. En 2018, une étude sud-coréenne avait montré que les personnes qui vivent dans des zones où la pollution lumineuse est importante risquent plus de prendre des somnifères.

Graphique montrant que les personnes les plus exposées à la lumière artificielle (gris clair) sont plus susceptibles de consommer des médicaments pour dormir que celles moins exposées (en noir).
Les personnes les plus exposées à la lumière artificielle (gris clair) sont plus susceptibles de consommer des médicaments pour dormir que celles moins exposées (en noir).

L’exposition à la lumière bleue des écrans (smartphones, ordinateurs, tablettes…) influence aussi la sécrétion de mélatonine et le sommeil. Et c’est cette hormone qui joue un rôle crucial.

Influence de compléments alimentaires de mélatonine sur le poids

Comme l’obésité est liée à des problèmes de sommeil, des essais cliniques ont testé l’effet de compléments de mélatonine sur le poids. Dans une petite étude polonaise de 2017, 30 sujets obèses ont suivi un régime de restriction calorique pendant 30 jours. En même temps, 15 d’entre eux ont reçu 10 mg de mélatonine par jour et 15 un placebo.

À l’issue de cette période, seul le groupe qui a pris de la mélatonine a obtenu une perte de poids significative. D’après les auteurs, la restriction calorique induit un stress oxydatif chez les participants, que la mélatonine peut contrer par son action antioxydante. Cette substance naturelle apparaît donc comme un complément intéressant à prendre en parallèle d’un régime.

Amélioration du profil lipidique

En 2019, une méta-analyse a voulu faire le point sur les bénéfices d’une complémentation en mélatonine sur le profil en lipides sanguins. Les auteurs ont montré que, avec une dose d’au moins 8 mg par jour, la mélatonine permet une réduction significative des triglycérides. Mais cette synthèse de 12 études incluant 641 personnes n’a mis en évidence d’effet significatif sur le poids et l’IMC, suggérant que ce sujet devrait être approfondi lors de nouvelles études.

Il faut noter que les essais cliniques qui ont testé l’effet de la mélatonine sur le poids restent peu nombreux et de petite taille (moins de 100 participants), comme cette étude de 2015 qui a inclus 64 femmes ménopausées en surpoids, avec des troubles de l’appétit. La moitié des volontaires a pris un antidépresseur et un placebo et l’autre moitié le même antidépresseur avec 5 mg de mélatonine par jour, absorbée le soir. Les troubles du sommeil se sont améliorés dans les deux groupes, mais de manière plus prononcée avec la mélatonine. De plus, seul le groupe qui a pris la mélatonine a bénéficié d’une réduction de son IMC, qui est passé de 30,9 à 26,3 en moyenne en 24 semaines.

Le manque de mélatonine se fait particulièrement ressentir en hiver, même sans lampe de chevet allumée, car l’intensité des rayons lumineux est plus faible et les journées plus courtes. Cela occasionne alors fatigue, fragilité du système immunitaire et déprime voire dépression.

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