FODMAP, inhibiteurs de trypsine : leurs liens avec la sensibilité au gluten

Modifié le 25 septembre 2024

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Assortiment de pâtes sèches.

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La sensibilité au gluten reste une notion controversée, notamment en raison de l’absence de biomarqueurs clairs et de difficultés de diagnostic. Distincte en partie d’une mauvaise tolérance aux FODMAP, elle pourrait être liée, comme l’intolérance au gluten, a une réaction anormale de notre système immunitaire.

Le gluten vous rend malade ?

En lisant mon livre “Gluten, comment le blé moderne nous intoxique“, vous avez pu découvrir l’existence d’une nouvelle maladie liée au blé moderne, la sensibilité au gluten, à ne pas confondre avec l’intolérance au gluten (aussi appelée maladie cœliaque). La sensibilité au gluten ne peut pas être diagnostiquée par un examen classique tel qu’une prise de sang ou une coloscopie.
Pourtant, on sait avec précision que cette maladie existe réellement grâce à des études en double-aveugle contre placebo, dont les références sont indiquées dans le livre. Mais dans ces études, c’est le blé qu’on éliminait de l’alimentation des malades et non uniquement le gluten.
Se pourrait-il qu’il y ait dans le blé d’autres substances nocives qui soient responsables des symptômes de la sensibilité au gluten : maux de tête, ballonnements (“côlon irritable”), douleurs articulaires, fatigue ? Est-ce vraiment les mutations génétiques subies par le blé qui sont la cause des nouvelles maladies du gluten ?

La piste des FODMAP

FODMAP est un acronyme anglais qui signifie “Fermentable, Oligo-, Di-, Monosaccharides, And Polyols”. Dit plus simplement, les FODMAP sont des glucides de petite taille qui sont naturellement faiblement absorbés au niveau digestif et plutôt fermentés par le microbiote intestinal.
On retrouve dans cette catégorie de glucides les polyols (utilisés dans les produits diététiques allégés en sucre), le fructose (sucre des fruits), le lactose (sucre du lait) et d’autres apparentés. Et il se trouve que le blé est riche en fructanes, qui ne sont rien d’autres que de longues chaines de molécules de fructose accrochées les unes aux autres.
La fermentation intestinale de ces FODMAP étant un phénomène qui peut générer des flatulences et des ballonnements, des chercheurs se sont posé la question : la sensibilité au gluten ne serait-elle pas une simple intolérance aux FODMAP ?
Des chercheurs australiens ont récemment testé l’hypothèse dans une étude en double-aveugle : ils ont testé l’effet d’un régime pauvre en FODMAP accompagné de différentes quantités de gluten sur des malades “sensibles au gluten” et ayant un “côlon irritable”. L’intervention a amélioré les symptômes digestifs des participants, et la présence de gluten n’a eu que peu d’impact.
On pourrait donc rapidement conclure que la sensibilité au gluten n’existe pas et qu’il s’agit en fait d’une intolérance aux FODMAP mais en fait, pas du tout ! Car s’il est vrai que cette expérience peut expliquer les symptômes digestifs (ballonnements, troubles du transit) de la sensibilité au gluten, elle est incapable d’expliquer les symptômes généraux (douleurs articulaires, fatigue, migraines, etc.). De plus, il existe des aliments bien plus riches en FODMAP que le blé qui ne génèrent aucun symptôme chez les “sensibles”, comme les légumineuses par exemple.

Trois bols remplis de légumineuses (lentilles, haricots blancs)
Les légumineuses contiennent une teneur élevée de FODMAP, en particulier des galacto-oligosaccharides (GOS).

Des anomalies du système immunitaire dans la sensibilité au gluten

Les promoteurs du pain, des pâtes et autres produits à base de blé (souvent des industriels ou des médecins “proches” de ces derniers) s’empressent de critiquer l’existence même de la sensibilité au gluten puisqu’il est impossible de la diagnostiquer.
Mais ce n’est pas parce qu’on ne peut pas la diagnostiquer qu’elle n’existe pas. A l’époque d’Hippocrate, le père de la médecine moderne, on croyait fermement à la théorie des humeurs. La maladie n’était alors pas provoquée par des virus ou des bactéries (que personne ne pouvait voir !) mais par un déséquilibre de l’air, de l’eau, du feu et de la terre. Il faudra attendre le XVIIe siècle pour qu’Antonie van Leeuwenhoek, un savant néerlandais, parvienne à observer des bactéries grâce à un microscope de sa fabrication. Avec lui naissent la théorie microbienne et la biologie cellulaire. Aujourd’hui, avec l’avancée de la science, on a tendance à croire que la médecine toute puissante  a réponse à tout. Mais en vérité nous ignorons encore beaucoup.
Il n’y a pas si longtemps des médecins proposaient des anxiolytiques aux patients victimes d’ulcère de l’estomac jusqu’à ce qu’on découvre que 80% des ulcères étaient provoqués par une bactérie : Helicobacter Pylori. On est donc passé d’un traitement anxiolytique à un traitement antibiotique.

Suractivation de récepteur de l’immunité innée

Dans le cas de la sensibilité au gluten, de plus en plus de preuves scientifiques s’accumulent et nous permettent de mieux comprendre cette maladie.  Dès mars 2011, des chercheurs avaient publié une étude très poussée sur les mécanismes immunitaires de l’intolérance au gluten et de la sensibilité au gluten. Ils ont pu mettre en évidence qu’en cas de sensibilité au gluten, certains récepteurs du système immunitaire, dit “Toll-like”, s’activent de manière excessive.

Graphique montrant l'augmentation des niveaux de récepteurs Toll-like en cas de sensibilité au gluten (GS)
Augmentation des niveaux de récepteurs Toll-like en cas de sensibilité au gluten (GS).


Ces récepteurs jouent un rôle important dans l’immunité innée, par opposition à l’immunité acquise qui se développe au contact de virus ou de bactéries. Lorsque les récepteurs Toll-like s’activent, le système immunitaire réagit SANS PRODUIRE D’ANTICORPS, ce qui explique pourquoi une prise de sang classique ne montre rien d’anormal.
Ces résultats étaient le fruit d’un travail d’équipe entre chercheurs italiens et américains, avec la participation notamment du Dr Fasano, considéré comme le plus grand expert au monde des maladies liées au gluten, directeur du centre de recherches sur la maladie cœliaque à l’hôpital général du Massachusetts (Boston, USA) et dont vous pouvez retrouver une interview à la fin du livre.
Mais alors, qu’est-ce qui peut bien provoquer l’activation de ces récepteurs Toll-like ?

La sensibilité au gluten peut-être provoquée par des inhibiteurs de trypsine

Pour se défendre face aux insectes, les céréales ont toutes des armes naturelles. On les appelle les inhibiteurs d’alpha-amylase et les inhibiteurs de trypsine. L’alpha-amylase est une enzyme du tube digestif qui permet de digérer les glucides, tandis que la trypsine assure la digestion des protéines.
Quand un insecte s’attaque au blé, celui-ci ingère des inhibiteurs d’alpha-amylase et de trypsine qui peuvent provoquer sa mort. Mais que se passe-t-il quand un homme ingère ces inhibiteurs ?
Des travaux ont montré que ces inhibiteurs activent nos récepteurs Toll-like puis engendrent de l’inflammation et des effets systémiques. Ce phénomène pourrait expliquer les symptômes généraux liés à la consommation de blé.
Une collaboration internationale de chercheurs, à laquelle ont participé le Dr Bruno Bonaz (gastroentérologue et neuro-physiologiste au département Hépato-Gastroentérologie du CHU de Grenoble) et le Dr Fasano, a retenu cette hypothèse comme étant une piste très sérieuse pour expliquer la sensibilité au gluten.
De fait, les chercheurs pensent qu’il est possible qu’un jour la sensibilité au gluten soit redéfinie avec plus de précisions et change de nom. Cela pourrait donc peut-être devenir la “Sensibilité aux ATI” (Amylase Trypsine Inhibiteurs).

L’homme a rendu le blé toxique

Ces découvertes nous permettent donc de mieux comprendre le blé moderne mais elles permettent aussi de soutenir fortement les résultats de mon enquête : ce sont bien les terribles mutations génétiques du blé qui l’ont rendu toxique, aussi bien en rendant le gluten encore plus toxique pour les intolérants qu’en rendant les inhibiteurs de trypsine et d’amylase encore plus inflammatoires pour les sensibles. Moralité : restez éloigné des céréales contenant du gluten et encore plus des blés modernes.

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