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La nicotinamide riboside serait inefficace contre le vieillissement

molécule de nicotinamide

La nicotinamide riboside fait partie des suppléments alimentaires commercialisés pour lutter contre le vieillissement et les maladies liées à l’âge. Si son administration a donné des résultats intéressants chez la souris, peu de données sont disponibles chez l’Homme, ce qui n’empêche pas la vente de ces produits depuis plusieurs années. Quelle est l’efficacité de la nicotinamide riboside sur la longévité humaine, comporte-elle des risques ? Éléments de réponse dans cet article !

Qu’est-ce que la nicotinamide riboside ?

La nicotinamide riboside (NR), un dérivé de la vitamine B3, est une substance naturellement produite par notre organisme et présente dans certains aliments comme le lait. Elle permet la formation du nicotinamide adénine dinucléotide (NAD+) impliqué dans la production d’énergie au cœur de nos cellules et qui participe à de multiples processus : division cellulaire, réparation de l’ADN, signalisation…

Au fil du temps, la production de NAD+ décline et ce phénomène est identifié comme l’un des contributeurs au vieillissement et à l’installation des maladies liées à l’âge. Ainsi, relancer sa production apparaît être un levier pour lutter contre les méfaits du temps. Pour y parvenir, différents travaux ont montré que l’utilisation de ses précurseurs comme la nicotinamide riboside ou une substance proche, la nicotinamide mononucléotide, est la meilleure option.

La nicotinamide riboside est-elle un complément anti-âge ?

Un effet anti-âge remarquable chez la levure et la souris

Ainsi, depuis plusieurs années, la nicotinamide riboside est l’objet de nombreuses études cherchant à évaluer son impact sur le vieillissement et des résultats prometteurs ont été obtenus chez des animaux modèles. Cultiver des levures dans un milieu enrichi en ce composé permet de doubler leur espérance de vie. La manœuvre reproduit les effets bien connus de la restriction calorique, stimulant la fonction d’enzymes appelées sirtuines impliquées dans la longévité.

Chez la souris, l’effet sur l’espérance de vie est moins spectaculaire. Des animaux âgés recevant une supplémentation en nicotinamide riboside pendant 6 semaines ont vécu seulement 5% de plus que leurs semblables non traités dans le cadre d’une étude menée par le professeur Zhang de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne et relayée sur Sciences et Avenir.

Les données recueillies au cours de diverses expériences convergent toutes vers la mise en lumière de bénéfices sur la santé des cobayes. L’équipe du professeur Han de l’académie des sciences médicales de Zhejiang a montré qu’un traitement de trois mois chez des souris âgées exerce une action favorable sur les niveaux de cholestérol et d’enzymes produites par le foie, avec une diminution de la masse grasse.

Hee Jae Lee et Soo Jin Yang de l’université des femmes de Séoul ont montré qu’une supplémentation de 6 semaines chez des souris diabétiques atténue la quantité de messagers inflammatoires au niveau du cerveau et la production de peptides β-amyloïdes, les composés qui s’accumulent en cas de maladie d’Alzheimer. Avec au final une amélioration des fonctions cérébrales des animaux.

D’autres travaux ont mis en évidence une résistance à la prise de poids, une diminution du taux de sucre sanguin et de l’accumulation de graisses dans le foie, une amélioration de la fonction cardiaque en cas de maladie du cœur d’origine génétique, une prévention de la perte auditive liée au bruit grâce à la supplémentation.

Des résultats pas très concluants chez l’homme

Face à ces résultats prometteurs, il est tentant de se ruer sur les suppléments alimentaires de nicotinamide riboside, qui laissent entrevoir la possibilité de vivre en bonne santé et plus longtemps, sans avoir besoin de s’affamer pour limiter ses apports caloriques ou de pratiquer du sport de façon soutenue. Mais une substance peut être très active sur des animaux et peu ou pas active chez l’homme, comme le curcuma par exemple. Il faut donc se poser la question : des études attestent-elles de son efficacité chez l’homme ?

À ce jour, un nombre relativement restreints d’essais cliniques ont été menés, partiellement financés pour certains par les sociétés qui commercialisent ces produits, Elysium Health et ChromaDex.

L’un d’eux, dirigé par Ryan Dellinger de la socité Elysium Health, et dont les résultats ont été publiés en 2017, a conclu que l’administration d’un mélange de nicotinamide riboside et de ptérostilbène (un antioxydant présent dans les myrtilles) est bien tolérée et augmente les niveaux de NAD+.

Les participants recrutés avaient entre 60 et 80 ans, et les doses utilisées étaient de 250 ou 500 mg de nicotinamide riboside et 50 ou 100 mg de ptérostilbène selon les groupes, pendant 8 semaines. Cette étude n’a pas été plus loin et ne dit pas si la supplémentation s’est traduite pas des effets positifs sur la santé des participants… Ce qui n’est pas très bon signe.

Une recherche conduite par Christopher Martens de l’université du Colorado dont les résultats ont été publiés en 2018, a été menée auprès de 24 personnes qui ont reçu pendant 6 semaines 500 mg de nicotinamide riboside deux fois par jour et un placebo sur la même durée, avec une pause de deux semaines entre les deux.

Une fois encore, le traitement a été bien toléré et a conduit à une élévation de la concentration en NAD+. Une tendance à réduire la pression artérielle systolique et la rigidité artérielle a été mise en évidence, mais elle n’était pas significative d’un point de vue statistique. Autrement dit, les résultats obtenus pouvaient être liés au hasard et n’avoir aucun lien avec la supplémentation. Les auteurs ont donc lancé un autre essai clinique qui seul pourra valider ce potentiel bénéfice.

Enfin, des résultats décevants ont été obtenus lors d’un essai clinique dirigé par Yasir Elhassan de l’université de Birmingham, datant d’août 2019. Cette fois-ci, 12 hommes âgés ont reçu 1 g de nicotinamide riboside par jour pendant 21 jours.

Bien que la supplémentation ait permis d’augmenter la quantité de NAD+ au niveau des muscles squelettiques et diminué la quantité de molécules inflammatoires, cela n’a pas eu de répercussions directes sur l’organisme des participants. Plusieurs indicateurs étaient étudiés comme la force de préhension ou le flux sanguin musculaire et ceux-ci ne se sont pas améliorés par rapport au groupe placebo.

Ces données divergent de celles obtenues chez l’animal, ou une amélioration du flux sanguin s’était manifestée avec l’administration de précurseur de NAD+.

Dans une première version de leur article, les chercheurs révélaient un fait surprenant. Lorsqu’ils ont étudié la concentration de NAD+ au niveau du muscle et du cerveau chez de jeunes gens et des personnes plus âgées, ils n’ont pas constaté de différences significatives. Autrement dit, la molécule ne se raréfie pas avec l’âge. S’il n’y a plus de manque à corriger, l’intérêt d’une supplémentation devient bien moins évident…

Plus préoccupant, la supplémentation en nicotinamide riboside a provoqué l’élévation du taux sanguin de N-méthyl nicotinamide (MeNAM). Or, une augmentation de la production de l’enzyme qui permet de la former, la nicotinamide N-méthyltransférase, a été associée au diabète de type 2. Et ce n’est pas le seul élément qui suscite l’inquiétude dans la communauté scientifique…

La nicotinamide pourrait faciliter la prolifération du cancer

Les spécialistes du cancer s’intéressent de très près au métabolisme du NAD+ car il joue un rôle important dans le processus pathologique, les cellules cancéreuses ayant de grands besoins énergétiques pour assurer leur croissance rapide. La quantité de NAMPT, la principale enzyme permettant la formation de NAD+, est augmentée dans les cellules issues de cancer colorectaux, des ovaires, du sein, de l’estomac, de la thyroïde, de la prostate, dans les gliomes ou les lymphomes.

Ainsi, cibler cette enzyme pour réduire la quantité de NAD+ et ainsi priver les cellules cancéreuses de l’énergie nécessaire à leur développement représente une piste pour la mise au point de nouveaux traitements. Une étude a par exemple montré que bloquer l’action de la NAMPT réduit la croissance de tumeurs du pancréas chez la souris.

Des chercheurs ont également montré que les patients souffrant d’un glioblastome, un cancer du cerveau particulièrement agressif, meurent plus rapidement quand les cellules présentent un niveau élevé de NAMPT. Lorsqu’ils ont transféré ces cellules cancéreuses présentant de hauts niveaux de l’enzyme à des souris, elles ont rapidement proliféré et ont formé de nouvelles tumeurs. En inhibant l’enzyme, ce phénomène a été mieux contrôlé et la survie des souris a été prolongée. De plus, cette approche augmente facilite la destruction des cellules cancéreuses par radiothérapie.

En d’autres termes, la nicotinamide riboside pourrait peut-être avoir un effet secondaire inattendu : celui d’augmenter la croissance des cellules tumorales.

On retiendra :

  • La nicotinamide riboside améliore la longévité de certains animaux mais pas tous.
  • La nicotinamide riboside ne semble pas en mesure d’améliorer la longévité humaine.
  • Aucun bénéfice significatif sur la santé n’a jamais été observé chez l’être humain.
  • Des risques en lien avec le cancer sont possibles.

Lectures recommandées :


Références :

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