Une étude démontre que la « mémoire musculaire » existe

C’est un phénomène que la plupart des sportifs ont déjà constaté : en cas d’arrêt de l’activité physique ayant entraîné une perte de masse musculaire, le temps nécessaire pour récupérer la même quantité de muscles à la reprise de l’entraînement est beaucoup plus court que lors de la première fois. Des chercheurs de l’université de Keele (Angleterre), viennent de découvrir pourquoi.

Analyse de la méthylation de l’ADN pour observer la mémoire musculaire

Pour leurs travaux, les chercheurs ont suivi plusieurs volontaires sédentaires sur lesquels ils ont effectué des biopsies (prélèvements) de tissu musculaire au cours d’un entraînement en musculation, puis pendant une période d’arrêt de l’entraînement et enfin pendant une période de reprise de l’entraînement.

Ils ont ainsi analysé 850 000 segments d’ADN via le processus de méthylation. La méthylation est un processus chimique dans lequel un stimulus extérieur (environnement) modifie l’ADN sans modifier le code génétique. Quand la méthylation a lieu, c’est l’expression du gène qui change : il peut être soit activé, soit inactivé en fonction des circonstances. C’est pourquoi (par exemple) deux individus au génome identique peuvent avoir des problèmes de santé différents, selon leur mode de vie et leur environnement.

Dans le cas de la musculation, les chercheurs ont constaté une hypométhylation persistante de certains gènes malgré l’arrêt de l’entraînement. En conséquence, à la reprise de l’entraînement, les muscles répondaient mieux et plus vite à la croissance musculaire.

Le Pr Sharples, qui a dirigé l’étude, explique : « Dans cette étude, nous avons démontré que les gènes de la croissance musculaire sont plus actifs après l’entraînement mais, plus important encore, que l’activité de ces gènes reste plus élevée dans le temps, même lorsque nous perdons ces muscles. Cette modification aide le gène a s’activer plus fortement lors d’un futur entraînement ce qui est est associé à une croissance musculaire plus importante. Cela démontre une mémoire épigénétique de la croissance musculaire. »

Les avantages du dopage perdurent dans le temps, même après l’arrêt des produits

Les chercheurs expliquent aussi que la conséquence de cette découverte est très importante car elle montre que, quand on a utilisé des produits dopants, on conserve un avantage génétique dans le temps; bien après l’arrêt des produits. Il n’est donc pas possible pour un sportif ayant utilisé, même une fois dans sa vie, des produits dopants de se considérer ensuite comme « naturel ».

Cette découverte pourrait avoir des conséquences importantes en matière de lutte antidopage comme l’explique un des autres auteurs de l’étude : « Si un athlète de haut niveau prend des produits dopants pour gagner de la masse musculaire, ses muscles conservent une certaine mémoire musculaire de cette croissance musculaire passée. Si l’athlète est attrapé lors d’un contrôle antidopage alors cela pourrait signifier qu’une sanction de courte durée n’est pas appropriée car il continuera à avoir un avantage sur les autres, même s’il ne prend plus aucun produit maintenant. »

Référence : Robert A. Seaborne, Juliette Strauss, Matthew Cocks, Sam Shepherd, Thomas D. O’Brien, Ken A. van Someren, Phillip G. Bell, Christopher Murgatroyd, James P. Morton, Claire E. Stewart & Adam P. Sharples. Human Skeletal Muscle Possesses an Epigenetic Memory of Hypertrophy. Scientific Reports. volume 8, Article number: 1898 (2018) 

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One Response Comment

  • Dragon  7 février 2018 at 16 h 39 min

    Bonjour Julien, je suis végétarienne et allergique ou intolérante à pas mal de molécules (allergies: protéines de tous les laits, glutens, venin de moustiques, acariens/ intolérances: soja blanc d’oeuf, spiruline, curcuma) et je souffre d’une maladie auto immune qui accélère le catabolisme de mes muscles. Le médecin me conseille beaucoup de sport (mais je suis très fatigable) et moi, je suis consciente que mon alimentation comporte trop peu de protéines. j’ai acheté une boite de poudre protéines de riz brun bio la semaine dernière mais à la lecture de vos articles, je n’y ai pas touché (cf acide phytique contenu dans le riz brun). Que pourriez vous me conseiller? Je ne suis pas une grosse mangeuse non plus… Merci quoiqu’il en soit, bien à vous, Karine.

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