La testostérone augmente-t-elle l’agressivité ?

boxeur agressif plein de testostérone

La testostérone est une hormone stéroïde produite en grande quantité par les hommes, responsable du développement de l’appareil génital et de l’apparition des caractères sexuels secondaires à la puberté (pilosité, voix grave, développement de la musculature…). Elle est le symbole de la masculinité et on l’associe volontiers à l’agressivité, mais qu’en est-il réellement ? Cet article présente les effets de la testostérone sur les comportements quand elle est présente en quantité physiologique dans l’organisme, mais également son impact quand elle est prise à forte dose en cas de dopage.

Les liens étroits entre testostérone et agressivité

L’agressivité est une tendance comportementale commune au sein du règne animal, observée plus fréquemment chez les mâles que les femelles. Dirigée contre des représentants d’autres espèces ou ses propres congénères, elle permet de s’imposer dans un rôle dominant et facilite l’accès à la reproduction. Ces comportements sont en lien étroits avec la production de testostérone, et l’homme ne semble pas échapper à cette influence.

La testostérone est produite à partir du cholestérol, principalement au niveau des organes génitaux de l’homme, par les cellules de Leydig du testicule, mais aussi en petite quantité par les ovaires chez la femme. Les glandes surrénales en secrètent également.

Des niveaux de testostérone élevés chez les hommes agressifs

De nombreux travaux cherchant à établir l’éventuelle responsabilité de l’hormone dans les comportements agressifs ont été menés dans un milieu qui concentre la violence : la prison. Des études ont ainsi établi que les hommes incarcérés pour avoir commis des crimes violents présentent des niveaux de testostérone dans leur salive plus élevés que ceux emprisonnés pour des crimes d’une autre nature. Les détenus qui enfreignent les règles au sein du milieu carcéral présentent également des niveaux salivaires plus importants de testostérone.

Par ailleurs, une étude conduite par les Professeurs Dabbs et Morris de l’université de l’état de Géorgie aux États-Unis auprès d’un large échantillon d’hommes de l’armée américaine (près de 4500) a établi un lien entre le niveau sanguin de testostérone et différents comportements antisociaux et violents.

Un niveau accru de testostérone a également été mis en évidence au niveau du liquide dans lequel baigne le cerveau chez les hommes alcooliques coutumiers de faits de violence par rapport à des hommes plus pacifiques.

La castration chimique réduit certains comportements agressifs

Ces données ne suffisent pour autant pas à incriminer la responsabilité de la testostérone dans les comportements agressifs ; une étude dirigée par le Professseur Loosen du département de psychiatrie de l’université Vanderbilt de Nashville dans le Tennessee dessine plus précisément ce lien de causalité.

Des hommes volontaires ont accepté de recevoir un médicament qui bloque la production d’une hormone, la gonadolibérine (GnRH), produite par l’hypothalamus située au niveau du cerveau. Celle-ci ne peut plus stimuler la production de deux autres hormones par l’hypophyse, elles-mêmes impliquées dans la sécrétion de testostérone. La prise de ce composé revient donc à réaliser une castration chimique, réversible dès son arrêt. Le manque de testostérone a provoqué une baisse des comportements agressifs dirigés vers autrui chez l’ensemble des participants.

La testostérone active les zones cérébrales impliquées dans la réactions face aux menaces

Comment expliquer cet effet de la testostérone sur le comportement ? Pour le comprendre, il faut en observer ses effets sur le cerveau.

L’équipe du professeur Goetz, psychologue à l’université de Wayne à Détroit, s’est intéressée aux conséquences de l’administration d’une seule dose de testostérone sur la réponse cérébrale de 16 jeunes hommes en bonne santé. Ils n’ont pas utilisé une dose massive de testostérone, mais bien une quantité comparable à celle que l’organisme masculin peut produire naturellement.

Les niveaux de testostérone circulant dans l’organisme ont rapidement augmenté et la réactivité de plusieurs régions du cerveau s’est accrue lorsqu’on a présenté aux participants des photos de visages exprimant la colère. Les régions cérébrales activées, principalement l’amygdale et l’hypothalamus, sont celles impliquées dans la réaction face aux menaces et aux agressions. Dans les mêmes circonstances, le cerveau des femmes réagit de façon comparable.

Des psychologues de l’université du Texas à Austin ont par ailleurs montré que l’hormone réduit en revanche l’activité dans la zone orbito-frontale, une région du cerveau impliquée dans la maîtrise des pulsions et le contrôle de soi. Elle diminue également la connectivité entre cette région du cerveau et l’amygdale.

De telles caractéristiques – une hyperactivité de l’amygdale couplée à une baisse d’activité de la région orbito-frontale – est d’ailleurs observée de façon caractéristique chez des personnes ayant une tendance à commettre des agressions de façon impulsive.

Les effets de la testostérone dépendent de votre personnalité et de votre statut social

Conclure que la testostérone rend les hommes agressifs serait pourtant un raccourci trop rapide. En effet, différents paramètres vont réguler l’impact de l’hormone sur le comportement.

Pour évaluer les effets de l’administration de testostérone sur l’agressivité, des chercheurs canadiens dirigés par le Professeur Justin Carré ont recruté 121 hommes, qui ont reçu une dose de l’hormone ou un produit un placebo. Les participants ont ensuite joué à un jeu vidéo qui évalue les comportements agressifs en réponse à une provocation sociale. L’administration de testostérone a provoqué une augmentation de l’agressivité rapidement (en l’espace de 60 minutes), mais uniquement chez les participants qui présentent un caractère dominant ou une faible maîtrise de soi.

Cette même équipe avait quelques années auparavant montré que ce n’est pas le taux de testostérone de base qui influence les comportements agressifs, mais plus l’intensité de son élévation au cours d’une compétition.

La concentration en testostérone dans l’organisme n’est pas toujours au même niveau ; elle varie au cours de la journée, des saisons ou des événements, augmentant lors d’une compétition sportive par exemple ou en cas de danger.

Là encore, la personnalité intervient : la testostérone dont les niveaux sont boostés après une victoire encourage les réponses violentes, mais uniquement chez les hommes dominants.

Le Professeur Yukako Inoue et son équipe de l’université de Tokyo ont montré qu’un fort taux de testostérone peut aussi bien promouvoir la dominance que la soumission, selon le statut social des personnes. Cela suggère que la testostérone pourrait en fait optimiser le comportement social des personnes, leur permettant de s’adapter au mieux en fonction du contexte. Il a aussi été montré que l’administration de testostérone renforce la tendance à se conformer aux normes morales de la société lorsqu’on fait face à un dilemme moral.

L’hormone pourrait donc avoir une influence bien plus complexe sur la personnalité, qui tranche avec la simple image de brutalité qui lui est associée.

L’usage des stéroïdes androgéniques est-elle responsable de comportements violents chez les athlètes ?

À dose physiologique, l’hormone mâle a donc un effet subtil sur les comportements, qui varie en fonction du caractère des personnes ou de leurs conditions sociales. Ces effets semblent en revanche bien différents lorsqu’elle est utilisée à forte dose dans le cadre du dopage.

Elle fait en effet partie des stéroïdes androgéniques anabolisants utilisés par certains sportifs, amateurs ou professionnels, pour développer leur masse musculaire. Elle n’est pas uniquement plébiscitée par les bodybuildeurs ; elle exerce également une action sur la moelle osseuse, augmentant la production des globules rouges. Avec un sang mieux oxygéné, les capacités d’endurance augmentent, un atout indéniable pour de nombreux pratiquants. Il est d’ailleurs possible de maintenir un taux élevé de testostérone naturellement pour améliorer ses performances sportives.

De fortes doses de testostérone déclenchent des réactions violentes

Parmi les nombreux effets indésirables sur la santé associé à la prise de testostérone comme substance dopante, figure l’augmentation de l’agressivité. Les anglophones utilisent un terme évocateur pour définir une des formes extrême qu’elle peut prendre : la « roid rage », un accès de rage associé à la prise des stéroïdes.

L’impact de la prise de quantité importante dérivés de testostérone a été l’objet de nombreuses études.

L’une d’elles a montré que l’administration de 600 mg de testostérone par semaine augmente symptômes maniaques (hyperactivité, euphorie, agitation, sentiment de puissance…) et les comportements agressifs chez les hommes. Cependant, tous ne réagissent pas de la même manière et un petit nombre va subir ces effets de façon particulièrement intense.

Une autre étude a comparé les effets d’une faible (40 mg par jour) et d’une forte (240 mg par jour) dose de méthyltestostérone – une forme synthétique de l’hormone utilisé comme traitement pour les hommes présentant un déficit en testostérone et détournée en produit dopant – pendant trois jours sur l’humeur et le comportement de 20 jeunes hommes en bonne santé.

La plus forte dose a provoqué des changements sur plusieurs aspects de la personnalité des participants, dont l’irritabilité, a provoqué l’apparition de sentiments d’hostilité et de violence, de façon subtile mais bien réelle chez la plupart des participants. Deux ont réagi de façon extrême : l’un a présenté un épisode maniaque, l’autre un épisode hypomaniaque (moins intense que le précédent).

Des adolescents plus vulnérables face aux effets sur les comportements violents de la testostérone ?

Les comportements violents liés à la prise de testostérone à des fins de dopage ne sont pas observés seulement chez les adultes. L’équipe de Kevin Beaver du collège de criminologie de l’université d’état de Floride a mené une étude auprès de 6823 adolescents, révélant que les usagers de stéroïdes sont plus prompts à présenter des comportements violents que leurs camarades.

Les adolescents pourraient être encore plus sensibles aux effets de la testostérone : chez les jeunes gens, même la prise de doses physiologiques, bien en deçà des quantités utilisées dans le cadre du dopage, peut générer des comportements violents.

Une étude menée chez l’animal souligne cette réponse différente lors de la prise de stéroïdes selon la période de la vie. L’administration de doses modestes de testostérone au cours de l’adolescence de hamsters se traduit par une augmentation des comportements agressifs, tandis que la période de sevrage subséquente les voit disparaître, remplacés par des manifestations anxieuses. Chez les adultes, les effets contrastent : l’administration de l’hormone ne provoque pas de comportements violents et apaise même les manifestations anxieuses.

Ceci suggère que les effets des stéroïdes androgéniques peut plus facilement conduire à de la violence lorsqu’ils sont administrés à une phase sensible en terme de développement cérébral. La maturation du cerveau est encore loin d’être achevée à cette période de la vie (elle ne le sera que vers une vingtaine d’années).

Pour aller plus loin :


Références :

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