Méga-doses de vitamine C, cancer et santé : toute la vérité

Modifié le 7 février 2025

Temps de lecture : 7 minutes
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Des comprimés de vitamine C dans une cuillère posée sur une table avec des fruit en arrière plan

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Depuis que je travaille dans la nutrition, j’ai toujours lu d’incroyables histoires sur la vitamine C. Un jour elle guérirait le cancer, le lendemain elle serait utilisée par les Chinois pour soigner le coronavirus. Même s’il est vrai qu’il y a toujours eu des combats d’idées et des conflits d’intérêts entre les laboratoires qui fabriquent des médicaments coûteux et des solutions plus naturelles, le cas de la vitamine C est particulier puisqu’aucun organisme de santé ou laboratoire de recherche indépendant n’a jamais pu confirmer les effets extraordinaires qu’on peut parfois lire sur internet.

Cette situation est différente par rapport à d’autres substances naturelles. Par exemple, en ce qui concerne l’Artemisia contre le paludisme, beaucoup de laboratoires essayent de faire croire qu’elle est inefficace mais l’OMS a validé son efficacité. On retrouve une situation similaire avec le curcuma : complément alimentaire miracle capable de soigner la plupart des maladies selon les vendeurs mais en réalité très peu efficace avec des milliers d’études truquées.

Pour revenir à la vitamine C, son histoire est probablement particulière parce qu’elle fut beaucoup étudiée et mise en avant par le seul homme à avoir eu deux prix Nobel : Linus Pauling. Cet article a donc pour objectif de démêler le vrai du faux à partir des données scientifiques indépendantes : la vitamine C est-elle une substance miracle dont on veut nous cacher les effets ou s’agit-il encore d’une arnaque d’internet ?

Pourquoi la question des besoins en vitamine C déchaine les passions

Il y a environ 40 millions d’années, nos ancêtres vivaient près de l’équateur dans une abondance de fruits riches en vitamine C qu’ils consommaient à longueur de journée. Leurs apports en vitamine C étaient donc élevés et il n’y avait plus de nécessité pour l’organisme de gaspiller de l’énergie en synthétisant cette substance abondante.

Graphique montrant les mammifères  capables de produire ou non de la vitamine C.
Capacité des mammifères à produire la vitamine C (en noir : espèce capable, en gris : espèce incapable).

Le gène activant l’enzyme (la L-gulono-gamma-lactone oxydase) qui  transforme le glucose en acide ascorbique (le nom chimique de la vitamine C) s’est donc mis en sommeil. Depuis cette époque, nous sommes donc dépendants des apports alimentaires en vitamine C.

Le gène non fonctionnel de cette enzyme existe d’ailleurs toujours chez l’Homme et a été localisé : il se situe sur le chromosome 8, à l’emplacement p21. Très peu de mammifères partagent avec nous cette caractéristique.

C’est le cas de primates supérieurs (macaque, singe vert d’Afrique), du cochon d’Inde et de certaines chauves-souris. Pour les autres qui la synthétisent dans leur foie ou dans leurs reins, ce n’est donc pas une vitamine.

Depuis cette découverte, la question des besoins réels et optimums en vitamine C pour l’homme fait débat. En effet, les apports journaliers recommandés par les autorités de santé (entre 90 et 110 mg par jour) ne sont établis que dans le but de prévenir la carence sévère et facilement observable en vitamine C. Elle conduit au scorbut, une maladie caractérisée des saignements gingivaux, de la fatigue, un déchaussement des dents puis la mort.

En aucun cas, ces apports n’ont été formulés pour « placer l’organisme dans des conditions de fonctionnement optimal ». L’observation de primates supérieurs (qui ne synthétisent plus non plus la vitamine C) dans leur environnement naturel, a permis de constater des apports quotidiens en vitamine C situés entre 2000 mg et 8000 mg, soulevant encore plus l’interrogation.

Quels sont nos réels besoins en vitamine C ?

Photo de Linus Pauling.
Linus Pauling, chimiste et biochimiste américain.

La suite de l’histoire tient pour beaucoup à Linus Pauling, un scientifique qui marquera l’histoire à jamais puisque c’est le seul homme au monde à avoir été récompensé de deux prix Nobel : un prix Nobel de chimie en 1954 pour sa contribution à la découverte de la structure des protéines et un prix Nobel de la paix en 1962 pour sa lutte de plus de 10 ans contre les essais nucléaires dans l’atmosphère.

Sa notoriété ne vient pas de ses connaissances incroyables en physique quantique ou en chimie, bien qu’elles lui valurent d’être qualifié de génie par Albert Einstein, mais plutôt de ses travaux remarquables sur les vitamines et en particulier sur la vitamine C. En 1970 il publie un livre qui secouera le monde médical pendant plus de 20 ans : La vitamine C et le rhume, et dans lequel il soutient qu’une supplémentation en vitamine C peut réduire le risque de rhume et diminuer la durée des symptômes. Il affirmera plus tard que cette vitamine peut prévenir les maladies cardiovasculaires, en se basant notamment sur le constat que les animaux qui fabriquent eux-mêmes la vitamine C ne connaissent pas ces maladies.

À ce jour, plusieurs centaines d’études scientifiques ont été menées en 50 ans sur les effets de la vitamine C et certains éléments sont particulièrement clairs : les sportifs ont des besoins plus importants en vitamine C que les sédentaires, et en particulier les sportifs d’endurance. Chez eux, un apport de 500 à 1000mg par jour permet de maintenir un système immunitaire performant et de diminuer la fréquence et les symptômes du rhume. Des apports similaires devraient être recommandés aux fumeurs, car le tabac augmente très nettement les besoins en vitamine C.

Les recommandations de l’Institut Linus Pauling

À l’âge de 72 ans, Linus Pauling avait l’état de santé d’un jeune homme et il mettait sur pieds l’Institut pour la médecine orthomoléculaire en Californie, une organisation de recherche focalisée sur l’utilisation de vitamines et de micronutriments pour prévenir ou soigner des maladies.

Aujourd’hui, l’établissement a été déplacé à l’université de l’Oregon où il occupe le bâtiment le plus important et porte le nom d’Institut Linus Pauling. Financé majoritairement par le ministère de la santé américain, il dispose d’une parfaite indépendance et peut librement poursuivre ses recherches sur les micronutriments et en particulier sur la vitamine C. Il est désormais dirigé par le Pr Balz Frei, un érudit au curriculum vitae long comme le bras (professeur de nutrition à l’université de Harvard, professeur de toxicologie moléculaire, professeur de biochimie et de médecine et récompensé par de multiples prix scientifiques). Cet organisme de référence considère que les besoins optimums en vitamine C de l’être humain (sédentaire) sont « d’au moins 400 mg par jour ».

À cette dose, les chercheurs de l’Institut Linus Pauling estiment qu’on obtient des effets bénéfiques très importants sur la résistance aux stress, la prévention et le traitement de l’hypertension artérielle, la santé des vaisseaux sanguins et des artères et dans la prévention des cancers.

Effets de la supplémentation avec de fortes doses de vitamine C

Qu’en est-il alors des méga doses de vitamine C (entre 2 et 15g par jour) si populaires dans les milieux alternatifs, mais aussi promues par Linus Pauling à un moment de sa vie ? Plusieurs études ont été menées sur la question et toutes les méta-analyses menées (analyse d’un ensemble d’études portant sur un même sujet) arrivent à la même conclusion : les méga doses de vitamine C ne sont pas plus efficaces pour prévenir le rhume et ne semblent pas avoir de bénéfice particulier, mais ont des effets secondaires : accélération du transit et augmentation du risque de calculs rénaux chez les personnes prédisposées. Sur le plan de l’évolution, ces résultats sont assez étonnants, car si nos cousins primates ont besoin d’apports 20 à 80 fois supérieurs en vitamine C, pourquoi sommes nous différents ?

La réponse provient des chercheurs en pharmacologie du Texas. Dès les années 70, ils ont montré que lorsque l’homme a perdu la capacité à fabriquer la vitamine C, il a perdu de manière conjointe l’activité d’une autre enzyme, l’urate oxydase. Cette enzyme permet d’éliminer l’acide urique en le métabolisant en 5-hydroxyisourate. Or, il se trouve que l’acide urique, bien que nocif en excès, est aussi un antioxydant extrêmement puissant dans le corps humain (50% de l’activité antioxydante de notre plasma serait le fait de l’acide urique).

L’augmentation de l’acide urique circulant aurait ainsi pris la place de la vitamine C, diminuant nettement nos besoins, et nous permettant alors de survivre dans des régions au climat beaucoup moins tempéré (Nord de L’Europe) avec une alimentation principalement carnée et pauvre en fruits et légumes.

Mégadoses de vitamine C et cancer

Les partisans des mégadoses de vitamine C soutiennent aussi que celle-ci serait terriblement efficace dans le traitement du cancer, à condition qu’elle soit administrée par injection. Une synthèse des 33 dernières années d’expérimentation de la vitamine C contre le cancer a conclu que les études sont encore très contradictoires : tantôt efficace, notamment par l’intermédiaire d’une modulation de l’inflammation, tantôt inefficace, nul ne sait à qui la vitamine C en injection doit être recommandée, ni de quelle manière. Toutefois, les injections de vitamine C semblent très efficaces pour diminuer les effets secondaires de la chimiothérapie, à des doses situées entre 50 et 150g par jour. Aucun effet sur le traitement du cancer ne peut être observé avec de la vitamine C par voie orale, même avec plus de 10g par jour.

Les mégadoses de vitamine C mauvaises pour les sportifs ?

Enfin, deux études menées auprès de larges échantillons de la population suédoise, aussi bien féminine que masculine, ont montré que les personnes qui prennent plus de 1000 mg par jour de vitamine C pourraient présenter un risque accru de cataracte. Chez les sportifs d’endurance, une étude récente a montré que des doses élevées de vitamines C (1000 mg) et E (235 mg) pouvaient diminuer les capacités d’adaptation à l’effort.

Une analyse récente d’une dizaine d’études ayant testé l’effet d’une supplémentation d’antioxydants à forte dose sur des sportifs a conclu que ces derniers étaient inutiles ou contreproductifs pour la performance. Ces résultats ne sont en fait pas surprenants : l’adaptation à un stress physique (ou psychologique) nécessite d’abord que le stress soit bien ressenti par l’organisme afin qu’il s’adapte et se renforce. Si de grosses doses d’antioxydants bloquent ce ressenti, l’adaptation n’est pas possible et la progression est ralentie.

Compte tenu de tous ces éléments, je déconseille aux personnes en bonne santé de prendre plus de 500 mg par jour pour les sédentaires et 1000 mg par jour pour les sportifs d’endurance ou de force et je déconseille de combiner la vitamine C à d’autres antioxydants isolés concentrés (fortes doses). À doses modestes, cela ne pose pas de problème.

La forme à privilégier en supplément

Graphique indiquant l'effet de l'administration de vitamine C synthétique ou naturelle sur le taux sanguin de vitamine C.
Les formes synthétique (en noir) et naturelle (en blanc) de vitamine C sont aussi efficaces pour améliorer la concentration sanguine en ce micronutriment.

La vitamine C est fréquemment vendue sous forme de compléments alimentaires « naturels » telle que la « vitamine C acérola », mais de nombreuses études scientifiques ont démontré qu’il n’y avait aucune différence entre la vitamine C naturelle et la vitamine C synthétique fabriquée en laboratoire.

Ces deux molécules sont en effet strictement identiques et ont donc exactement les mêmes effets dans l’organisme. Seule réelle différence : le prix, dérisoire avec la vitamine C synthétique et exorbitante avec la « vitamine C naturelle ». Prenez donc la vitamine C la moins chère, si possible sans excipient douteux (édulcorant chimique ou additif), en évitant la forme liposomale.

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