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Les risques du régime cétogène

Le régime cétogène comporte quelques risques et dangers méconnus

Réduire drastiquement la part des glucides de son alimentation dans l’idée de perdre du poids ou lutter contre une maladie chronique, tel est le principe de base du régime cétogène. S’il peut apporter des bienfaits sur la santé, il comporte certains effets indésirables parfois sévères. Un point s’impose avant de se lancer dans un régime kéto !  

Qu’est-ce que le régime cétogène ?

Le régime cétogène consiste à limiter drastiquement les apports en glucides (on parle de régime hypoglucidique) et augmenter la part des graisses dans l’alimentation. Les apports en macronutriments se répartissent typiquement selon ce schéma :

  • 80 % de matières grasses
  • 15 % de protéines
  • 5 % de glucides

Cette répartition des macronutriments n’est pas strictement figée, mais le dénominateur commun à une diète cétogène reste une très faible proportion de glucides. Les protéines peuvent quand à elles monter à 30 voir 35 % du total, à l’extrême. Il est toutefois important de garder à l’esprit que les protéines en excès seront facilement converties en glucides par désamination, ce qui est défavorable à la cétose et donc contraire au but recherché.

Ce régime restreint sévèrement les produits riches en glucides comme les féculents, les légumineuses et certains fruits et légumes. Il fait la part belle aux viandes, aux poissons gras, aux produits laitiers (beurre, crème fraîche, fromages), aux graines oléagineuses, aux huiles végétales, aux œufs. Les avocats et les légumes verts, pauvres en glucides, sont autorisés. Du côté des fruits, une petite quantité de baies est admise (framboises, cassis…).

Il existe une multitude de variantes à ce régime, certaines limitant en plus le nombre de calories quotidiennes ingérées.

Les effets du régime cétogène sur l’organisme

Lorsqu’on réduit ses apports en glucides en dessous du seuil de 50 g par jour, l’organisme va rapidement épuiser ses réserves de glucose. Après deux à trois jours, il utilise une source alternative d’énergie pour alimenter les cellules : les corps cétoniques. Ceux-ci sont produits au niveau du foie par un processus appelé cétogénèse, à partir d’acétyl-coenzyme A (ou acétyl-CoA) issu de la dégradation des acides gras. Ils peuvent dès lors alimenter le cœur, les muscles, les reins et le cerveau.

Une partie des corps cétoniques est éliminée par la respiration, ce qui produit une haleine particulière et typique de cette alimentation.

L’état de cétose qui survient dans le cadre de ce régime s’observe aussi lors d’un jeûne ou d’une restriction calorique. Il expliquerait en partie les bienfaits de ces approches sur la longévité des êtres vivants.

Pourquoi pratiquer le régime cétogène ?

Le régime cétogène a été introduit dans les années 1920, initialement pour traiter les cas d’épilepsie réfractaires aux traitements classiques. Cette approche a fait preuve de son efficacité dans ce cadre aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte, notamment grâce à l’action anti-épileptique des corps cétoniques.

Ce régime provoquant une perte de poids, il est ensuite devenu une méthode amincissante populaire. Une étude a par exemple montré son efficacité chez des personnes obèses : mené sur 12 semaines, il permet une perte de 18 kg en moyenne chez les hommes, 11 kg chez les femmes. En luttant contre l’obésité, il pourrait contribuer à réduire le risque cardiovasculaire.

En cas de diabète de type 2, il apparaît utile pour améliorer le contrôle de la glycémie et la sensibilité de l’organisme à l’insuline, permettant aux patients de diminuer leur traitement médicamenteux. Ses bénéfices potentiels sont également à l’étude dans le cadre de maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, de Parkinson) et psychiatriques, des migraines, ou encore de certains cancers.  

Quels sont les effets indésirables du régime cétogène ?

Au vu de ces nombreux bienfaits, le régime cétogène pourrait sembler être une diète idéale. La réalité est toutefois un peu plus nuancée, et il importe de ne pas faire l’impasse sur les inconvénients de ce mode alimentaire.

1. La « grippe céto » : un mauvais moment à passer

La transition d’un régime alimentaire classique vers un régime cétogène n’est pas des plus agréables. Des chercheurs australiens se sont intéressés au retour d’expérience de consommateurs l’ayant vécu et décrivant l’état de mal-être qui l’a accompagnée, baptisé « grippe cétogène ». Parmi les manifestations les plus fréquentes, ces personnes évoquent des maux de tête, de la fatigue, des nausées, des étourdissements, des idées embrouillées, un inconfort digestif, une baisse d’énergie, des modifications du rythme cardiaque.

Ces symptômes sont cependant seulement transitoires : ils sont les plus intenses au cours de la première semaine et disparaissent après 4 semaines. Mais des effets indésirables à plus long terme prennent dans certains cas le relais.

la grippe cétogène regroupe des symptômes de mal-être associés au démarrage du régime cétogène
L’adoption d’un régime cétogène s’accompagne souvent de symptômes de mal-être : c’est la “grippe cétogène”

2. Les carences nutritionnelles provoquées par le régime cétogène

Le régime cétogène étant très restrictif, des déficits nutritionnels peuvent survenir chez certains pratiquants. Une étude a par exemple montré une baisse des taux de vitamine A, de sélénium et de magnésium chez des enfants épileptiques après un an de régime, ce qui peut compromettre l’immunité et conduire à des problèmes de croissance.

Un retard de développement a d’ailleurs été mis en évidence chez les enfants épileptiques suivant un régime cétogène sur deux ans. Un rattrapage de croissance se produit ensuite, avec un gain de taille et de poids significatif un an après la reprise d’une alimentation classique.

Le déficit en sélénium peut conduire à un dysfonctionnement du muscle cardiaque (cardiomyopathie) s’il n’est pas rapidement corrigé.

Parmi les nutriments susceptibles de manquer, figure la carnitine. Ce dérivé d’acide aminé, produit dans l’organisme et apporté par l’alimentation, assure le transport des acides gras à longue chaîne au sein des mitochondries, les usines à énergie de nos cellules. La richesse en matières grasses du régime cétogène sollicite grandement ce mécanisme, et ces besoins accrus en carnitine ne sont pas toujours couverts par les apports alimentaires. Il semble cependant que les niveaux de carnitine baissent au cours des premiers temps du régime, avant de retrouver leur niveau d’origine après quelques mois. Une supplémentation peut ainsi être envisagée au début du régime.

De façon générale, une alimentation pauvre en glucides provoque une baisse des apports en thiamine, folates, magnésium, calcium, fer et iode. Il convient donc de privilégier les aliments autorisés riches en ces micronutriments. La prise de compléments alimentaires riches en vitamines est généralement recommandée.

3. Le régime cétogène augmente le risque de calculs rénaux et de perte osseuse

Le régime cétogène peut perturber l’équilibre minéral de l’organisme. Un excès de calcium dans les urines, associé à un déficit en citrates, est fréquemment observé. Cette situation augmente le risque de formation de calculs rénaux, qui apparaissent chez 3 à 6 % des personnes suivant ce régime sur deux ans.

Une alimentation cétogène pourrait également altérer le capital osseux. Une étude a en effet montré une baisse progressive de la densité minérale des os chez des enfants épileptiques au cours d’un régime cétogène de 15 mois. Une supplémentation en vitamine D (5000 UI par jour), essentielle pour fixer la fraction minérale du squelette, permet de la restaurer.

4. Régime cétogène et acidose : l’acidocétose

Dans de rares cas, le régime cétogène peut provoquer une acidocétose : le pH sanguin diminue, ce qui expose à un risque vital. Les corps cétoniques produits, le 3-hydroxybutyrate et l’acétoacétate, sont en effet des composés acides qui peuvent altérer l’équilibre acido-basique de l’organisme. Or, le pH sanguin doit être situé en permanence dans une fenêtre très étroite, comprise entre 7,38 et 7,42, pour que notre organisme fonctionne de façon optimale.

La littérature scientifique a ainsi rapporté le cas de personnes qui ont subi une acidocétose, dont par exemple :

  • une femme allaitante de 32 ans en bonne santé, qui s’est présentée à l’hôpital avec un ensemble de symptômes (nausées, vomissements, palpitations cardiaques, tremblements, spasmes aux extrémités) dix jours après avoir engagé un régime cétogène
  • un homme de 60 ans, avec un diabète de type 2 stabilisé, suivant ce régime depuis un an ; il a été hospitalisé après un malaise, des nausées et vomissements suite à un jeûne de 5 jours 

5. Les cellules cancéreuses peuvent-elles se montrer plus agressives en l’absence de glucose ?

L’appétit des cellules cancéreuses pour le glucose est bien connu : elles le prélèvent activement dans la circulation sanguine pour soutenir leur croissance effrénée, un phénomène appelé effet Warburg. Les affamer en les privant de sucre est ainsi une stratégie à l’étude contre le cancer, par la pratique du jeûne thérapeutique ou du régime cétogène.  

Cette approche s’avère payante dans de nombreux cas, en particuliers pour les tumeurs cérébrales, les leucémies, et certains cancers du sein et de l’intestin. Par ailleurs, les témoignages des personnes atteintes de cancer soulignent que le régime cétogène aide à supporter le traitement médical, nécessaire mais très lourd et agressif pour l’organisme.

Une étude montre cependant une limite de taille pour cette approche. Elle a mis en évidence que certaines cellules cancéreuses, dépourvues d’une protéine appelée PKCζ, deviennent plus agressives lorsqu’elles sont privées de glucose. Elles sont capables d’utiliser une autre source d’énergie, la glutamine. Dans ce cas, la manœuvre est donc fortement contre-productive.

Il est en outre important de garder à l’esprit qu’une cellule cancéreuse a par définition subi une mutation, qui lui confère un comportement anormal. Les connaissances qu’on considère comme acquises, quant au fonctionnement des cellules saines, ne s’appliquent donc pas nécessairement dans le cas d’un cancer.

Quelles sont les contre-indications au régime cétogène ?

Pour éviter de mettre sa santé en danger, il convient d’être vigilant lorsqu’on souhaite se lancer dans un régime cétogène. En cas de diabète, un ajustement du traitement médicamenteux peut être nécessaire pour éviter l’hypoglycémie ; ce point doit impérativement être déterminé avec son médecin.

Il est déconseillé de suivre un régime cétogène en cas de :

  • pancréatite (inflammation du pancréas) ou de défaillance hépatique
  • troubles du métabolisme des graisses, de déficit héréditaire en carnitine et en ses enzymes 
  • porphyrie (une maladie du sang) 
  • déficit en pyruvate kinase, une enzyme qui permet de former du pyruvate. Ce composé est utilisé par le foie pour produire du glucose

Il est enfin intéressant de noter que, dans de rares cas, le suivi d’un régime cétogène peut induire un résultat faux-positif à un test d’alcoolémie.


Références

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